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01.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 4)

1939886729.jpgRésumé de la partie 1 , de la partie 2 et de la partie 3: Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, donne soudain l’idée à R-Job de partir pour le XIXème siècle. Et c’est-ce qu’il entreprend avec son collègue R-Lex à bord d’un Tempornef.

 

Cela dura quelques minutes, puis les cercles s’estompèrent et disparurent complètement.

— Nous voici arrivés, dit R-Job à son compagnon tout en enlevant sa ceinture de sécurité.

R-Lex en fit autant, et les deux robots-enquêteurs quittèrent le Tempornef. Apparemment ils se trouvaient dans un terrain vague, et c’était la nuit. Un clair de lune et les étoiles qui gravitaient tout autour, permettaient d’y voir relativement bien. De plus, un peu plus loin on apercevait des lumières qui devaient être celles du quartier de Whitechapel.

R-Job et R-lex se mirent en route, et gagnèrent assez vite des rues grouillantes de monde et très bruyantes.

Les deux robots-enquêteurs étaient assez subjugués par leur découverte du XIXème siècle. C’était la première fois qu’une mission les amenait à voyager dans le temps, ce qui était devenu très courant en ce XXIIIème siècle. D’ailleurs R-Job y pensait depuis un moment, et l’on peut dire qu’il avait sauté sur l’occasion.

Tout autour d’eux, les gens portaient de drôles de tenues fabriquées dans des étoffes qui avaient complètement disparu en 2213. La plupart des hommes avaient par ailleurs posé sur leur tête un drôle d’objet, tout en hauteur. Cela amusa fortement R-Job et R-Lex qui, tout à leur découverte, ne remarquaient même pas que les nombreux passants les regardaient d’un drôle d’œil, les trouvant forcément saugrenus avec leur combinaison en latex jaune. R-Job était en train de se demander s’il existait déjà des véhicules à propulsion hydrogénique au XIXème siècle, quand son ami lui attrapa le bras, et le tira vers lui, afin qu’il ne se fasse pas faucher par un drôle d’appareil constitué d’une sorte de cabane des plus rudimentaires sur roues, tirée par deux curieux animaux.

— Oh ! s’exclama R-Lex, ce sont des chevaux ! Il y en aurait des élevages dans je ne sais plus quelle contrée des Etats-Unis des Amériques. Personnellement, je n’en ai jamais vu en vrai, mais plusieurs fois en film.

— Moi aussi, fit R-Job. Mais en tout cas, as-tu constaté comme cet appareil est dangereux ? Il a failli me renverser ! Heureusement que tu étais là, R-Lex.

C’est alors qu’une femme étrangement parée s’avança vers les deux robots, et leur souffla à la figure son haleine chargée en s’écriant :

— C’mon, Gentlemen ! c’mon with me !

Les deux collègues lui firent signe de les laisser passer, et la pocharde se mit à les insulter.

— Tu as entendu, R-Lex ? fit R-Job, cette femme s’exprimait dans ce vieux patois qui était parlé en Britanie il y a très longtemps.

— Oui, et ça s’appelait l’anglais, fit R-Lex, un patois qui a désormais complètement disparu. Mais as-tu compris le sens de ses paroles ?

— Non, j’ai été surpris et les paramètres autorégulateurs cognitifs de mon cerveau suprasonic n’ont pas eu le temps de se déclencher.

— Il en est de même pour moi, avoua R-Lex, mais maintenant ils sont placés en pilotage automatique.

— Tout comme les miens, dit en riant R-Job.

Les deux robots continuèrent de déambuler dans les rues, et arrivèrent dans une particulièrement sordide, peuplée d’hommes et de femmes qui gesticulaient en tenant des bouteilles à la main, ou d’autres qui dormaient allongés sur les trottoirs, la tête baignant dans des flaques visqueuses. Il régnait à cet endroit une horrible puanteur, que ne pouvaient ignorer les capteurs sensoriels des deux robots.

Ces derniers venaient juste d’envoyer promener une horde d’enfants très sales, pieds nus et les vêtements en haillons, quand arriva vers eux un groupe d’hommes balafrés ou borgnes. Le plus gras d’entre eux s’exclama alors à l’encontre des deux robots :

— Mais regardez-moi donc ces deux guignols ! D’où qu’ils sortent donc ?

— Je crois que nous allons avoir des problèmes, fit R-Job à R-Lex.

En effet, l’homme continua :

— Ces deux guignols ont bien une pièce en or à nous donner, pas vrai ? À moins que ce soit une belle bourse bien garnie, ce qui serait bien mieux !

Les deux robots étaient maintenant arrêtés, empêchés d’aller plus loin par le groupe d’hommes qui leur voulaient le plus grand mal.

— Allez, amenez vos bourses ! commanda leur meneur.

— Messieurs, nous vous prions de nous laisser passer, nous n’avons pas de bourse à vous donner, fit R-Job.

L’autre entra dans une folle rage.

— C’est ce qu’on va voir ! éructa-t-il. Tim, donne-moi ta hache !

Un individu se détacha du groupe, avec un objet très tranchant au bout d'une sorte de bâton.

Il le donna au meneur, qui se mit à avancer vers les deux robots. Alors, R-Job brandit une main ouverte vers l’individu, et aussitôt, un éclair verdâtre sortit de sa paume pour aller frapper l’agresseur, qui fut soulevé de plusieurs mètres du sol, où il retomba lourdement.

Par réflexe, ses compagnons avaient fait un pas vers les deux robots ; alors, cette fois tous deux brandirent leurs mains ouvertes vers leurs ennemis, et le même phénomène se produisit. Les agresseurs furent soulevés de terre, et y retombèrent en gémissant. Il fut aussitôt aisé pour les deux robots de reprendre leur promenade. Bien sûr, tout cela avait attisé la curiosité des passants qui les regardaient tous avec un air ébahi.

Mais parmi ceux-ci, il y avait un homme qui lui ne put s’empêcher de sourire, et emboîta le pas aux deux robots. Il était très grand, très maigre, habillé de la même façon que la plupart des hommes que l’on voyait alentour, avec des vêtements amples comme la mode semblait l’exiger en ce XIXème siècle, et les cheveux emprisonnés sous une drôle de parure confectionnée avec une étoffe indéterminée.

— Messieurs, attendez-moi ! cria-t-il à l’encontre des deux robots.

Ces derniers qui avaient non seulement entendu l’appel de l’inconnu, mais également compris le sens de ses paroles grâce à leurs paramètres autorégulateurs cognitifs, se retournèrent. Ils le virent alors venir vers eux.

— Ah, messieurs, fit l’individu qui possédait un visage osseux et un nez aquilin, suivant les déductions que j’ai coutume de faire chaque jour, je dirais que vous êtes des êtres très particuliers qui pourraient provenir d’un monde bien lointain. Vos vêtements qui n’ont guère cours en cette année 1888, et ne sont, vu leur aspect, pas prêts d’être à la mode, me feraient presque penser que vous venez d’une autre époque ; un autre siècle.

— Tout juste, fit R-Job, nous arrivons tout droit du XXIIIème siècle, et plus précisément de l’année 2213.

— My God ! s’exclama l’inconnu. Si Herbert George entendait cela !

— Qui dont ? fit R-Lex.

— Herbert George Wells, répondit l’inconnu. C’est un grand ami à moi qui écrit des romans d’anticipation. Et il veut justement inventer une histoire où il serait question de voyages dans le temps.

— Mais les voyages dans le temps sont une réalité, fit R-Lex, d’ailleurs notre Tempornef est là pour le prouver.

— Oui, c’est une réalité sans doute pour vous, fit l’inconnu ; mais n’oublions pas que Herbert George va s’adresser à des lecteurs du XIXème siècle, pas du XXIIIème siècle, où emprunter une machine à voyager dans le temps est devenu aussi courant que prendre le train à Waterloo Station.

— C’est sûr, reconnut, R-Job. Mais au fait, qui êtes-vous donc, monsieur, pour ne pas vous étonner de voir deux robots arrivés du XXIIIème siècle, et connaître un écrivain d’anticipation ?

— En plus, vous êtes deux robots ! s'exclama l'inconnu. Je me disais bien que d’après votre façon de vous mouvoir et votre parfaite ressemblance… Alors, qui suis-je ? Eh bien, je suis le roi de la déduction. Forts de cette information, vous ne serez pas étonnés quand je vous aurai dit que je m’appelle Sherlock Holmes ! Peut-être même m’aviez-vous reconnu ?

— Sherlock Holmes ! s’exclama R-Lex ; mais vous êtes un personnage de …

— De romans ? fit Sherlock Holmes.

— Bien sûr, confirma R-Lex.

— Ainsi, pour les gens du XXIIIème siècle, je n’ai pas eu d’existence réelle, s’amusa Holmes.

— Absolument, fit R-Job.

— Eh bien, messieurs, vous ne serez pas venus au XIXème siècle pour rien, annonça Holmes. Car sachez que Sherlock Holmes a bel et bien existé, puisque vous l’avez en chair et en os devant vous. Il en est d’ailleurs de même de mon cher Watson qui se trouve pour l’heure en Écosse chez de proches parents. Seulement, le quiproquo vient du fait qu’un grand ami de ma famille : Arthur Conan Doyle, pour ne pas le nommer, s’est mis en tête de raconter dans divers récits, toutes nos aventures à Watson et à moi-même. Comme c’est vraiment un grand ami de ma famille, je n’ose pas le contrarier.

— Ah, nous comprenons très bien, monsieur Holmes, fit R-Job. Mais c’est une chance pour nous de vous avoir rencontré, car nous sommes venus au XIXème siècle pour enquêter. En tant que détective, vous pourriez nous être d’un précieux concours.

Holmes et les deux robots discutaient au milieu de la rue, et les badauds ne cessaient de les regarder ; certains s’arrêtant même pour mieux les voir.

— Attendez, fit Holmes, nous allons nous rendre au pub qui se trouve un peu plus loin.

Les deux robots suivirent le détective jusqu’à une affreuse gargotte où tout le monde était ivre, ce qui était un gage de tranquillité pour les deux ressortissants du XXIIIème siècle ; personne ne pouvant ainsi s’étonner de leur aspect.

Ils s’installèrent avec Holmes à une table restée miraculeusement libre tant la gargotte était surpeuplée, et R-Job commençant à exposer les faits.

— My God ! s’exclama Sherlock Holmes lorsqu’il eut terminé. Tout cela est très intéressant. Alors d’après ce que vous m’avez rapporté, l’étrange instrument noir serait une machine à écrire : une invention plutôt récente en ce XIXème siècle.

— Et quelle pourrait être son utilité ? demanda R-Lex.

— Eh bien, elle peut servir à écrire des romans, ou des short stories, fit Holmes. Herbert George en utilise une. Par contre, je ne vois pas quelle est la place du dénommé Underwood dans cette affaire. Il est possible que ce soit l’inventeur ou le fabriquant de celle dont vous me parlez. Mais je ne connais pas de modèle de ce nom, du moins en cette année 1888. Mais comme vous venez du XXIIIème siècle, tout peut encore arriver. Pour ce qui est de « l’éventreur », alias Jack, vous tombez à pic, car si je suis à Whitechapel ce soir, c’est pour le capturer. Oui, je me suis d'ailleurs déguisé pour passer inaperçu.

— Pour le capturer ! s’exclama R-Job.

— Pour le capturer, répéta Holmes. J’ai de fortes… oh, My God, le voilà !

— Comment ? fit R-Lex.

— Oui, là, cette femme qui sort du pub, fit Holmes en montrant du doigt ce qui était de toute évidence une femme qui leur tournait alors le dos, vêtue d’une robe à froufrous rouge écarlate, et dont les cheveux d’un roux lumineux bouclaient jusqu’à ses épaules.

Tels des chats, les deux robots et Sherlock Holmes quittèrent leur place et commencèrent à se faufiler parmi les soiffards et les soiffardes du pub, suivant ainsi discrètement Jack l’éventreur qui s’en allait sans aucun doute commettre un nouveau forfait.

 

(la suite samedi prochain)

Attention ! Pour cause de corrections de roman, durant tout le mois de mars, le blog ne sera mis à jour que le samedi, avec un nouvel épisode du feuilleton.

Prochain rendez-vous, donc, le samedi 8 mars pour le cinquième épisode du "Meurtre de l'Underwood"

 

 

Commentaires

Oh là! ce récit prend corps.. dommage, je vais devois attendre pour lire les deux prochains épisodes, pour cause de départ en vacances...

Ecrit par : sister for ever | 01.03.2008

Ils ont l'ai bien humain ces robots!

Ecrit par : enriqueta | 22.03.2008

Oui, ce sont des robots humanoïdes.

Ecrit par : Patrick S. VAST | 22.03.2008

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