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15.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 6)

Résumé de la partie 1, de la partie 2, de la partie 3, de la partie 4 et de la partie 5 : Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, ainsi que l’utilisation d’un couteau par le meurtrier, conduisent les 2 enquêteurs à partir pour le XIXème siècle à bord d’un Tempornef à la poursuite de Jack l’éventreur. Leur rencontre avec Sherlock Holmes va leur apprendre que le mystérieux instrument est une machine à écrire, et les mener à découvrir l’éventreur qui finalement leur échappe. Et alors que les deux enquêteurs s’apprêtent à repartir pour le XXIIIème siècle, un grave disfonctionnement du Tempornef risque de les retenir définitivement au XIXème.

 

À l’ultime seconde, le Tempornef se mit à vibrer, et les deux robots-enquêteurs furent cloués à leur siège ; mais contrairement à leur arrivée au XIXème siècle qui avait eu lieu en douceur, ils subirent soudain un grand choc, tandis qu’une sirène commença à résonner dans l’habitacle de l’appareil.

Ils enlevèrent très vite leur ceinture de sécurité, et sortirent précipitamment du Tempornef.

Ils virent aussitôt arriver des agents de sécurité munis d’extincteurs, et l’un deux leur cria :

— Vite, partez d’ici, ça peut exploser d’un instant à l’autre !

Les deux comparses se rendirent alors compte que de la fumée noire s’échappait de l’appareil.

Ils partirent comme on leur avait conseillé en empruntant un tunnel d’évacuation. C’est alors qu’ils virent venir vers eux R-Jens, accompagné de ce qu’ils prirent tout d’abord pour un humain.

— Eh bien, messieurs, on peut dire que vous revenez de loin ! fit R-Jens.

— Sans doute, fit R-Job, tandis que R-Lex acquiesçait de la tête.

— Messieurs, je vous présente R-Wong, le responsable de notre réseau informatique, fit R-Jens en désignant celui qui l’accompagnait.

Les deux robots-enquêteurs regardèrent avec étonnement ce qui leur apparaissait comme étant un individu doté de cheveux et même d’une moustache, le tout de couleur brune.

— Vous êtes vraiment un robot ? demanda R-Job au nouveau venu.

— Tout à fait, répondit celui-ci. Je suis un robot de la toute dernière génération ; j’arrive tout droit de l’usine Haïko, la plus importante de Niponie.

— Mais pourquoi ces cheveux et même cette moustache ? demanda R-Lex, jusqu’à maintenant, les robots mâles comme les robots femelles en étaient dépourvus.

Cette remarque fit rire R-Wong.

— C’est vrai, dit-il, mais les concepteurs ont pensé qu’ainsi on arriverait peut-être à endiguer le phénomène de robotphobie qui tend à prendre de plus en plus d’ampleur.

— Hum, je ne sais pas si cela suffira, fit R-lex, très perplexe.

— En tout cas, reprit R-Jens, si vous avez pu revenir dans notre cher XXIIIème siècle, c’est grâce à notre nouvelle recrue.

— Comment cela ? fit R-Job.

— Oui, chers amis, renchérit R-Jens, vous aviez complètement perdu le contrôle du Tempornef, et c’est R-Wong qui a pris en charge votre retour avec son ordinateur.

R-Job et R-lex regardèrent R-Wong en prenant un air ébahi.

— Oui, fit celui-ci, lorsque vous êtes partis pour le XIXème siècle, j’achevais juste de mettre au point un process permettant de réaliser la surveillance à distance des voyages dans le temps, et si besoin de pouvoir intervenir en cas de détresse. J’avoue que grâce à vous, j’ai la certitude maintenant que mon process est opérationnel. Mille mercis.

— C’est plutôt à R-Lex et à moi-même de vous adresser mille mercis, R-Wong ! s’exclama R-Job. Sans vous, nous en étions quittes pour demeurer au XIXème siècle où, à mon avis, la robotphobie était très active.

R-Job fit le récit de ce qui s’était passé en 1888, et après l’avoir écouté avec attention, R-Jens déclara :

— Très intéressant tout cela. Mais il semblerait en fait que le cœur de l’affaire se situerait plutôt en 1957.

— 1957 ! s’étonna R-Lex.

— Oui, fit R-Jens, toujours grâce à R-Wong, nous avons pu analyser informatiquement certaines données, et nous avons découvert que John Goddam a eu un ancêtre, un certain William Goddam, qui a publié un roman policier cette année-là, dont le titre, en vieux patois britanien, pourrait se traduire par : « L’égorgeur fantôme ».

— Bigre ! fit R-Job. Et ce roman policier est-il disponible ?

R-Jens prit un air sombre.

— Hélas, c’est comme pour la machine à écrire que nous avons pu finalement identifier grâce à Sherlock Holmes, ce roman n’a pas été saisi en informatique, et il n’en reste plus aucune trace.

— Dommage, fit R-Lex. Et quant à l’arme du crime, vous avez pu en obtenir une analyse fine ?

— Oui, répondit R-Jens, et c’est très troublant. Le diagnostic de l’analyse est vide de tout élément permettant de faire avancer l‘enquête.

— Comment cela ? s’étonna R-Lex.

— Rien n’a pu être identifié ou répertorié, fit R-Jens ; un vrai couteau fantôme, comme l’égorgeur.

— De toute façon, fit R-Job, le couteau n’a pas été découvert. L’analyse n’a pu être élaborée qu’à partir de la plaie de la victime.

— Ce qui normalement doit suffire, intervint alors R-Wong. Il faut croire que nous nageons en pleine immatérialité, voire dans l’irrationnel.

— C’est comme cela depuis le début de cette affaire, soupira R-Jens.

— En tout cas, reprit R-Job, voici un couteau qui n’a rien de fantomatique.

Il tira aussitôt sur un zip de sa combinaison, et en sortit le couteau ramassé sur les pavés d’une ruelle mal famée de Whitechapel.

Celui-ci était constitué d’une lame en acier et d’un manche en bois, deux matières qui existaient encore au XXIIIème siècle, mais sous forme de mixo-synthèse.

— Très bien, fit R-Jens. Mais il va falloir le placer très vite dans un sas de protection infratemporelle, car la friction relativiste va bientôt entrer en action, et il risque de s’oxyder en quelques secondes.

Une robot-assistante passa à proximité dans sa combinaison en latex grenat. R-Jens l’appela et convia R-Job à lui confier le couteau.

— Vous emmenez cet objet au sas alpha 13 et vous mettez en action une analyse conceptuelle béta+, ordonna R-Jens.

— Pas de problème, chef, fit le robot-assistante en prenant le couteau.

Et elle se dépêcha d’aller remplir sa mission, tandis que R-Jens annonçait aux deux robots-enquêteurs :

— Bon, messieurs, pour votre part, vous vous rendez tout de suite en salle de sophro-relaxation cognitive.

Les deux comparses montrèrent aussitôt leur entière satisfaction.

La sophro-relaxation cognitive, était un programme psycho-somato-apaisant, afin d’éviter tout stress aux robots, ce qui pouvait être dommageable pour leur cerveau suprasonic. Cela consistait à s’allonger sur une table en plexiglas dans une pièce aux lumières tamisées, où étaient diffusés des enregistrements du groupe Pink Floyd, une formation musicale britanienne du XXème et XXIème siècle. D’ordinaire, des robots-masseuses s’employaient à détendre les agents du Central Sécuritaire qu’on leur confiait. Mais cette fois-ci, il en fut autrement. Plutôt que de masser R-Job et R-Lex, les trois préposées présentes, leur placèrent des électrodes sur le crâne. Les deux compagnons ne firent aucune remarque à ce sujet, se relaxant le mieux qu’ils le purent, afin d’oublier le stress que n’avait pas manqué d’engendrer leur escapade au XIXème siècle.

Une petite demi-heure plus tard, R-Jens arriva dans la salle de relaxation. R-Job et R-Lex furent aussitôt débarrassés des électrodes qu‘on leur avait mystérieusement placées sur le crâne, et quittèrent leur table de plexiglas.

Hum, cette séance m’a fait le plus grand bien, annonça R-Job en s’étirant.

— À moi aussi, dit R-Lex en esquissant un mouvement de gymnastique.

— C’est très bien, dit R-Jens. En tout cas, messieurs, vous ne vous êtes pas rendus au XIXème siècle pour rien.

Et tandis que les deux robots-enquêteurs affichaient un air interrogateur, l’œil droit de leur chef se mit à clignoter à la fois de malice et d’excitation.

 

( la suite samedi prochain)

 

Commentaires

bon, je sais, cela n'a rien à voir ... mais Arthur C Clarke is dead et je guettais sur le site de l'imaginaire un petit hommage. Alors, voilà, c'est fait

Ecrit par : castor | 22.03.2008

C'est exact, Arthur C. Clarke nous a quittés cette semaine. Des hommages vont être rendus, notamment sur le site de Phénix Mag (lien, colonne de gauche).

Ecrit par : Patrick S. VAST | 22.03.2008

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