« Destination futur | Page d'accueil | Une histoire de surveillant »

19.04.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 11)

Résumé des épisodes précédents : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème où ils rencontrent Sherlock Holmes, puis en 1957 où ils se retrouvent en compagnie de James Hadley Chase et d’Agatha Christie. Ils sont à la recherche d’un certain William Goddam, ancêtre de la victime, qui a par ailleurs écrit un roman policier intitulé « L’égorgeur fantôme ». Quand James Hadley Chase annonce que William Goddam est employé par la Société NUTRIVIA, tout comme le sera son descendant en 2213, les deux robots sont prêts à partir cette fois pour l’année 1958, où ils apprennent que Chase et William Goddam ne sont qu’une seule et même personne !

Les deux robots écarquillèrent les yeux et s’exclamèrent :

— Mais d’où tenez-vous cela ?

Le libraire ne se départit pas, bien au contraire, de son air malicieux pour répondre :

— Figurez-vous qu’il y a de cela 32 ans, je faisais partie du comité de lecture des éditions Smith & Stetson, et à ce titre, j’ai été amené à refuser le manuscrit d’un certain René Brabazon Raymond, qui devait devenir célèbre sous le pseudonyme de James Hadley Chase. Je n’ai guère apprécié le roman, mais j’ai gardé en mémoire ce qu’il racontait. Aussi, quand j’ai lu « L’égorgeur fantôme » d’un certain William Goddam, il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que James Hadley Chase qui possède maintenant une notoriété plus que certaine, avait voulu régler son compte à un échec de jeunesse.

— Très intéressant tout cela, fit R-Job.

— Bon, il ne nous reste plus qu’à revoir James Hadley Chase et retrouver surtout le 90, Wardour Street, fit R-Lex.

— Sans doute, fit le libraire, on ne peut plus rigolard.

Les deux amis se mirent en route et traversèrent Londres, en demandant sans cesse leur chemin. Et ils venaient juste d’arrêter une femme accompagnée d’un jeune garçon d’une dizaine d’années, quand celle-ci s’exclama :

— Oh, messieurs, vous ressemblez étrangement à mon mari, mais sans cheveux ! N’est-ce pas David ?

Le dénommé David regarda les deux robots avec méfiance.

— Il paraît que nous ressemblons à un certain David Bowie, fit R-Job, comme pour l’amadouer.

Ce fut plutôt réussi, car les yeux du jeune David s’illuminèrent, et il s’exclama :

— Bowie ! c’est comme cela que je veux m’appeler maintenant ! Oui, David Bowie !

— Mais voyons, fit sa mère manifestement désolée, tu t’appelles David Jones, pas David Bowie !

— Si, je veux m’appeler David Bowie, insista le jeune garçon.

R-Job et R-Lex préférèrent en rester là, et R-Job déclara tandis que les deux enquêteurs avaient repris leur marche :

— On dirait que l’on a déclanché quelque chose chez ce jeune garçon.

— Mais voyons, R-Job, fit R-Lex, nous venons tout simplement de rencontrer le futur David Bowie ; David Jones de son vrai nom.

— Ah, mais bien sûr, fit R-Job. Où avais-je donc la tête ?

— D’autant qu’en parlant de tête, fit R-Lex, c’est la sienne qui nous a servi de modèle.

Les deux comparses continuèrent leur chemin, et après avoir marché durant des kilomètres, ils finirent par arriver à la maison de James Hadley Chase.

Après leur avoir ouvert, celui-ci ne parut pas très enchanté.

— Ah, monsieur Chase, fit R-Job, nous voici revenus. Un an s’est écoulé, du moins pour vous.

— Oui, c’est vrai, fit Chase, mais entrez donc.

Les deux robots s’exécutèrent, et retrouvèrent la pièce où l’écrivain les avait déjà reçus en 1957.

— Bon, allons droit au but, fit R-Job, nous avons appris que William Goddam et vous-même ne formez qu’une seule et même personne ! Est-ce exact ?

— Ah, vous êtes au courant, fit Chase, d’un air morne. Eh bien, pour tout vous avouer, c’est entièrement faux.

Les deux robots eurent un mouvement de recul.

— C’est entièrement faux, répéta Chase. Mais que je vous raconte tout en détails. Alors que je n’avais que 18 ans, en 1924, j’ai envoyé aux éditions Smith & Stetson, le manuscrit d’un roman que j’avais intitulé « Le tueur du Kent » ; le Kent étant ma région natale. Le manuscrit a été refusé, et tout aurait dû en rester là. Mais comme vous m’aviez parlé du roman « L’égorgeur fantôme » de William Goddam, j’ai acheté cet ouvrage à sa parution à l’occasion des fêtes de fin d’année. Et voilà qu’en le lisant, j’ai retrouvé intégralement mon œuvre de jeunesse. Il s’agit d’un pur plagiat, hormis le titre.

— Incroyable ! s’exclama R-Lex. Et vous n’êtes pas allé demander des comptes à William Goddam ?

— Bien sûr ! rétorqua Chase. Et je l’ai tout simplement trouvé à la société NUTRIVIA où il continue de travailler malgré le succès de mon… enfin, de son roman.

— Et que vous a-t-il donné comme explication ? demanda R-Job.

— Eh bien, fit Chase, qu’il était un grand admirateur de mes romans, et que l’un de ses amis qui travaille chez Smith & Stetson, lui ayant remis mon manuscrit qui avait été miraculeusement gardé, il avait décidé de le publier sous son propre nom. À son corps défendant, on peut retenir que l’une des victimes de mon tueur du Kent ayant le même patronyme que lui, cela ait pu l’encourager dans son imposture.

— Monsieur Chase, fit gravement R-Job, vous pourriez nous remettre un exemplaire de ce roman ?

— Je vais vous remettre sans problème celui que j’ai acheté. Ce n’est pas la peine que je le garde, puisque par sentimentalisme, j’avais conservé le manuscrit de ma jeunesse.

Chase partit dans une autre pièce, et revint avec un livre à la couverture cartonnée à la main.

— Voici le fameux roman, fit-il.

Il le tendit à R-Job qui le prit et dit :

— Au fait, que pense votre maison d’édition de cette affaire ?

— Oh, fit Chase, elle a justement racheté Smith & Stetson. Mon agent m’a quand même demandé si j’étais prêt à entreprendre des poursuites à l’encontre de William Goddam ; mais j’ai fait savoir que non.

— Et serait-il possible de rencontrer William Goddam ? demanda R-Lex.

— Rien de plus facile, fit Chase. Il m’est infiniment reconnaissant de ne pas avoir trop mal pris sa mauvaise plaisanterie, et je peux lui demander tout ce que je veux.

— Eh bien, reprit R-Lex, si vous pouviez l’inviter à venir nous rencontrer tout de suite…

—Aucun problème, fit Chase.

Il repartit dans une autre pièce, et en revint très vite avec à la bouche, ce que l’on appelait dans les temps très anciens, « une cigarette ».

— Voilà, il sera ici dans un petit quart d’heure, annonça Chase. La Société NUTRIVIA se trouve dans les parrages.

— Parfait, fit R-Job. Au fait, monsieur Chase, pour changer de sujet, je vois que vous fumez, n'est-ce pas ?

— Heu… oui, fit Chase. Pourquoi me posez-vous cette question ?

— Eh bien, reprit R-Job, parce que le tabac a complètement disparu de la planète au XXIIIème siècle.

— Bigre ! fit Chase. Je pense que je ne me plairais pas au XXIIIème siècle. Et quand donc le tabac a-t-il exactement disparu de la planète ? Que je sache à quoi m’en tenir.

— Oh, fit R-Lex, vous avez encore le temps. Pour ce qui est de l’État de Francie où nous vivons, le tabac a été totalement interdit en 2018.

— Interdit ! s’exclama Chase. C'est-à-dire ?

— C'est-à-dire, continua R-Lex, qu’à partir de cette année-là, il a été formellement interdit de fumer en tout lieu.

— Tout lieu ! s’écria presque cette fois-ci Chase.

— En tout lieu, répéta R-Job : dans la rue, chez soi…

— Et que risquait-on alors, demanda Chase, très angoissé.

— Oh, fit R-Lex, rien que quinze années d’emprisonnement.

— Et des gens ont vraiment été emprisonnés ? fit Chase, presque dans un souffle.

— Bien sûr, fit R-Job, il y eut des centaines de milliers de contrevenants qui furent emprisonnés, et très peu sortirent avant l’exécution complète de leur peine.

Chase était abasourdi, et il continua de converser avec les deux robots sur ce qui lui apparaissait comme une énormité, jusqu’à ce que l’on sonne à sa porte.

Il se dépêcha alors d’aller ouvrir, et bientôt, ce fut au tour de deux robots d’être abasourdis, quand Chase leur amena un individu qu’il présenta comme étant William Goddam.

En effet, à ne pas en douter, celui-ci était le parfait sosie du médecin légiste qui avait tenu des propos robotphobes, et surtout pratiqué l’autopsie de John Goddam.

( la suite samedi prochain)

 

Commentaires

Bonjour, pas mal du tout, des efforts qui seront hélas peu récompensés, la littérature n'a pas beaucoup la cote sur les blogs, le niveau y est malheureusement assez bas, mais en tout cas j'apprécie et je reviendrai, bravo !
Je commets aussi quelques écrits sur mes blogs, concernant notamment des comptes rendus de randonnées et de concerts, romantisant les banalités:
Randonnées:
http://souliervoyageur.canalblog.com/archives/_escapades_beauzelloises___comptes_rendus/index.html
Concerts:
http://paroledemusique.canalblog.com/archives/concerts/index.html
(Si les liens fonctionnent chez Haut & Fort ...)

J'ai 2 romans en chantier, mais en chantier seulement ...

A bientôt, Jean-Claude

Ecrit par : Jean-Claude | 19.04.2008

Bonjour Jean-Claude et merci pour les commentaires.
Sur le net il existe des espaces de libre expression comme notamment In Libro Veritas :

http://www.inlibroveritas.net/

J'ai vu tes blogs. Très intéressant. Je connais bien le Tarn et Garonne. J'ai vécu plusieurs années à Toulouse, et j'ai officié comme animateur musical dans les collèges de ce département, sur le thème de la musique traditionnelle américaine. Tout cela pour te dire que j'apprécie beaucoup ton blog musical. Jusqu'à la fin février, mon blog était assez généraliste, et j'y mettais pas mal de vidéos musicales justement. Mais j'ai préféré le recentrer uniquement sur mes textes ; c'est un choix.
À bientôt.

Ecrit par : Patrick S. VAST | 20.04.2008

Ecrire un commentaire