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29.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 8)

Résumé des épisodes précédents : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème pour y trouver un couteau et la signification du mots « UNDERWOOD », figurant sur un mystérieux instrument trouvé chez la victime. Au cours de ce voyage dans le temps, ils rencontrent Sherlock Holmes ainsi que celui qu’ils croient être Jack l’éventreur, apprennent qu’une UNDERWOOD serait une machine à écrire, et trouvent un couteau apparemment semblable à celui ayant servi au meurtre. À leur retour en 2213, ils apprennent que la victime a eu pour ancêtres l’homme qu’ont rencontré nos deux héros au XIXème siècle et qui n’était pas du tout l’éventreur, ainsi qu’un écrivain de polars qui a publié en 1957 un roman intitulé « L’égorgeur fantôme ». Il n’en faut pas plus pour que nos deux héros partent pour cette année bien précise.

 

Les disque lumineux disparurent très vite, signe que le Tempornef était arrivé à destination.

— Au fait ! s’exclama R-Job, sommes-nous bien en 1957 ? J’ai pensé très fort à l’adresse que nous a indiquée R-Wong, mais nullement à l’année qui nous intéressait.

— Ne t’inquiète pas, cher ami, fit R-Lex, j’y ai pensé pour toi.

— Ouf, j’aime mieux ça, fit R-Job. En tout cas, trop d’automatisme n’est pas la meilleure chose qui soit. Bon, sortons maintenant.

Aussitôt les porte de l’appareil s’ouvrirent d’elles-mêmes.

R-Job hocha la tête.

— Enfin, ça dépend.

Puis les deux collègues sortirent de leur appareil.

Ils se trouvaient dans un grand parc, et s’en étonnèrent. Mais avant toute chose, ils s’employèrent à rendre invisible le Tempornef. Puis ils abordèrent une dame âgée accoutrée de parures différentes de celles du XIXème siècle, mais qui n’avaient toujours rien à voir avec les tenues courantes du XXIIIème, et lui demandèrent :

— S’il vous plaît, nous cherchons un lieu qui s’appelle Wardour Street.

— Wardour Street ! s’exclama la vieille dame, mais vous n’y êtes pas du tout ; ici vous êtes à Hyde Park, et Wardour Street se trouve du côté de Picadilly Circus !

— Tiens, notre cher R-Wong n’est pas si infaillible que cela, lâcha perfidement R-Job. Et comment peut-on se rendre à Picadilly Circus ?

— Le mieux est de prendre le métro, fit la vieille dame.

— Oh, le métro existait donc déjà à Londres en 1957 ! s’exclama R-Lex.

— Bien évidemment, fit la vieille dame en haussant les épaules, et en étant quand même assez étonnée par ce qu’elle venait d’entendre.

Les deux robots se mirent donc en quête d’une bouche de métro, qu’ils trouvèrent d’ailleurs assez vite.

Une fois sous terre, ils cherchèrent leur direction, et apercevant un panneau indiquant Picadilly Circus, ils s’engagèrent dans une allée. Mais tandis qu’ils passaient devant une guérite, une femme de forte corpulence et vêtue d’un uniforme qui était placée à l'intérieur, s’écria :

— Hé ! où allez vous comme ça ?

— Eh bien, à Picadilly Circus, fit R-Lex.

— Et votre billet ?

— Notre billet ? fit R-Job.

— Oui, votre billet ; vous n’en avez pas ? Il faut en acheter un !

Nos deux amis se retrouvèrent fort désappointés, mais un individu coiffé d’un drôle d’objet noir en forme de coupole, intervint :

— Laissez donc, je paie les billets de ces pauvres hères, fit-il.

R-Job et R-Lex ne comprenaient absolument rien à la situation, mais attendirent quand même que l’inconnu s’arrange avec la femme en uniforme. Cela ne prit pas longtemps, et l’individu à l’espèce de coupole sur la tête les rejoignit, et leur dit en détaillant leurs combinaisons en latex jaune :

— Tiens, c’est la nouvelle tenue que l’Armée du Salut distribue aux indigents qu’elle ramasse dans la rue ?

Puis, comme les deux robots-enquêteurs ne répondaient rien, il poursuivit :

— Ne vous en faites pas les gars, moi aussi j’ai connu des coups durs dans la vie, et je sais ce que c’est d’avoir faim. C’est pour cela, tout à l’heure, quand l’employée du métro a commencé à vous casser les pieds, je me suis dit qu’il fallait intervenir.

R-Job et R-Lex ne purent que hocher la tête en s’efforçant de sourire à leur « bienfaiteur ».

Celui-ci monta avec eux dans une rame de métro, et les accompagna jusqu’à la station Picadilly Circus, car pour sa part, il continuait plus loin.

— Allez, bonne chance, les gars ! leur lança-t-il tandis que les deux robots sortaient sur le quai.

Puis ils remontèrent à la surface, et arrivèrent à une place très fréquentée, autour de laquelle tournaient des automobiles aux formes curieusement arrondies, et ce qui devait être des bus, à étage, et de couleur rouge.

Ils se renseignèrent pour savoir où se trouvait Wardour Street à un individu grand et maigre, et celui-ci leur indiqua le chemin. Ils y arrivèrent assez vite, et trouvèrent sans difficulté le numéro 90. C’était une grande maison cossue semblable aux autres de la rue, en briques rouges, plutôt guillerette.

Ils sonnèrent à la porte, et très vite celle-ci s’ouvrit pour laisser apparaître quelqu’un de très élégamment vêtu suivant la mode des années 50 du XXème siècle, doté en plus d’une moustache finement taillée.

— Monsieur William Goddam, sans doute ? fit R-Job.

L’homme élégant sourit en disant :

— Ah, monsieur William Goddam n’habite plus ici depuis un mois ; j’ai emménagé à sa place.

R-Job et R-Lex prirent un air contrarié, et R-Job demanda :

— Sauriez-vous nous dire où nous pourrions le trouver ?

L’autre eut l’air franchement navré.

— Malheureusement non, je ne possède pas sa nouvelle adresse. Mais pourquoi vouliez-vous le rencontrer exactement ?

— Eh bien, commença R-Lex, c’est au sujet de son livre, « L’égorgeur fantôme ».

— « L’égorgeur fantôme » ! s’exclama l’homme à la moustache. Bigre, voilà bien un titre qui frappe ! Mais je ne savais pas que Mr Goddam écrivait.

— Pourtant il a publié ce roman en 1957, fit R-Job.

— Ah oui, fit l’homme à la moustache ; voilà qui est étrange. Remarquez, nous ne sommes qu’en février, l’année n’est pas terminée, ce roman a encore le temps de paraître. Mais il y a quand même une chose qui m’étonne ; comment pouvez-vous annoncer que ce roman est paru en 1957, comme s’il s’agissait d’une époque déjà lointaine ?

Ce fut R-Lex qui se lança.

— Eh bien, dit-il, parce que nous arrivons du XXIIIème siècle, et plus particulièrement de l’année 2213.

— My God ! s’exclama l’homme à la fine moustache. Ce n’est pas une plaisanterie au moins ? En tout cas, voici une information qui elle est absolument véridique, car vérifiable : je suis également écrivain, et je m’appelle James Hadley Chase !

( la suite samedi prochain)

 

 

22.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 7)

Résumé de la partie 1, de la partie 2, de la partie 3, de la partie 4, de la partie 5 et de la partie 6 (voir rubrique feuilletons, colonne de gauche) : Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, ainsi que l’utilisation d’un couteau par le meurtrier, conduisent les 2 enquêteurs à partir pour le XIXème siècle à bord d’un Tempornef à la poursuite de Jack l’éventreur. Leur rencontre avec Sherlock Holmes va leur apprendre que le mystérieux instrument est une machine à écrire, et les mener à découvrir l’éventreur qui finalement leur échappe. Après un retour mouvementé au XXIIIème siècle, ils apprennent que la victime a eu un ancêtre qui a écrit en 1957 un roman policier intitulé, "L’égorgeur fantôme", et que leur voyage au XIXème siècle a été fructueux.

Les deux robots-enquêteurs furent emmenés dans le sas de synthèse où attendait R-Wong.

R-Jens claqua ses doigts, et aussitôt, sur l’écran mural, apparut le portrait d’un homme entièrement chauve, au visage de brute. Bien que ce ne fût qu’une photo, on distinguait très bien ses yeux injectés de sang.

— Qu’est-ce donc ? fit R-Job, complètement effaré.

— Il s’agit d’un boucher, répondit R-Jens.

— Un boucher ! s’étonna R-Lex. Mais qu'est-ce exactement ?

— Eh bien, commença R-Jens, dans des temps très anciens, c'était un individu dont le métier était de vendre de la viande, mais aussi de la découper, de la préparer pour qu’elle soit consommable.

— Mais, qu’est-ce donc de la viande ? demanda R-Job.

R-Jens soupira :

— Ah, comment vous expliquer cela ? Eh bien, il fut un temps où le cannibalisme était permis. Bon, bien sûr, cela remonte à très longtemps. Et alors, les humains mangeaient du boeuf, du mouton, des porcs… autant dire leurs proches parents.

— Mais c’est monstrueux ! s’exclama R-Lex. Et que sont devenus les boeufs, les moutons, les porcs…

R-Wong intervint à son tour :

— Ce sont des espèces qui ont complètement disparu, à cause justement du cannibalisme des humains. La seule espèce qui a pu être sauvée, ce sont les cheveux qui furent bien moins consommés que les boeufs ou les moutons, ou encore les porcs.

— Monstrueux ! répéta R-Lex en ayant manifestement du mal à croire ce qu’il venait d’entendre.

— Donc, reprit R-Jens, cet homme que vous voyez actuellement sur l’écran, était un boucher, et à ce titre possédait une certaine attirance pour le sang et les couteaux.

— Je vois, fit R-Job, le couteau que nous avons rapporté de l’année 1888, lui appartenait.

— Tout juste, fit R-Jens.

— Alors il s’agit de Jack l’éventreur ! fit R-Lex.

— Non, justement, répliqua R-Jens en décevant beaucoup les deux robots-enquêteurs. Cet homme était un admirateur de l’éventreur qu’il a essayé d’imiter. Mais il n’a jamais réussi à éventrer qui que ce soit, car il semblerait qu’à chaque fois qu’il s’y est essayé, un événement particulier l’en a empêché.

— Nous sommes bien placés pour le savoir, R-Lex et moi-même, dit R-Job.

— Je ne vous le fais pas dire, admit R-Jens. Alors donc, cet homme a bien été arrêté en possession d’un couteau, mais l’enquête a pu très vite déterminer qu’il n’était pas l’éventreur qui continuait pour sa part à commettre ses méfaits.

— Mais, fit R-Lex, il ne porte aucune trace d’eczéma sur le visage, alors que…

R-Jens intervint aussitôt.

— Justement, il a pu être déterminé qu’il souffrait d’un eczéma émotionnel. À chaque fois qu’il se trouvait en mauvaise posture, celui-ci envahissait son visage. Ce fut d’ailleurs le cas lorsque la police l’arrêta.

— Oui, il s’agissait bien d’une réaction épidermique, fit R-Job. ; comme l’a supposé Sherlock Holmes.

— Sherlock Holmes est vraiment un habile déducteur, fit R-Wong ; du moins s’il n’a pas été qu’un personnage de roman.

— Nous pouvons affirmer qu’il a bel et bien existé, assura R-Job.

— Oui, nous l’avons vu comme nous vous voyons, R-Wong, renchérit R-Lex. Et nous lui avons même parlé.

— Bon, revenons à notre boucher, fit R-Jens.

— Très juste, approuva R-Job ; et à ce sujet, a-t-on pu déterminer pourquoi il s’habillait en femme ?

— Oui, fit R-Jens, cela lui permettait de passer inaperçu dans le quartier de Whitechapel.

— Et comment ce personnage a-t-il fini ? demanda R-Lex.

— Très banalement, fit R-Jens. Après avoir été innocenté, il a repris ses activités de boucher, s’est marié, et a eu un fils qui fut un parfait végétarien.

— Drôle de destinée pour un adepte du cannibalisme, estima R-Lex.

— Et comment tout cela a-t-il pu être déterminé avec certitude ? interrogea R-Job.

Ce fut R-Wong qui répondit :

— Nous avons fait la synthèse entre les empreintes recueillies sur le couteau et des document judiciaires que fort heureusement nous possédons dans notre base de données. Et il est donc évident que vous n’avez pas failli capturer Jack l’éventreur, mais tout de même quelqu’un qui présente un certain intérêt.

— Lequel ? fit R-Job.

— Celui de s’appeler Edward Goddam, répliqua R-Jens.

— Edward Goddam ! s’exclama R-Job. Il est donc l’ancêtre de notre victime ?

— Et du romancier auteur de « L’égorgeur fantôme », compléta R-Jens.

— D’où notre départ pour l’année 1957, fit R-Job.

—Très bien vu, fit R-Jens.

— Et allons-nous pouvoir bénéficier d’un nouveau Tempornef ? demanda R-Lex.

— Bien sûr, affirma R-Wong. Un Tempornef de la dernière génération, à quatre places.

— Quatre places ! s’exclama R-Lex.

— Oui, quatre places, confirma R-Wong. Mais nous allons vous montrer la petite merveille.

Les deux robots-enquêteurs suivirent R-Wong et R-Jens jusqu’à la plateforme de départ, et y découvrirent en effet un engin très étonnant. Il faisait songer aux « zeppelins » des temps anciens, mais son fuselage était en thumbostène, et quatre personnes pouvaient effectivement s’installer à l’intérieur.

R-Wong prit aussitôt la parole, et dit à l’intention des deux robots-enquêteurs :

— Bon, tout d’abord, il faut que je vous prévienne que les électrodes que l’on vous a posées sur le crâne tout à l’heure, ont transmis à vos composants neuroniques de nouvelles données vous permettant d’être dotés d’étonnantes fonctions. Ainsi, pointez donc votre index vers l’appareil en pensant très fort qu’il va devenir invisible.

Un peu ébahis, R-Job et R-Lex s’exécutèrent, et très vite le Tempornef disparut.

— Voilà, fit R-Wong, cela vous assurera une totale sécurité. Car auparavant, un Tempornef aurait très bien pu être enlevé par des malveillants, rendant impossible tout retour au XXIIIème siècle.

— C’est ma fois vrai, reconnut, R-Job.

— Bon, maintenant, fit R-Wong, vous procédez de même, mais en songeant que le Tempornef va redevenir visible.

Les deux robots-enquêteurs se prêtèrent avec plaisir à l’expérience, et l’appareil réapparut.

— Bon, maintenant, avancez-vous vers l’engin.

R-Job et R-Lex s’avancèrent, et des portes latérales en thumbostène transparent s’ouvrirent.

Les deux robots-enquêteurs prirent place dans l’habitacle qui était très spacieux, et aussitôt, des ceintures de sécurité se placèrent automatiquement autour de leur taille, les retenant à leur siège moelleux.

— Incroyable ! s’exclama R-Job.

— Et ce n’est pas tout, prévint R-Wong. Vous pouvez vous rendre compte que vous ne disposez plus d’aucun écran, d’aucun sélecteur et j’en passe et des meilleurs.

— C’est ma fois exact, fit R-lex. Alors, comment allons-nous nous rendre en 1957 ?

— Rien de plus simple, assura R-Wong. L’adresse de William Goddam est au 90, Wardour Street à Londres. Alors vous songez à partir pour cette ville, et vous vous situez plus particulièrement à cet endoit. Maintenant vous intégrez bien ces éléments dans votre cerveau suprasonic, et vous y pensez intensément.

R-Job et R-Lex s’appliquèrent pour mettre en pratique les consignes données, et bientôt, les portes latérales se refermèrent. Puis il y eut un léger bourdonnement, et des disques lumineux apparurent, marquant le départ pour l’année 1957.

( la suite samedi prochain)

 

15.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 6)

Résumé de la partie 1, de la partie 2, de la partie 3, de la partie 4 et de la partie 5 : Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, ainsi que l’utilisation d’un couteau par le meurtrier, conduisent les 2 enquêteurs à partir pour le XIXème siècle à bord d’un Tempornef à la poursuite de Jack l’éventreur. Leur rencontre avec Sherlock Holmes va leur apprendre que le mystérieux instrument est une machine à écrire, et les mener à découvrir l’éventreur qui finalement leur échappe. Et alors que les deux enquêteurs s’apprêtent à repartir pour le XXIIIème siècle, un grave disfonctionnement du Tempornef risque de les retenir définitivement au XIXème.

 

À l’ultime seconde, le Tempornef se mit à vibrer, et les deux robots-enquêteurs furent cloués à leur siège ; mais contrairement à leur arrivée au XIXème siècle qui avait eu lieu en douceur, ils subirent soudain un grand choc, tandis qu’une sirène commença à résonner dans l’habitacle de l’appareil.

Ils enlevèrent très vite leur ceinture de sécurité, et sortirent précipitamment du Tempornef.

Ils virent aussitôt arriver des agents de sécurité munis d’extincteurs, et l’un deux leur cria :

— Vite, partez d’ici, ça peut exploser d’un instant à l’autre !

Les deux comparses se rendirent alors compte que de la fumée noire s’échappait de l’appareil.

Ils partirent comme on leur avait conseillé en empruntant un tunnel d’évacuation. C’est alors qu’ils virent venir vers eux R-Jens, accompagné de ce qu’ils prirent tout d’abord pour un humain.

— Eh bien, messieurs, on peut dire que vous revenez de loin ! fit R-Jens.

— Sans doute, fit R-Job, tandis que R-Lex acquiesçait de la tête.

— Messieurs, je vous présente R-Wong, le responsable de notre réseau informatique, fit R-Jens en désignant celui qui l’accompagnait.

Les deux robots-enquêteurs regardèrent avec étonnement ce qui leur apparaissait comme étant un individu doté de cheveux et même d’une moustache, le tout de couleur brune.

— Vous êtes vraiment un robot ? demanda R-Job au nouveau venu.

— Tout à fait, répondit celui-ci. Je suis un robot de la toute dernière génération ; j’arrive tout droit de l’usine Haïko, la plus importante de Niponie.

— Mais pourquoi ces cheveux et même cette moustache ? demanda R-Lex, jusqu’à maintenant, les robots mâles comme les robots femelles en étaient dépourvus.

Cette remarque fit rire R-Wong.

— C’est vrai, dit-il, mais les concepteurs ont pensé qu’ainsi on arriverait peut-être à endiguer le phénomène de robotphobie qui tend à prendre de plus en plus d’ampleur.

— Hum, je ne sais pas si cela suffira, fit R-lex, très perplexe.

— En tout cas, reprit R-Jens, si vous avez pu revenir dans notre cher XXIIIème siècle, c’est grâce à notre nouvelle recrue.

— Comment cela ? fit R-Job.

— Oui, chers amis, renchérit R-Jens, vous aviez complètement perdu le contrôle du Tempornef, et c’est R-Wong qui a pris en charge votre retour avec son ordinateur.

R-Job et R-lex regardèrent R-Wong en prenant un air ébahi.

— Oui, fit celui-ci, lorsque vous êtes partis pour le XIXème siècle, j’achevais juste de mettre au point un process permettant de réaliser la surveillance à distance des voyages dans le temps, et si besoin de pouvoir intervenir en cas de détresse. J’avoue que grâce à vous, j’ai la certitude maintenant que mon process est opérationnel. Mille mercis.

— C’est plutôt à R-Lex et à moi-même de vous adresser mille mercis, R-Wong ! s’exclama R-Job. Sans vous, nous en étions quittes pour demeurer au XIXème siècle où, à mon avis, la robotphobie était très active.

R-Job fit le récit de ce qui s’était passé en 1888, et après l’avoir écouté avec attention, R-Jens déclara :

— Très intéressant tout cela. Mais il semblerait en fait que le cœur de l’affaire se situerait plutôt en 1957.

— 1957 ! s’étonna R-Lex.

— Oui, fit R-Jens, toujours grâce à R-Wong, nous avons pu analyser informatiquement certaines données, et nous avons découvert que John Goddam a eu un ancêtre, un certain William Goddam, qui a publié un roman policier cette année-là, dont le titre, en vieux patois britanien, pourrait se traduire par : « L’égorgeur fantôme ».

— Bigre ! fit R-Job. Et ce roman policier est-il disponible ?

R-Jens prit un air sombre.

— Hélas, c’est comme pour la machine à écrire que nous avons pu finalement identifier grâce à Sherlock Holmes, ce roman n’a pas été saisi en informatique, et il n’en reste plus aucune trace.

— Dommage, fit R-Lex. Et quant à l’arme du crime, vous avez pu en obtenir une analyse fine ?

— Oui, répondit R-Jens, et c’est très troublant. Le diagnostic de l’analyse est vide de tout élément permettant de faire avancer l‘enquête.

— Comment cela ? s’étonna R-Lex.

— Rien n’a pu être identifié ou répertorié, fit R-Jens ; un vrai couteau fantôme, comme l’égorgeur.

— De toute façon, fit R-Job, le couteau n’a pas été découvert. L’analyse n’a pu être élaborée qu’à partir de la plaie de la victime.

— Ce qui normalement doit suffire, intervint alors R-Wong. Il faut croire que nous nageons en pleine immatérialité, voire dans l’irrationnel.

— C’est comme cela depuis le début de cette affaire, soupira R-Jens.

— En tout cas, reprit R-Job, voici un couteau qui n’a rien de fantomatique.

Il tira aussitôt sur un zip de sa combinaison, et en sortit le couteau ramassé sur les pavés d’une ruelle mal famée de Whitechapel.

Celui-ci était constitué d’une lame en acier et d’un manche en bois, deux matières qui existaient encore au XXIIIème siècle, mais sous forme de mixo-synthèse.

— Très bien, fit R-Jens. Mais il va falloir le placer très vite dans un sas de protection infratemporelle, car la friction relativiste va bientôt entrer en action, et il risque de s’oxyder en quelques secondes.

Une robot-assistante passa à proximité dans sa combinaison en latex grenat. R-Jens l’appela et convia R-Job à lui confier le couteau.

— Vous emmenez cet objet au sas alpha 13 et vous mettez en action une analyse conceptuelle béta+, ordonna R-Jens.

— Pas de problème, chef, fit le robot-assistante en prenant le couteau.

Et elle se dépêcha d’aller remplir sa mission, tandis que R-Jens annonçait aux deux robots-enquêteurs :

— Bon, messieurs, pour votre part, vous vous rendez tout de suite en salle de sophro-relaxation cognitive.

Les deux comparses montrèrent aussitôt leur entière satisfaction.

La sophro-relaxation cognitive, était un programme psycho-somato-apaisant, afin d’éviter tout stress aux robots, ce qui pouvait être dommageable pour leur cerveau suprasonic. Cela consistait à s’allonger sur une table en plexiglas dans une pièce aux lumières tamisées, où étaient diffusés des enregistrements du groupe Pink Floyd, une formation musicale britanienne du XXème et XXIème siècle. D’ordinaire, des robots-masseuses s’employaient à détendre les agents du Central Sécuritaire qu’on leur confiait. Mais cette fois-ci, il en fut autrement. Plutôt que de masser R-Job et R-Lex, les trois préposées présentes, leur placèrent des électrodes sur le crâne. Les deux compagnons ne firent aucune remarque à ce sujet, se relaxant le mieux qu’ils le purent, afin d’oublier le stress que n’avait pas manqué d’engendrer leur escapade au XIXème siècle.

Une petite demi-heure plus tard, R-Jens arriva dans la salle de relaxation. R-Job et R-Lex furent aussitôt débarrassés des électrodes qu‘on leur avait mystérieusement placées sur le crâne, et quittèrent leur table de plexiglas.

Hum, cette séance m’a fait le plus grand bien, annonça R-Job en s’étirant.

— À moi aussi, dit R-Lex en esquissant un mouvement de gymnastique.

— C’est très bien, dit R-Jens. En tout cas, messieurs, vous ne vous êtes pas rendus au XIXème siècle pour rien.

Et tandis que les deux robots-enquêteurs affichaient un air interrogateur, l’œil droit de leur chef se mit à clignoter à la fois de malice et d’excitation.

 

( la suite samedi prochain)

 

08.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 5)

1939886729.jpgRésumé de la partie 1, de la partie 2, de la partie 3 et de la partie 4 : Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, ainsi que l’utilisation d’un couteau par le meurtrier, conduisent les 2 enquêteurs à partir pour le XIXème siècle à bord d’un Tempornef à la poursuite de Jack l’éventreur. Leur rencontre avec Sherlock Holmes va leur apprendre que le mystérieux instrument est une machine à écrire, et les mener à découvrir l’éventreur.

 

Celui-ci les amena dans un dédalle de ruelles suiffeuses et horriblement sinistres. Dans des entrées d’immeubles délabrés et d’une effroyable saleté, se tenaient des prostituées dépenaillées qui tenaient toutes une bouteille de gin à la main, qu’elles portaient de temps en temps à la bouche pour en boire une gorgée. Elles étaient ivres et inconscientes du danger qu’elles couraient. Elles allaient même jusqu’à saluer sur son passage, l’éventreur qui continuait comme si de rien n’était dans sa robe rouge, très à l’aise sur les talons de ses escarpins.

Holmes et les deux robots le suivaient à une distance raisonnable pour ne pas attirer son attention, et le détective déclara :

— Je sais que c’est l’éventreur, car sur les lieux de son dernier meurtre, j’ai découvert un fragment de tissu rouge, ainsi que plusieurs cheveux roux. Alors dans l’après-midi j’ai patrouillé dans tout Whitechapel, et il ne m’a pas fallu très longtemps pour localiser cette femmes portant une robe tout ce qu’il y a de plus rouge, et étant manifestement rousse. Mais surtout, qui avait une façon de regarder aux alentours qui ne laissait pas de doute. Elle était en opération de repérage. Je l’ai suivie quelque temps, et elle est entrée dans le pub où nous nous trouvions il y a peu. Il fut très facile pour moi de constater qu’il s’agissait d’une habituée de l’endroit, et qu’elle risquait fort d’y revenir ce soir avant de commettre un nouveau meurtre. Encore une fois, mes déductions se sont avérées exactes.

— Vous être vraiment très fort, monsieur Holmes, reconnut R-Job. Mais ainsi, Jack l’éventreur était donc une femme !

— Pas si vite, fit le détective, des surprises nous attendent sans aucun doute.

Pour l’instant, en guise de surprise, tandis qu’aussi bien Jack l’éventreur que Holmes et les deux robots qui le suivaient, entraient dans une zone du quartier pratiquement déserte, à l’exception d’une pauvre fille arpentant le trottoir, il se passa quelque chose de terrible. La clarté de la lune fit soudain briller ce qui apparut tout de suite comme étant la lame d’un couteau avec lequel l’éventreur se rua sur la malheureuse prostituée isolée.

Alors R-Lex brandit la paume de sa main en direction de la femme en rouge, et celle-ci fut aussitôt arrêtée dans son élan, puis elle se souleva de terre, et retomba de tout son poids.

Il y eut un cri de la part de la prostituée qui s’enfuit, tandis que les trois comparses se précipitaient sur Jack l’éventreur. Ils le découvrirent à moitié groggy sur le sol, avec maintenant l’éclat de la lune qui faisait briller son crâne chauve, compte tenu qu’il avait perdu sa perruque rousse dans l’aventure. Il se redressa avec peine, et Holmes et les deux robots se plantèrent devant lui pour découvrir son visage, puis en demeurèrent les yeux écarquillés de surprise. Toute la face de l’éventreur était couverte d’eczéma, rendant impossible la moindre identification.

— My God ! s’exclama Holmes.

Mais il redoubla d’exclamations, quand tout à coup, surgie d’on ne sait où, s’abattit sur lui et les deux robots, une bande d’individus armés de gourdins qui se mirent à leur taper dessus avec des cris hystériques.

Les deux robots utilisèrent bien sûr leurs pouvoirs de défense, et en quelques secondes, tous les membres de la horde se retrouvèrent paralysés au sol.

— Ils sont morts ? s’enquit Holmes qui se frottait l’épaule après avoir essuyé plusieurs coups de gourdin.

— Non, hors d’état de nuire pour quelques minutes, répondit R-Lex.

Mais aussitôt le robot tressaillit.

— Jack l’éventreur s’est enfui ! s’écria-t-il.

En effet, ayant profité de l’intervention de la horde, il avait filé entre les doigts de ceux qui n’avaient plus qu’à le cueillir.

— Regardez, là, par terre ! fit le détective.

— Mais, c’est son couteau, fit R-Job.

Il se baissa aussitôt et le ramassa.

— As-tu vu, R-Lex ? fit-il à son collègue, ce couteau doit être du même modèle que celui qui a tué John Goddam.

— Oui, fit R-Lex, nous tenons certainement là une sérieuse pièce à conviction que nous allons ramener au XXIIIème siècle.

— Comment ! fit Holmes. Mais, Gentlemen, si vous emportez ce couteau, nous risquons de ne connaître l’identité de l’éventreur que dans plus de trois cents ans !

— Sans doute, fit R-Job, mais possédez-vous en ce XIXème siècle, les moyens techniques d’investigation que nous détenons en 2213 ?

— Hélas, non, reconnut Holmes. Je n’ai pour ma part que ma loupe ou mon microscope, et Scotland Yard n’est sans doute pas aussi bien équipé que vos services de police.

— Il est donc préférable que nous gardions ce couteau, conclut R-Job, en contemplant l’objet en question qu’il tenait dans sa main.

— Oui, fit Holmes, et après tout, ainsi nous aurons droit à un tas de supputations, d’hypothèses, d’ouvrages de toutes sortes, à propos de l’identité de Jack l’éventreur. À moins que je ne parvienne à l’identifier envers et contre tout.

— À ce propos, fit R-Lex, ce serait donc un homme !

— Vous dîtes cela parce qu’il est chauve ? fit Holmes. Mais n’y a-t-il pas des femmes chauves ?

— Sans aucun doute, fit R-Job. Alors, autre point, avez-vous vu son visage ?

— Oui, et voilà qui m’étonne !

— Et pourquoi ?

Sherlock Holmes respira un grand coup avant de répondre :

— Parce que, comme je vous l’ai dit, j’ai vu cet étrange personnage cet après-midi. Et si je n’ai pu  réellement le détailler, je suis certain qu'il n'avait pas la face dans l'état où nous l'avons vue.

— Alors, votre avis ? demanda R-Lex.

— Sans doute une vive réaction épidermique, proposa Holmes.

Les deux robots hochèrent simultanément la tête, puis R-Job tira sur un zip de sa combinaison, ce qui ouvrit une poche dans laquelle il enfouit le couteau.

— Bon, fit Holmes, je crois que l’instant est venu de nous quitter.

— En effet, déclara R-Job, mon collègue et moi-même, nous allons repartir pour le XXIIIème siècle.

— Alors bon retour, fit Holme en tendant sa main.

Les deux robots la lui serrèrent tour à tour, et laissèrent le détective dans la rue sordide où ils avaient bien failli capturer Jack l’éventreur.

Tandis qu’ils s’éloignaient, R-Lex dit à R-Job :

— À mon avis, Sherlock Holmes était pressé de nous voir partir, car avec ou sans couteau, il va tenter de mettre la main sur l’éventreur ; et je suis certain qu’il est déjà parti explorer les immeubles délabrés alentour, où, pense-t-il, l’éventreur s’est réfugié après nous avoir échappé.

— Oui, fit R-Job, mais ce sera peine perdue ; puisque nous savons que l’éventreur n’a toujours pas été identifié en 2213.

— Ce n’est peut-être qu’une question de temps, se risqua à pronostiquer R-Lex ; et il n’est pas impossible que nous soyons amenés à revenir au XIXème siècle pour conclure notre enquête à propos du meurtre de John Goddam.

Tout en devisant, les deux robots traversèrent les rues et les ruelles sinistres du quartier de Whitechapel, et rejoignirent bientôt le terrain vague où se trouvait toujours leur Tempornef, qui avait l’air d’un gros œuf que la lune palôte éclairait avec parcimonie.

Ils prirent bientôt place à bord, et bouclèrent leur ceinture de sécurité. Puis R-Job commença à pianoter sur les touches du sélecteur pour programmer le retour en 2213.

Mais d’un coup, on entendit un brouhaha, et des individus hirsutes et dépenaillés apparurent armés de gourdins.

— Mais c’est incroyable ! s’exclama R-Lex, ces gens du XIXème siècle sont décidément très têtus !

Les portes de protection en thumbostène transparent se fermèrent automatiquement, tandis que R-Job continuait sa programmation.

Mais très vite, le Tempornef se mit à tanguer terriblement. Les coups de gourdin pleuvaient dessus, et résonnaient de façon terrible dans l’habitacle de l’appareil. Les deux robots-enquêteurs s’affolaient, et ne parvenant pas à se concentrer, R-Job avait du mal à retrouver la formule de retour.

— R-Lex, je crains le pire, dit-il ; si l’appareil est endommagé, nous ne reverrons jamais le XXIII ème siècle !

R-Lex tenta de s’apaiser afin d’aider son collègue, mais bientôt sur un écran apparut le message :

Votre Tempornef sera définitivement hors d’usage dans très peu de temps…

Puis, des chiffres commencèrent à défiler :

10,9,8,7,6,5,4,3,2,1...

( la suite samedi prochain)

 

 

 

01.03.2008

Le meurtre de l'Underwood (partie 4)

1939886729.jpgRésumé de la partie 1 , de la partie 2 et de la partie 3: Le meurtre commis de façon apparemment irrationnelle à l’encontre de John Goddam originaire de Britanie, amène les deux robots-enquêteurs R-Job et R-Lex à entrer en action. La découverte du mot UNDERWOOD inscrit sur un mystérieux instrument qui se trouvait dans l’appartement de la victime, donne soudain l’idée à R-Job de partir pour le XIXème siècle. Et c’est-ce qu’il entreprend avec son collègue R-Lex à bord d’un Tempornef.

 

Cela dura quelques minutes, puis les cercles s’estompèrent et disparurent complètement.

— Nous voici arrivés, dit R-Job à son compagnon tout en enlevant sa ceinture de sécurité.

R-Lex en fit autant, et les deux robots-enquêteurs quittèrent le Tempornef. Apparemment ils se trouvaient dans un terrain vague, et c’était la nuit. Un clair de lune et les étoiles qui gravitaient tout autour, permettaient d’y voir relativement bien. De plus, un peu plus loin on apercevait des lumières qui devaient être celles du quartier de Whitechapel.

R-Job et R-lex se mirent en route, et gagnèrent assez vite des rues grouillantes de monde et très bruyantes.

Les deux robots-enquêteurs étaient assez subjugués par leur découverte du XIXème siècle. C’était la première fois qu’une mission les amenait à voyager dans le temps, ce qui était devenu très courant en ce XXIIIème siècle. D’ailleurs R-Job y pensait depuis un moment, et l’on peut dire qu’il avait sauté sur l’occasion.

Tout autour d’eux, les gens portaient de drôles de tenues fabriquées dans des étoffes qui avaient complètement disparu en 2213. La plupart des hommes avaient par ailleurs posé sur leur tête un drôle d’objet, tout en hauteur. Cela amusa fortement R-Job et R-Lex qui, tout à leur découverte, ne remarquaient même pas que les nombreux passants les regardaient d’un drôle d’œil, les trouvant forcément saugrenus avec leur combinaison en latex jaune. R-Job était en train de se demander s’il existait déjà des véhicules à propulsion hydrogénique au XIXème siècle, quand son ami lui attrapa le bras, et le tira vers lui, afin qu’il ne se fasse pas faucher par un drôle d’appareil constitué d’une sorte de cabane des plus rudimentaires sur roues, tirée par deux curieux animaux.

— Oh ! s’exclama R-Lex, ce sont des chevaux ! Il y en aurait des élevages dans je ne sais plus quelle contrée des Etats-Unis des Amériques. Personnellement, je n’en ai jamais vu en vrai, mais plusieurs fois en film.

— Moi aussi, fit R-Job. Mais en tout cas, as-tu constaté comme cet appareil est dangereux ? Il a failli me renverser ! Heureusement que tu étais là, R-Lex.

C’est alors qu’une femme étrangement parée s’avança vers les deux robots, et leur souffla à la figure son haleine chargée en s’écriant :

— C’mon, Gentlemen ! c’mon with me !

Les deux collègues lui firent signe de les laisser passer, et la pocharde se mit à les insulter.

— Tu as entendu, R-Lex ? fit R-Job, cette femme s’exprimait dans ce vieux patois qui était parlé en Britanie il y a très longtemps.

— Oui, et ça s’appelait l’anglais, fit R-Lex, un patois qui a désormais complètement disparu. Mais as-tu compris le sens de ses paroles ?

— Non, j’ai été surpris et les paramètres autorégulateurs cognitifs de mon cerveau suprasonic n’ont pas eu le temps de se déclencher.

— Il en est de même pour moi, avoua R-Lex, mais maintenant ils sont placés en pilotage automatique.

— Tout comme les miens, dit en riant R-Job.

Les deux robots continuèrent de déambuler dans les rues, et arrivèrent dans une particulièrement sordide, peuplée d’hommes et de femmes qui gesticulaient en tenant des bouteilles à la main, ou d’autres qui dormaient allongés sur les trottoirs, la tête baignant dans des flaques visqueuses. Il régnait à cet endroit une horrible puanteur, que ne pouvaient ignorer les capteurs sensoriels des deux robots.

Ces derniers venaient juste d’envoyer promener une horde d’enfants très sales, pieds nus et les vêtements en haillons, quand arriva vers eux un groupe d’hommes balafrés ou borgnes. Le plus gras d’entre eux s’exclama alors à l’encontre des deux robots :

— Mais regardez-moi donc ces deux guignols ! D’où qu’ils sortent donc ?

— Je crois que nous allons avoir des problèmes, fit R-Job à R-Lex.

En effet, l’homme continua :

— Ces deux guignols ont bien une pièce en or à nous donner, pas vrai ? À moins que ce soit une belle bourse bien garnie, ce qui serait bien mieux !

Les deux robots étaient maintenant arrêtés, empêchés d’aller plus loin par le groupe d’hommes qui leur voulaient le plus grand mal.

— Allez, amenez vos bourses ! commanda leur meneur.

— Messieurs, nous vous prions de nous laisser passer, nous n’avons pas de bourse à vous donner, fit R-Job.

L’autre entra dans une folle rage.

— C’est ce qu’on va voir ! éructa-t-il. Tim, donne-moi ta hache !

Un individu se détacha du groupe, avec un objet très tranchant au bout d'une sorte de bâton.

Il le donna au meneur, qui se mit à avancer vers les deux robots. Alors, R-Job brandit une main ouverte vers l’individu, et aussitôt, un éclair verdâtre sortit de sa paume pour aller frapper l’agresseur, qui fut soulevé de plusieurs mètres du sol, où il retomba lourdement.

Par réflexe, ses compagnons avaient fait un pas vers les deux robots ; alors, cette fois tous deux brandirent leurs mains ouvertes vers leurs ennemis, et le même phénomène se produisit. Les agresseurs furent soulevés de terre, et y retombèrent en gémissant. Il fut aussitôt aisé pour les deux robots de reprendre leur promenade. Bien sûr, tout cela avait attisé la curiosité des passants qui les regardaient tous avec un air ébahi.

Mais parmi ceux-ci, il y avait un homme qui lui ne put s’empêcher de sourire, et emboîta le pas aux deux robots. Il était très grand, très maigre, habillé de la même façon que la plupart des hommes que l’on voyait alentour, avec des vêtements amples comme la mode semblait l’exiger en ce XIXème siècle, et les cheveux emprisonnés sous une drôle de parure confectionnée avec une étoffe indéterminée.

— Messieurs, attendez-moi ! cria-t-il à l’encontre des deux robots.

Ces derniers qui avaient non seulement entendu l’appel de l’inconnu, mais également compris le sens de ses paroles grâce à leurs paramètres autorégulateurs cognitifs, se retournèrent. Ils le virent alors venir vers eux.

— Ah, messieurs, fit l’individu qui possédait un visage osseux et un nez aquilin, suivant les déductions que j’ai coutume de faire chaque jour, je dirais que vous êtes des êtres très particuliers qui pourraient provenir d’un monde bien lointain. Vos vêtements qui n’ont guère cours en cette année 1888, et ne sont, vu leur aspect, pas prêts d’être à la mode, me feraient presque penser que vous venez d’une autre époque ; un autre siècle.

— Tout juste, fit R-Job, nous arrivons tout droit du XXIIIème siècle, et plus précisément de l’année 2213.

— My God ! s’exclama l’inconnu. Si Herbert George entendait cela !

— Qui dont ? fit R-Lex.

— Herbert George Wells, répondit l’inconnu. C’est un grand ami à moi qui écrit des romans d’anticipation. Et il veut justement inventer une histoire où il serait question de voyages dans le temps.

— Mais les voyages dans le temps sont une réalité, fit R-Lex, d’ailleurs notre Tempornef est là pour le prouver.

— Oui, c’est une réalité sans doute pour vous, fit l’inconnu ; mais n’oublions pas que Herbert George va s’adresser à des lecteurs du XIXème siècle, pas du XXIIIème siècle, où emprunter une machine à voyager dans le temps est devenu aussi courant que prendre le train à Waterloo Station.

— C’est sûr, reconnut, R-Job. Mais au fait, qui êtes-vous donc, monsieur, pour ne pas vous étonner de voir deux robots arrivés du XXIIIème siècle, et connaître un écrivain d’anticipation ?

— En plus, vous êtes deux robots ! s'exclama l'inconnu. Je me disais bien que d’après votre façon de vous mouvoir et votre parfaite ressemblance… Alors, qui suis-je ? Eh bien, je suis le roi de la déduction. Forts de cette information, vous ne serez pas étonnés quand je vous aurai dit que je m’appelle Sherlock Holmes ! Peut-être même m’aviez-vous reconnu ?

— Sherlock Holmes ! s’exclama R-Lex ; mais vous êtes un personnage de …

— De romans ? fit Sherlock Holmes.

— Bien sûr, confirma R-Lex.

— Ainsi, pour les gens du XXIIIème siècle, je n’ai pas eu d’existence réelle, s’amusa Holmes.

— Absolument, fit R-Job.

— Eh bien, messieurs, vous ne serez pas venus au XIXème siècle pour rien, annonça Holmes. Car sachez que Sherlock Holmes a bel et bien existé, puisque vous l’avez en chair et en os devant vous. Il en est d’ailleurs de même de mon cher Watson qui se trouve pour l’heure en Écosse chez de proches parents. Seulement, le quiproquo vient du fait qu’un grand ami de ma famille : Arthur Conan Doyle, pour ne pas le nommer, s’est mis en tête de raconter dans divers récits, toutes nos aventures à Watson et à moi-même. Comme c’est vraiment un grand ami de ma famille, je n’ose pas le contrarier.

— Ah, nous comprenons très bien, monsieur Holmes, fit R-Job. Mais c’est une chance pour nous de vous avoir rencontré, car nous sommes venus au XIXème siècle pour enquêter. En tant que détective, vous pourriez nous être d’un précieux concours.

Holmes et les deux robots discutaient au milieu de la rue, et les badauds ne cessaient de les regarder ; certains s’arrêtant même pour mieux les voir.

— Attendez, fit Holmes, nous allons nous rendre au pub qui se trouve un peu plus loin.

Les deux robots suivirent le détective jusqu’à une affreuse gargotte où tout le monde était ivre, ce qui était un gage de tranquillité pour les deux ressortissants du XXIIIème siècle ; personne ne pouvant ainsi s’étonner de leur aspect.

Ils s’installèrent avec Holmes à une table restée miraculeusement libre tant la gargotte était surpeuplée, et R-Job commençant à exposer les faits.

— My God ! s’exclama Sherlock Holmes lorsqu’il eut terminé. Tout cela est très intéressant. Alors d’après ce que vous m’avez rapporté, l’étrange instrument noir serait une machine à écrire : une invention plutôt récente en ce XIXème siècle.

— Et quelle pourrait être son utilité ? demanda R-Lex.

— Eh bien, elle peut servir à écrire des romans, ou des short stories, fit Holmes. Herbert George en utilise une. Par contre, je ne vois pas quelle est la place du dénommé Underwood dans cette affaire. Il est possible que ce soit l’inventeur ou le fabriquant de celle dont vous me parlez. Mais je ne connais pas de modèle de ce nom, du moins en cette année 1888. Mais comme vous venez du XXIIIème siècle, tout peut encore arriver. Pour ce qui est de « l’éventreur », alias Jack, vous tombez à pic, car si je suis à Whitechapel ce soir, c’est pour le capturer. Oui, je me suis d'ailleurs déguisé pour passer inaperçu.

— Pour le capturer ! s’exclama R-Job.

— Pour le capturer, répéta Holmes. J’ai de fortes… oh, My God, le voilà !

— Comment ? fit R-Lex.

— Oui, là, cette femme qui sort du pub, fit Holmes en montrant du doigt ce qui était de toute évidence une femme qui leur tournait alors le dos, vêtue d’une robe à froufrous rouge écarlate, et dont les cheveux d’un roux lumineux bouclaient jusqu’à ses épaules.

Tels des chats, les deux robots et Sherlock Holmes quittèrent leur place et commencèrent à se faufiler parmi les soiffards et les soiffardes du pub, suivant ainsi discrètement Jack l’éventreur qui s’en allait sans aucun doute commettre un nouveau forfait.

 

(la suite samedi prochain)

Attention ! Pour cause de corrections de roman, durant tout le mois de mars, le blog ne sera mis à jour que le samedi, avec un nouvel épisode du feuilleton.

Prochain rendez-vous, donc, le samedi 8 mars pour le cinquième épisode du "Meurtre de l'Underwood"

 

 

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