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24.05.2008

Le meurtre de l'Underwood (16ème et dernière partie)

Résumé des épisodes précédents dans la rubrique feuilletons (colonne de gauche) : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème où ils rencontrent Sherlock Holmes, puis en 1957 où ils se retrouvent en compagnie de James Hadley Chase et d’Agatha Christie. Ils sont à la recherche d’un certain William Goddam, ancêtre de la victime, qui a par ailleurs écrit un roman policier intitulé « L’égorgeur fantôme ». Quand James Hadley Chase annonce que William Goddam est employé par la Société NUTRIVIA, tout comme le sera son descendant en 2213, les deux robots sont prêts à partir cette fois pour l’année 1958, où ils apprennent que William Goddam a plagié un manuscrit de James Hadley Chase pour écrire son roman. Et lorsqu’ils le rencontrent, ils s’aperçoivent qu’il est le parfait sosie du médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie de John Goddam. Or, de retour au XXIIIème siècle, ils apprennent que justement au cours de l’autopsie, on a prélevé une partie du cerveau de la victime. Mais l’irrationnel prenant en plus le pas sur la science, nos deux héros sont conviés à partir pour la planète Gashïa afin d’y rencontrer un Mage et solliciter ses pouvoir. Celui-ci est amené dans l’appartement de John Goddam, et fait sortir de lUNDERWOOD, un individu brandissant un couteau ! Mais Sagitarius ramène l’individu au néant, et explique comment a été assassiné John Goddam. Cet explication et la duplication de Charles Goddam sous la forme du médecin légiste qui a autopsié la victime dont il possède une totale ressemblance, amènent R-Job à déclarer que l’heure du dénouement de l’affaire est arrivée.
 
 — Vraiment ? fit R-Jens, très étonné.
— Vraiment, confirma R-Job. Enfin, peut-être manquera-t-il quelques éléments, disons historiques ou autres, du fait que certaines données ont été perdues.
— Je vous rassure tout de suite, intervint R-Wong, nous avons pu en récupérer un bon nombre grâce à notre relais installé sur Pluton. Je pourrai donc venir compléter, si nécessaire.
— Voilà qui est parfait, estima R-Job, alors je commence. Edward Goddam, boucher de son état, et à l’occasion éventreur potentiel, a eu un fils Andrew qui fut un parfait végétarien, et qui, à ce titre, a transmis l’horreur de la viande à ses propres fils, Charles et William. Ces derniers ont créé la Société NUTRIVIA au XXème siècle et ont œuvré pour découvrir une pilule nutritive remplaçant un repas complet. Charles qui s’était amouraché d’une Soviétique a fui en URSS dans le contexte de la guerre froide qui a caractérisé les années 50 à 70 de ce siècle. Les Soviétiques comptaient sur lui pour élaborer cette fameuse pilule, et ainsi prendre de l’avance sur le camp occidental. Seulement, il se trouve que c’était William Goddam qui possédait réellement les données pour y parvenir. À noter que ce William Goddam qui avait un tant soit peu hérité envers et contre tout de l’âme sanguinaire de son ancêtre Edward, s’intéressait à la littérature policière. Et à ce titre, il a plagié un roman de James Hadley Chase, à qui il avait légué sa demeure, ce qui explique qu’il soit passé à la postérité en étant domicilié au 90, Wardour Street à Londres. En tout cas, si la Société NUTRIVIA a certainement prospéré dans ces années-là, il semblerait que le projet de la pilule nutritive ait été abandonné aussi bien par les Britanniques devenus les Britaniens, que par les Soviétiques devenus les Russes puis les Cosaquiens.
— En effet, renchérit R-Wong, d’après les archives transmises depuis Pluton, on peut affirmer que les Britanniques ont abandonné le projet suite aux manifestations hostiles des lobbies de l’alimentation et des agriculteurs. Quant aux Soviétiques, ils ont préféré continuer la guerre froide par le biais de la conquête spatiale, en envoyant le premier homme dans l’espace en avril 1961. Seulement, le projet de la pilule nutritive est réapparu au XXIIème siècle avec la pénurie de matières premières et les famines qui s’en sont suivies en différents points de la planète. Et c’est la Société NUTRIVIA qui a achevé ce projet qui avait vu le jour dans ses murs dans la première moitié du XXème siècle. Il faut noter que William Goddam a eu un fils à qui il a légué les secrets de fabrication de la pilule nutritive, qui se sont donc transmis chez les Goddam de génération en génération.
— C’est ce qui explique, intervint à son tour R-Lex, que John Goddam était employé chez NUTRIVIA, mais sans avoir de fonction au sein de l’équipe de direction, du fait du passage de Charles chez les Soviétiques.
— Vieille rancune en effet, jugea R-Job. Et pour ce qui nous intéresse, il apparaît que l’on a visé un Goddam, mais justement un descendant de William comme pouvait l’être John.
— En effet, reprit R-Lex, mais pas dans un premier temps. Car, quand les Cosaquiens, qui désirent depuis un bon moment se retirer des Etats-Unis d’Europe, ont décidé d’abattre la Société NUTRIVIA et prendre le contrôle de la production de pilules nutritives, ils ont pensé aux restes de Charles Goddam qu’ils avaient à leur disposition dans l’un de leurs cimetières. À partir de ces restes, ils ont pratiqué une duplication selon une technique qu’ils maîtrisent plutôt bien. Seulement, la duplication peut toujours réserver des surprises. La preuve, ils ont produit un double de Charles Goddam possédant le même visage que son frère William, mais guère ses particularités neuronales. Donc, celui qui devait prendre l’identité de Fernand Karl Gonzales, ne put guère les aider à élaborer la pilule nutritive. Alors après réflexion, ils ont donc décidé de s’en prendre au descendant de William. Ils avaient alors deux solutions : ou bien amener l’intéressé à collaborer avec eux, ce qui était peu probable, ou bien s’accaparer d’une zone fondamentale de son cerveau.
— Tout à fait, poursuivit R-Stokotov. Seulement, pour pouvoir extraire des données explicites d’un cerveau, il faut que celui-ci ait été rendu en quelque sorte disponible, suite à un événement violent, tel un accident ou un traumatisme.
— Un meurtre est sans doute la solution idéale, fit R-Jens.
— Exactement, fit R-Job. Alors, donc, il ne restait plus qu’à tuer John Goddam. Pour cela, il existait plusieurs possibilités, mais il faut croire que c’est une solution particulièrement sophistiquée qui a été choisie.
— C’est sûr, fit R-Lex, soit par Fernand Karl Gonzales, soit par un ami de la victime, les Cosaquiens ont appris que John Goddam possédait l’UNDERWOOD qui avait été utilisée pour écrire « Le tueur du Kent », version originale de « L’égorgeur fantôme ». Il suffisait donc par un moyen occulte ou technologique d’extraire un meurtrier de la machine, et…
— Et c’est ce qui a été parfaitement exécuté de manière tout à fait moderne, déclara Sagitarius. Dans les tréfonds de l’UNDERWOOD était niché un poignardeur qui a été amené à la réalité, s’est matérialisé avec un couteau suffisamment tranchant pour ne laisser aucune chance à John Goddam, mais également aucune trace décelable de son passage.
— C’est tout à fait cela, fit R-Stokovof, et ensuite, le médecin légiste a pu s’accaparer de la zone de cerveau utile ; et à cette heure il doit être en route pour l’État de Cosaquie.
— Pas exactement, fit R-Jens, en se levant des gradins et en s’avançant vers l’estrade. Car j’ai réservé à tout le monde une petite surprise qui va nous permettre entre autres de vérifier ce qui a été énoncé ici même.
Il claqua dans ses mains, et une porte sur le côté du sas s’ouvrit pour laisser apparaître deux individus menottés et encadrés par deux robots des forces de sécurité.
L’un des individus était le parfait sosie de William Goddam, et il n’était pas difficile d’en déduire qu’il s’agissait de Fernand Karl Gonzales. Quand à l’autre individu, dans cet homme petit et chauve vêtu d’une veste bleue, R-Job et R-Lex reconnurent celui qui s’était présenté comme étant un ami de John Goddam et de surcroît celui qui avait découvert la victime baignant dans son sang.
— Mais nous connaissons ce monsieur ! s’exclama R-Job.
— Certainement, fit R-Jens. Pouvez vous, monsieur, nous indiquer votre identité ?
— Sans problème, fit l’intéressé, je m’appelle Mathieu Orson Trovatori.
— Je parlais de votre véritable identité, de votre identité cosaquienne, fit R-Jens. Car figurez-vous que si nous avons un peu tardé à obtenir les résultats de l’analyse des éléments obtenus par captation génétique dès le début de l’affaire, ils nous ont révélé des choses très intéressantes. Notamment que vous vous appelez en réalité Boris Popovitch.
— Popovitch ! s’exclama R-Lex, comme…
— Oui, comme la personne qui a rallié Charles Goddam au camp soviétique au XXème siècle, poursuivit R-Jens. Il faut croire que les services secrets de cette partie de l’Europe ont de la suite dans les idées, établissant ainsi une véritable saga entre les Goddam et les Popovitch.
Puis R-Jens s’interrompit un instant, et fixant Gonzales et Popovitch, il dit :
— Bon, messieurs, vous avez pu entendre tandis que vous vous trouviez derrière une cloison du sas, une version des faits qui, pour ma part, me semble tenir tout à fait la route. Je vous demanderai donc de confirmer. Inutile de mentir, puisque ensuite vous serez justement soumis au détecteur de mensonges.
Gonzales soupira, puis dit :
— C’est bien ainsi que les choses ont eu lieu. Mais je tiens à préciser que j’ai failli ne pas mener ma mission jusqu’au bout. Seulement, j’ai tellement été révolté par l’invasion des robots dans toutes les couches de la société, que finalement je n’ai plus eu de scrupules.
— Fernand Karl Gonzales, fit R-Jens d’un ton sentencieux, votre robotphobie ne vous mènera pas bien loin. Par contre le Haut Tribunal ne pourra que tenir compte de votre état de dupliqué. Cela ne pourra que vous valoir des circonstances très atténuantes.
— À quoi bon, fit l’intéressé.
Puis s’adressant à Boris Popovitch, R-Jens dit :
— Quant à vous, je suppose que vous aviez gagné la confiance de John Goddam. Et celui-ci vous a parlé de l’UNDERWOOD et de son passé. Il vous a fourni tous les éléments permettant de l’éliminer. Et c’est sans doute vous qui lui avez piqué le cou afin d’introduire l’inducteur auto-réactif.
Popovitch se contenta de sourire, ce qui pouvait être considéré comme un aveu.
— Très bien, fit R-Jens à l’intention des deux membres des forces de sécurité, vous pouvez conduire ces deux messieurs jusqu’au juge afin que soit prononcée leur mise en détention jusqu’au procès qui aura lieu d’ici une petite semaine.
Puis R-Jens invita les autres robots ainsi que Sagitarius à venir se relaxer sur une terrasse couverte.
Bientôt tout le monde se retrouva dans de confortables fauteuils, et Sagitarius annonça alors :
— Au fait R-Job et R-Lex, j’aimerais bien que vous m’emmeniez au XIXème siècle rencontrer Sherlock Holmes puisque vous m’avez affirmé qu’il avait vraiment existé.
— Avec plaisir, fit R-Job, d’autant que nous disposons désormais d’un Tempornef à quatre places. Nous avons bien cru en faire profiter James Hadley Chase et Agatha Christie, mais finalement le projet a échoué.
— Je suis d’autant prêt à vous conduire au XIXème siècle, renchérit R-Lex, que je croyais bien que l’affaire aller se conclure là-bas.
— Eh non, fit, R-Jens, elle se conclut plutôt avec un sérieux incident diplomatique entre la Cosaquie et le reste des États-Unis d'Europe en perspective. Quand je pense que les autorités souhaitaient une normalisation, la sécession est plus que jamais d’actualité. Enfin, tout cela ne nous regarde pas, c’est du domaine des politiques.
Au même moment, une voix se fit entendre sur la terrasse et annonça :
R-Job et R-Lex doivent se rendre immédiatement dans le quartier des Bistouris, 500 V secteur Est, pour enquêter sur un meurtre mystérieux.
— Ce n’est pas vrai ! s’exclama R-Job en se levant, même pas le temps de se relaxer tranquillement !
R-Lex se leva à son tour, et fit à l’intention de Sagitarius :
— Désolé, mais pour le voyage jusqu’au XIXème siècle, ce sera pour plus tard.
— Tant pis, fit le Mage, si personne d’autre ne peut m’emmener, je vais retourner sur Gashaïa.
Et tandis que les deux robots-enquêteurs allaient quitter la terrasse, R-Wong qui tenait très amoureusement R-Yoko par la main, leur annonça :
— Après cette mission, vous entrerez en séminaire d’évolution, afin que l’on vous change votre cerveau suprasonic ancien modèle, pour un nouveau multi fonctions.
— Hum, hum, fit R-job.
Moins de cinq minutes plus tard, les deux robots-enquêteurs étaient à bord de leur XX 4000 à propulsion hydrogénique, et R-Lex fit :
— Il semble que R-Wong soit doté de fonctions permettant certains petits plaisirs aux humains. Crois-tu R-Job qu’avec notre nouveau cerveau nous y aurons également accès ?
R-Job éclata de rire, et répondit :
— Nous verrons bien, R-Lex, nous verrons bien !
Puis la XX 4000 s’élança, et les deux robots-enquêteurs partirent pour de nouvelles aventures.

 

FIN

Patrick S. VAST – Février à Mai 2008



Commentaires

Du fait de mes vacances et du retard pris, j'ai lu à la suite les 4 derniers épisodes (j'avoue que ça m'arrangeait, cela m'a évité de perdre le fil entre deux!).
Les derniers paragraphes nous laissent augurer de nouvelles aventures de R-Job et R-Lex «Nous verrons bien, R-Lex, nous verrons bien». Ce sera avec plaisir - même si comme je l'ai dit le côté «feuilleton» fait que je me suis de temps en temps perdue dans l'histoire.
Et toi, tu ne t'y perds jamais (je crois que tu a écrit le texte au fil du temps?).
En tout cas c'est un trésor d'imagination, et d'humour, bravo Patrick.
J'ai eu une pensée pour toi lundi en retournant au Musée Maillol à Paris: dans une vitrine consacrée à Marcel Duchamp (que par ailleurs je n'apprécie pas particulièrement) trônait une authentique Underwood!! heureusement que je n'avais pas encore lu la fin, car j'aurais eu peur d'en voir sortir des esprits.

Bonne continuation. Où en est ton roman?

Amicalement.

Ecrit par : sister for ever | 28.05.2008

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