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26.04.2008
Le meurtre de l'Underwood (partie 12)
Résumé des épisodes précédents : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème où ils rencontrent Sherlock Holmes, puis en 1957 où ils se retrouvent en compagnie de James Hadley Chase et d’Agatha Christie. Ils sont à la recherche d’un certain William Goddam, ancêtre de la victime, qui a par ailleurs écrit un roman policier intitulé « L’égorgeur fantôme ». Quand James Hadley Chase annonce que William Goddam est employé par la Société NUTRIVIA, tout comme le sera son descendant en 2213, les deux robots sont prêts à partir cette fois pour l’année 1958, où ils apprennent que William Goddam a plagié un manuscrit de James Hadley Chase pour écrire son roman. Et lorsqu’ils le rencontrent, ils s’aperçoivent qu’il est le parfait sosie du médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie de John Goddam.
Comme lui, il était doté d’une moustache noire, et de cheveux broussailleux de même couleur.
— Cher William, fit Chase, je vous présente messieurs R-Job et R-Lex, deux parfaits robots qui nous arrivent du XXIIIème siècle.
William Goddam se raidit.
— Vous voulez certainement plaisanter, James ?
— Non, il ne plaisante pas, intervint R-Job. Monsieur Goddam, si nous sommes venus de l’année 2213, c’est parce que nous enquêtons sur le meurtre de votre lointain descendant, John Goddam.
— John Goddam ! s’exclama William Goddam ; et en plus vous m’affirmez que ce que m’a annoncé James est pure vérité ?
— Absolument, fit R-Lex.
— Bon, fit William Goddam, en tout cas je ne pourrai rien vous apprendre sur ce John Goddam mort en 2213 ; vous le comprenez bien.
— Bien sûr, fit R-Job. Mais dites-moi, monsieur Goddam, vous travaillez à la Société NUTRIVIA depuis longtemps ?
— Oui, répondit William Goddam. Mais il faut dire que les origines de NUTRIVIA remontent en quelque sorte à Edward Goddam, boucher de son état, qui, en 1888, a tenté de concurrencer Jack l’éventreur.
— Ah, passionnant cela ! s’exclama R-Lex. Continuez donc.
— Eh bien, fit William Goddam, Edward Goddam a eu un fils, Andrew, qui fut un parfait végétarien. Il a transmis à ses deux propres fils, en l’occurrence mon frère Charles et moi-même, le dégoût de la viande, et comme nous sommes devenus chimistes, nous nous sommes mis en tête d’inventer une pilule remplaçant un repas complet. Et c’est ainsi qu’est née en 1937 la Société NUTRIVIA. Dans un premier temps, cette société a œuvré dans l’agro-alimentaire végétarien, mais très vite elle s’est orientée vers la recherche de la fameuse pilule nutritive qui ne devrait plus tarder à être trouvée.
— Vraiment ? fit R-Job. Ainsi vous êtes donc les pionniers de la Société NUTRIVIA qui rayonne sur tous les Etats-Unis d’Europe au XXIIIème siècle !
— Heureux de l’apprendre, fit William Goddam, mais hélas, nous ne sommes qu’en 1958, et tout n’est pas aussi merveilleux ; surtout depuis ce qui s’est passé en 1946.
— C'est-à-dire ? fit R-Lex.
William Goddam soupira longuement.
— Eh bien, figurez-vous que c’est l’année où mon frère Charles a légué à l’URSS une partie des secrets de fabrication de la pilule nutritive.
— L’URSS ! s’exclma R-Job.
James Hadley Chase intervint à ce moment-là pour expliquer le contexte géopolitique des années cinquante, et notamment la notion de « guerre froide » qui sévissait alors.
— Mais ! s’écria presque R-Lex, cette URSS, serait donc également cette Russie qui, au XXIIIème siècle s’appelle la Cosaquie et pose bien des problèmes à l’ensemble des autres États européens.
— Sans doute que les bégaiements de l’Histoire sont une réalité, déclara Chase.
— Mais au fait, qu’est-ce qui a poussé votre frère à collaborer avec l’URSS, monsieur Goddam ? demanda R-Lex.
William Goddam soupira encore.
— Eh bien, disons que Charles a adhéré à l’idéologie soviétique, via une certaine Valentina Popovitch.
— Ah, je comprends, fit R-Job. Et vous m’avez dit que votre frère n’avait légué qu’une partie des secrets de fabrication de la pilule nutritive…
— C’est exact, fit William Goddam. En fait, Charles n’a fait que m’assister, c’est moi qui ai le plus travaillé à l’élaboration du projet.
— Donc, vous possédez les compléments indispensables à l’élaboration de la pilule nutritive, fit R-Lex.
— Oui, fit William Goddam, mais ce qu’a transmis Charles aux Soviétiques peut grandement les aider à découvrir la pilule les premiers. C’est bien pour cela que les actionnaires de NUTRIVIA m’ont ôté toute responsabilité dans la gestion de la société. Ils ont voulu marquer le coup de cette façon.
— Ils n’ont quand même pas pu vous écarter complètement, fit remarquer R-Lex.
— Non, fit William Goddam avec un sourire, car sans moi, plus de pilule nutritive pour eux.
— Il semblerait que cette situation ait perduré au cours des siècles, fit R-Job. Car apparemment, John Goddam était un employé de la société, mais guère un haut responsable.
— La trahison de Charles a donc eu des conséquences incommensurables, en déduisit William Goddam.
— Et Charles se trouve donc actuellement en URSS ? demanda R-Lex.
— Très probablement, fit William Goddam.
— Et vous n’avez rien d’autre à nous apprendre à propos de votre frère ? demanda R-Job.
— Heu... non, fit William Goddam.
— Il faut que je vous annonce quelque chose, fit R-Job. Si vous ne possédez aucune ressemblance avec John Goddam, par contre vous êtes le parfait sosie du médecin légiste qui a pratiqué son autopsie.
— Voilà qui est surprenant, fit William Goddam, mais je n’ai pas d’explication.
— Et qu’est-ce qui a pu amener un inventeur de pilule nutritive à publier un roman policier emprunté à James Hadley Chase ? demanda R-Lex.
— Oh, l’envie de me sortir de toutes mes préoccupations, sans doute, fit William Goddam.
— Oui, c’est une façon parmi tant d’autres, estima Chase.
William Goddam hocha doucement la tête en souriant, et annonça qu’il allait se retirer.
Bientôt, les deux robots-enquêteurs se retrouvèrent avec James Hadley Chase, et R-Job demanda :
— Au fait, monsieur Chase, pourrions-nous voir votre machine à écrire ?
Le romancier parut surpris, et fit :
— La nouvelle ?
— Pourquoi, vous avez changé de machine récemment ?
— Oui, j’ai acheté une machine plus moderne, plus actuelle que ne l’était bien sûr ma vieille UNDERWOOD de 1926.
— Et vous avez gardé cette vieille UNDERWOOD ? demanda R-Lex.
— Eh bien, fit l’écrivain, j’ai pensé la garder par nostalgie. C’est sur cette machine que j’ai écrit « Le tueur du Kent » devenu « L’égorgeur fantôme » ; mais pour bien montrer à William Goddam que je ne lui tenais aucunement rigueur de m’avoir plagié, je la lui ai offerte.
— Encore un élément très intéressant ! s’exclama R-Job. Bon, monsieur Chase, je pense que nous allons prendre congé, car il y a beaucoup de travail qui nous attend en 2213.
— Très bien, comme vous voulez, fit Chase, je vais vous appeler un taxi.
Les deux robots repartirent pour Hyde Park avec un chauffeur de taxi différent de celui de la fois précédente, et n’eurent aucun mal à retrouver leur Tempornef grâce à la pancarte Coca-Cola.
Ils furent accueillis au XXIIIème siècle par R-Jens qui les conduisit aussitôt voir un individu de haute taille, aux cheveux coupés en brosse, et à la barbe finement taillée, vêtu d’une blouse blanche.
— Mes amis, fit R-Jens, je vous présente R-Stokovof, le premier robot-médecin-légiste qui nous arrive tout droit de l’usine spéciale de Varsovie, État de Vodkaïe
Les deux enquêteurs saluèrent le médecin légiste, et R-Jens annonça :
— Je crois deviner, chers R-job et R-Lex, que vous avez des choses très importantes à nous apprendre, mais R-Stokovof et moi-même vous avons préparé une petite surprise.
Les deux enquêteurs parurent tout de suite intéressés, et R-Jens ne les fit pas languir plus longtemps.
— Oui, figurez-vous, dit-il, que lors de l’autopsie, on a ôté une partie du cerveau de John Goddam ; n’est-ce pas, R-Stokovof ?
— Tout à fait, fit ce dernier, et pas n’importe quelle partie, puisqu’il s’agit de toute évidence de l’hippocampe, là où sont stockées des données fondamentales.
( la suite samedi prochain)
07:42 Publié dans Feuilletons | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




Commentaires
Les engagements idéologiques ont parfois des raisons bien voluptueuses !
Ecrit par : Tietie007 | 26.04.2008
Ça a pu se vérifier dans l'Histoire.
Bonne journée Titie007
Ecrit par : Patrick S. VAST | 26.04.2008
Bon ben... j'ai lu le 11 et le 12 en suivant, mais je commence tout de même à m'y perdre un peu.... faudra que je reprenne depuis le début «à tête reposée»!!!
Ecrit par : sister for ever | 29.04.2008
Bien, ça reste très captivant, mention spéciale pour l'état de Vodkaïe et l'hippocampe !
J'essaie aussi d'écrire, mais ce sont les idées qui me manquent...
Avec mes encouragements !
A+ JCP
Ecrit par : Jean-Claude | 29.04.2008
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