16.09.2009
SIMURGH LE 20
jE ME SUIS TROMP2 L4AUTRE JOUR? C4EST LE 20 QUE LE NOUVEAU simurgh SERA MIS EN LIGNE ET NON PAS AUJOURD4HUI;
dONC 0 DIMANCHE? POUR LIRE LE DERNIER 2PISODE DE 3k COMME kATIA3
Tiens, ça fait marrant, en oubliant d'enlever le verrouillage majuscule, on obtient presque de l'alphabet cyrillique (enfin quelque chose d'approchant).
Alors traduction maintenant de ce qui est écrit plus haut :
Je me suis trompé l'autre jour. C'est le 20 que le nouveau SIMURGH sera mis en ligne et non pas aujourd'hui.
Donc à dimanche pour le dernier épisode de "K comme Katia".
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09.09.2009
Dernier épisode de "K comme Katia"
C'est pour mercredi prochain, avec la parution du SIMURGH nouveau. Que va-t-il arriver à notre héros après les frayeurs qu'il a connues en Tchécoslovaquie et en Afrique du Sud ?
En attendant, relisez les deux premiers épisodes, et même les deux premiers SIMURGH en entier.
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre22453.html
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre22578.html
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28.02.2009
Le spationaute (dernier épisode)
Épisodes précédents dans la rubrique "Feuilletons", colonne de gauche
***
J'avais roulé toute la journée avec ma bicyclette. Je suis arrivé en début de soirée dans une station balnéaire. Par une petite route, j'ai gagné un endroit à la fois étrange et très prenant. C'était à l'extrémité nord de la plage. Il y avait un bâtiment en ruine dans les dunes, entouré de blockhaus également très endommagés. Il n'y avait plus personne sur la plage ; il faut dire qu'il était déjà près de 21 h. Je me suis installé avec ma bicyclette en haut d'une dune, et j'ai pique-niqué. Ensuite, je suis resté à contempler le coucher de soleil. C'était à la fois poétique et magique. Je suis resté ainsi, contemplatif, presque méditatif, pendant au moins deux heures. Puis, je me suis glissé dans mon sac de couchage, et me suis très vite endormi.
Je ne sais pas combien de temps exactement j'ai dormi d'un sommeil paisible ; mais j'ai été réveillé par un léger sifflement. J'ai ouvert les yeux, et à ma grande surprise, je me suis aperçu qu'on y voyait comme en plein jour. Mais ce qui m'a le plus surpris encore, ce fut de découvrir une sorte de disque qui arrivait de la mer ; un disque lumineux qui était la cause de cette incroyable clarté qui régnait alors alentour. Le disque s'est approché des dunes, et il m'est apparut immense, énorme. Il s'est immobilisé au dessus de la plage, puis j'ai pu distinguer une échelle qui sortait du dessous du disque pour atteindre le sable. Bientôt, j'ai vu des individus descendre par cette échelle. Ils était quatre, et commencèrent à s'affairer au pied de la dune en haut de laquelle j'étais perché, observant médusé ce qui se passait depuis mon sac de couchage. J'ai vu alors trois des quatre individus qui étaient descendus du disque lumineux, y remonter par l'échelle. Puis, il y eut un bruit très strident, et le mystérieux disque a repris la direction de la mer.
Mais il laissait derrière lui une longue et large traînée lumineuse qui permettait encore de voir pratiquement comme en plein jour. Ce fut ce qui me permit de découvrir une forme humaine allongée au pieds de la dune. Je suis prestement sorti de mon sac de couchage, et J'ai descendu la dune. J'ai rejoint en quelques secondes ce qui était un individu vêtu d'une étrange combinaison de couleur grise, le visage dissimulé par un casque dont la visière était baissée.
Dès que je fus près de lui, l'individu s'est redressé, puis s'est assis, et a aussitôt enlevé son casque. Je m'attendais à découvrir quelque chose d'incroyable, mais ce ne fut guère le cas. L'homme avait les cheveux coupés très courts, et son nez était aplati comme peuvent l'être ceux des boxeurs. C'était assurément un Terrien, qui me regardait avec un peu de crainte dans les yeux.
Je me suis efforcé aussitôt de le rassurer, et comme j'étais en France, ce fut dans la langue de ce pays que je me suis exprimé.
— Ne craignez rien, lui ai-je dit, je ne vous veux aucun mal.
L'homme a alors hoché la tête ; il m'avait compris.
— D'où venez-vous ainsi ? ai-je poursuivi.
L'homme a eu l'air troublé.
— De loin, de très loin, a-t-il répondu.
— D'une autre planète ? ai-je insisté.
L'homme a secoué la tête, et a bredouillé :
— Je... je ne sais pas, je ne sais plus. Enfin, plus très bien.. je dois oublier tout... je...
— Mais comment êtes-vous parti de la terre ? ai-je encore insisté.
L'homme a porté la main à son front.
— Avec la fusée... oui, la fusée des Allemands, a-t-il dit en hésitant.
J'ai continué :
— Mais quand êtes-vous parti ?
L'homme avait l'air épuisé, mais il a fait un effort pour répondre :
— En... en 1943.
Je n'en revenais pas.
— Mais que s'est-il passé après votre départ ? me suis-je presque écrié.
L'homme a secoué la tête pour déclarer :
— J'ai été sauvé... par... par… mais je ne sais plus, je ne me souviens plus.
J'ai alors tenté :
— Vous avez été envoyé dans l'espace, puis vous vous êtes retrouvé en difficulté, et des extraterrestres sont venus à votre secours, c'est cela ?
— Des extraterrestres ? s'est étonné l'homme.
Il m'a regardé alors, l'air complètement perdu, puis a recommencé :
— Je... je ne sais plus. Je... je dois tout oublier... oublier.
Une chose qui m'étonnait le plus, c'était que cet homme paraissait une quarantaine d'années. Or, il devait bien en avoir une vingtaine quand on l'avait envoyé dans l'espace, et donc être âgé d'au moins 80 ans maintenant.
— Mais combien de temps êtes vous resté parti ? ai-je hasardé.
Il a semblé faire un effort surhumain pour réponde :
— 60 jours.
— 60 jours ! me suis-je exclamé. Mais soixante ans ont passé depuis 1943. Nous sommes en 2003.
L'homme a presque réussi à sourire pour m'annoncer :
— Là où j'étais, une année terrestre dure un jour seulement.
— Vous n'avez donc vieilli que de 60 jours depuis votre départ, ai-je conclu.
L'homme a doucement hoché la tête.
C'était évident vu son aspect. Il avait donc déjà une quarantaine d'années en 1943.
Il fallait que j'en sache plus encore. J'ai donc repris :
— Mais où vous étiez, c'était une planète, c'est cela ?
L'homme n'a alors pu que dire :
— Oublier... je dois oublier. Très fatigué, je suis très fatigué. Je suis parti le 8 juillet 1943 dans la fusée, puis... je suis revenu, aujourd'hui.
— Et entre les deux ? ai-je tenté.
Comme je le craignais, il a répondu :
— Oublié... tout oublié maintenant.
Puis, il s'est allongé sur le sable et a sombré dans un sommeil profond.
J'ai regardé vers la mer ; le disque disparaissait à l'horizon. En même temps la nuit revenait, et bientôt on ne fut plus éclairé que par la pleine lune et les étoiles qui étaient très nombreuses.
Je me suis senti soudain très fatigué. J'aurais pu m'allonger près du rescapé de l'espace, et ainsi veiller sur lui ; mais il semblait dormir très paisiblement maintenant, et n'avoir besoin de personne.
Alors, très péniblement, j'ai remonté la dune, et regagné mon sac de couchage. Une fois dedans, il ne m'a pas fallu plus de deux secondes pour sombrer à mon tour dans un sommeil profond.
Quand j'ai rouvert les yeux, il faisait jour, et un chaud soleil brillait haut dans le ciel.
Ce que j'avais vécu dans la nuit, m'est revenu aussitôt à l'esprit. Mais dans l'état de demi-sommeil où je me trouvais encore, j'étais persuadé que j'avais rêvé. Ce n'était pas possible, tout ce que j'avais cru voir : le disque lumineux, et le mystérieux spationaute, tout cela n'avait pu réellement exister.
Comme j'ai très vite eu l'impression qu'il y avait du monde sur le plage, je suis sorti de mon sac de couchage ; et, à quatre pattes, j'ai regardé en bas de la dune.
J'ai eu un choc quand j'ai découvert un homme vêtu de gris allongé au pied de la dune, et plusieurs personnes entièrement nues qui le fixaient.
J'étais à la fois amusé de m'être aventuré sans le savoir sur une plage naturiste, et abasourdi de devoir me rendre à l'évidence que la nuit dernière, j'avais bien assisté au débarquement d'extraterrestres, ramenant sur la terre un malheureux spationaute qu'ils avaient secouru, et gardé deux mois équivalant à 60 années terrestres sur leur planète.
Tout cela dépassait l'imagination, et une chose me chamboulait tout particulièrement : les Allemands avaient envoyé dans l'espace un homme en juillet 1943 ! Cela remettait toute l'histoire de la conquête spatiale telle qu'on la connaissait en question : l'envoi dans le cosmos de Spoutnick I en 1957, de Gagarine en 1961, qui de ce fait ne serait plus le premier homme a avoir voyagé dans l'espace, la place revenant à ce spationaute sans aucun doute involontaire. Mais ce vol ne pouvait apparaître comme un succès véritable ; la fusée n'étant jamais revenue sur la terre, et son passager 60 ans après dans des conditions bien particulières.
Je fus tiré d'un coup de mes réflexions, quand j'ai vu l'homme se lever, et regarder autour de lui. Manifestement, il semblait étonné, et les naturistes qui l'observaient tout autant. Il a paru hésiter un instant, puis après avoir récupéré son casque, s'est mis en route vers le sud de la plage.
Les naturistes parlaient entre eux ; mais d'après leur attitude, ils devaient tout simplement estimer que l'homme n'était pas souffrant comme il l'avait sans doute cru. Ou même, qu'il ne risquait plus maintenant d'attraper une insolation en restant allongé sous le soleil qui cognait de plus en plus fort. Ils sont très vite retournés à leurs occupations de plagistes, tandis que le spationaute marchait tranquillement sur le plage, et commençait à s'éloigner.
J'ai continué de le suivre des yeux, en songeant au destin incroyable de cet homme qui était un miraculé, ayant vécu sur une planète dont personne ne soupçonnait l'existence, et qui à cette heure avait sans doute tout oublié. Comme il l'avait laissé entendre cette nuit, il ne pouvait se souvenir que de son départ pour l'espace le 8 juillet 1943. Cet homme allait vivre avec un trou de soixante années dans sa vie. Mais pire, comment allait-il se débrouiller maintenant, étant complètement décalé, et de surcroît porté disparu depuis 1943 ? Après avoir été un naufragé de l'espace, il allait être un naufragé du temps, reprenant sa vie là où il l'avait laissée, quand il était âgé d'une quarantaine d'années, alors qu'il était un centenaire potentiel. Songer à toutes les difficultés qu'il ne pouvait que rencontrer, donnait le vertige.
Je l'ai alors encore regardé s'éloigner, avec mille pensées dans la tête.
***
C'est ainsi que John Wesling a terminé sa nouvelle, laissant ses éventuels lecteurs imaginer seuls ce que pourrait être l'avenir de son spationaute de "fiction".
***
En tout cas, voilà ce qu'il advint d'Émile Rivet. Comme on l'a déjà mentionné, il fut embauché dans l'entreprise de déménagement qui était géré par le petit-fils de son employeur de 1943. Au préalable, le maire de Belvédunes lui avait octroyé un logement communal. Ce fut avec plaisir qu'il se rendit chaque jour au travail, même si le temps passant, il avait de plus en plus de peine à manipuler des armoires ou autres meubles encombrants. Il faut dire que petit à petit, ses cheveux blanchissaient et son visage se ridait toujours plus, signe d'un vieillissement progressif. Son employeur et ses collègues de travail en vinrent à s'inquiéter. Mais Émile s'efforçait toujours de faire preuve d'un bel entrain, et en tout cas d'un inaltérable enthousiasme. Pourtant, au matin du 7 août, tout cela cessa, car l'intéressé fut terrassé par un terrible lumbago, alors qu'il portait une table d'un poids relativement raisonnable pour un déménageur professionnel.
Il fut transporté d'urgence à l'hôpital, où le médecin qui le reçut, fut étonné, en voyant cet homme au visage raviné par les années, au crâne presque entièrement dégarni, et aux membres déformés par les rhumatismes, d'apprendre qu'il exerçait encore à son âge déjà bien avancé, le métier de déménageur. En effet, les examens pratiqués dans les jours qui suivirent, confirmèrent que l'organisme d'Émile était bien désormais celui d'un vieillard de 74 ans.
Il avait donc vieilli de 30 ans en 30 jours. Alerté, le maire le fit admettre aussitôt dans une maison de retraite de la ville. La période de canicule qui a marqué le mois d'août 2003, commençait alors. Très vite, tout le monde : opinion publique, médias, hommes politiques furent accaparés par ce véritable cataclysme qui s'était abattu sur le pays, avec en premier lieu de nombreux décès parmi les personnes âgées. À Belvédunes, la brise marine qui fut omniprésente durant cette période, contribua à ce que l'on ne connût pas de situation catastrophique comme dans d'autres villes. Il n'y eut en tout et pour tout que cinq décès durant le mois d'août dans la commune, qui n'eurent rien à voir avec le phénomène de la canicule nationale.
Si bien qu'Émile Rivet qui continuait de vieillir tranquillement, mourut de sa belle mort le 6 septembre dans la soirée, soit très exactement 60 jours après son retour à Belvédunes. On s'abstint de pratiquer la moindre autopsie à la suite de son décès, car manifestement, cet homme qui était né le 15 mars 1899, avait tout à fait l'aspect d'un vieillard de 104 ans quand il avait rendu l'âme.
Il fut enterré trois jours plus tard, et sur sa tombe financée par la commune de Belvédunes, ce fut bien le 6 septembre 2003 qui y figura comme date de décès, faisant ainsi de lui un homme qui était mort à deux périodes différentes. En effet, une délibération du conseil municipal avait entériné le fait que l'on ne changerait pas l'inscription au monument aux morts.
Tout cela était bien sûr passé inaperçu ; ce que l'on avait appelé "le drame de la canicule", continuant toujours a d'accaparer les médias à l'automne 2003.
Lorsqu'Émile Rivet était mort, il y avait une infirmière de la maison de retraite à ses côtés. Plus tard, elle devait rapporter à des proches, qu'il avait quitté notre monde avec une très grande sérénité, laissant penser que cet homme avait réellement eu une vie très longue et d'une richesse exceptionnelle.
Ce que l'on pourrait encore ajouter, c'est qu'au cours de la nuit qui suivit le décès d'Émile, des personnes qui traînaient dans les environs de la plage de Belvédunes, auraient vu — ou cru voir—, une étrange clarté provenant de la mer.
FIN
Patrick S. VAST - Août 2005
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26.02.2009
Dernier épisode du "Spationaute"
C'est pour ce samedi 28 février. Le der des der. Enfin, en ce qui concerne ce texte.
Qu'est-il arrivé à notre héros (pour employer la formule consacrée des feuilletons d'antan") ?
Réponse ici même, samedi à 6 h du matin.
Faites sonner votre réveil !!!
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21.02.2009
Le spationaute (7ème épisode)
Épisodes précédents dans la rubrique "Feuilletons", colonne de gauche
— Incroyable ! commença le général d'armée de terre, alors, ainsi, les Allemands auraient envoyé un homme dans l'espace 18 ans avant Gagarine !
— Il faut le croire, soupira le général d'aviation, en tout cas, on n'a pas retrouvé la fusée.
— Oui, reprit le général d'armée de terre, mais d'après les renseignements collectés, il y aurait bien eu une fusée qui aurait été lancée à Belvédunes le 8 juillet 1943 au matin.
— Oui, repartit le général d'aviation, et apparemment ce n'était ni une V1 ou une V2.
— Mais alors, intervint l'homme à la fine moustache, les Allemands étaient donc arrivés à un développement technologique aussi important en matière de fusée ?
— C'est fort probable, répondit l'homme des services secrets. N'oublions pas que dans les années 60, les Américains avaient pris pas mal de retard par rapport aux Soviétiques. Or, ce retard a été vite comblé. Et même, le premier pas d'un Américain sur la lune prévu à l'origine pour l'année 2000, a eu lieu en fait en juillet 1969, grâce à Werner Von Braun, père des V1 et des V2, que les Américains avaient pris soin de récupérer à la fin de la guerre.
— Vous voulez dire, reprit le général d'aviation, que Von Braun possédait, dirons-nous, une sorte de botte secrète, dont l'origine serait peut-être l'envoi d'Émile Rivet dans l'espace le 8 juillet 1943 ?
— Qui sait ? fit l'homme des services secrets.
— En tout cas, repartit le général d'armée de terre, c'est quand même étonnant que les Allemands aient choisi Belvédunes pour faire leur expérience. Ils n'étaient situés qu'à une petite quarantaine de kilomètres de l'Angleterre, et la RAF aurait très bien pu bombarder leurs installations, voire leur précieuse fusée.
— Oui, mais ça se comprend, intervint l'amiral. N'oublions que les expériences spatiales de Von Braun ont été, paraît-il, effectuées en cachette des dignitaire du IIIème Reich. Hitler lui-même, n'aurait été au courant de rien. Alors, on peut imaginer qu'à l'origine, cette usine de Belvédunes devait servir de base aux lancements des premier V1 construits dans des endroits mieux protégés, probablement souterrains. Sa situation géographique, justement très proche de l'Angleterre, devant leur permettre de frapper durement ce pays. Von Braun ou l'un de ses collaborateurs, a peut-être profité des installations pour, dès 1943, expérimenter un programme spatial.
— Hum, fit le général d'armée de terre, ça me paraît quand même étonnant.
— Oui, mais, reprit l'amiral, d'après les renseignements recueillis, le 8 juillet 1943 au matin, il y avait un tas de navires de guerre allemands qui croisaient en Manche. À mon avis, cela aurait pu suffire pour stopper une incursion des avions de la RAF. Et d'une manière générale, la DCA était très active dans ce secteur.
— En tout cas, intervint l'homme des services secrets, d'après Émile Rivet, l'homme qu'il a rencontré, cet individu portant monocle, n'était pas Werner Von Braun. Ce n'est pas à cela qu'il ressemblait.
— Non, fit d'un ton moqueur l'homme à la fine moustache, celui-ci ressemblerait plutôt à un personnage de film des années trente ; une sorte d'Erich Von Stroheim tel qu‘il apparaît dans « La grande illusion », vous ne trouvez pas ?
— Peut-être, fit l'homme des services secrets, mais on ne peut pas mettre en doute la parole d'Émile Rivet. Il lui est bien arrivé quelque chose d'extraordinaire. Il n'a pas pu en tout cas se cacher durant 60 longues années et réapparaître avec l’aspect qu'il avait en juillet 1943 !
— Non, soupira l'homme à la fine moustache ; et c'est bien pour cela qu'après tout, l'important dans cette affaire, n'est pas tellement de savoir si oui ou non les Allemands ont été capables d'envoyer un homme dans l'espace en 1943 ; mais plutôt de parvenir à comprendre comment leur spationaute nous retombe dessus en 2003 sans sa fusée, avec la même tête qu'il y a 60 ans ; mais avec une autre combinaison spatiale ; et pour finir, persuadé que le 8 juillet 1943, c'était il y a seulement quelques jours !
— Au fait, demanda le général d'aviation, qu'ont donné les analyses de sa tenue, mais aussi ses examens médicaux ?
— Eh bien, soupira de plus belle l'homme à la fine moustache, tous les examens tendent à prouver que notre homme n'a toujours pas plus de 44 ans d'âge, et qu'il est en parfaite forme physique. Pour ce qui est du psychisme, c'est un peu moins brillant ; mais cela est bien évidemment la conséquence de ce qui lui arrive. N'importe qui serait un tant soit peu troublé en pareil cas.
Puis l'homme à la fine moustache s'interrompit quelques secondes avant de reprendre :
— Par contre, pour ce qui est de son équipement, c'est le trou total.
— C'est à dire ? s'enquit l'amiral.
L'homme à la fine moustache hésita encore, puis lâcha :
— Il semblerait que la matière ou même les matières le constituant, proviennent à la base de fibres, de roches, ou encore de produits de synthèse, totalement inconnus sur notre planète.
— Vous voulez dire, commença le général d'aviation avec un certain air moqueur, qu'Émile Rivet aurait...
— Je ne veux rien dire du tout ! le coupa sèchement l'homme à la fine moustache. En tout cas, il est bien certain que tout cela doit rester absolument secret. Il ne faut surtout pas ennuyer ni le président de la République, ni le Premier ministre avec ces histoires. La cellule de l'Elysée ainsi que celle de Matignon y veillent.
— Hum, fit l'amiral très dubitatif, il me semble que vous êtes plutôt optimiste.
— Optimiste ? s'étonna l'homme à la fine moustache.
— Oui, reprit l'amiral, comment voulez-vous garder secrète une pareille affaire ? Des gens vont parler, et les médias vont s'emparer de tout cela. Vous pensez bien, en été, une info de cette qualité, ils vont faire mousser au maximum.
— Ils ne feront rien mousser, car ils ne sauront rien, répliqua l'homme à la fine moustache.
— J'en doute, déclara le général d'aviation.
— Non, insista l'homme à la fine moustache. Émile Rivet va être prié de garder le silence, et il le fera, j'en suis sûr. Les deux policiers qui l'ont ramassé ont reçu des ordres de leur hiérarchie. Quant à son ancien voisin et les personnes qui occupent maintenant ce qui était sa maison, le maire de Belvédunes s'est chargé d'obtenir leur discrétion.
— À voir, fit l'homme des services de renseignement.
— Il l'obtiendra, s'obstina l'homme à la fine moustache.
— Mais, repartit le général d'armée de terre, il s'est paraît-il réveillé sur une plage où il y avait, je crois, pas mal de monde !
L'homme à la fine moustache fit un vague mouvement de la main, pour dire :
— Oh, c'était une plage naturiste. Les gens qui fréquentent ce genre d'endroit ne sont pas enclins à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Seul les intéresse de pouvoir se prélasser nus au soleil. De plus, toujours d'après les renseignements recueillis, ils s'étaient juste un peu inquiétés en le découvrant, craignant qu'il n'ait eu un malaise.
— Mais il s'est promené... enfin, on l'a vu toute la journée dans Belvédunes, repartit l'amiral.
— Oui, mais ça n'a pas choqué quiconque, répliqua l'homme à la fine moustache. Après tout il n'avait jamais que l'aspect d'un banal motard avec sa combinaison et son casque. Même si comme je vous l'ai dit, tous deux n'ont pu être confectionnés sur la Terre.
— Bon, intervint le général d'aviation, si vraiment tout cela peut rester secret, c'est parfait... parfait pour tout le monde.
— Et que va devenir cet homme ? demanda d'un coup le général d'aviation.
— Émile Rivet ? fit l'homme à la fine moustache.
— Bien évidemment, répliqua le général d'aviation.
— Il voudrait retrouver son emploi de déménageur qu'il se sent parfaitement capable de reprendre, annonça l'homme des services secrets. Et le maire de Belvédunes s'est engagé à l'aider pour cela.
— Eh bien, qu'il redevienne un déménageur, conclut l'homme à la fine moustache. Et quant à nous, mettons un terme à cette réunion que nous oublierons, bien évidemment, sitôt sortis de cette pièce.
Tout le monde acquiesça de la tête, et l'homme à la fine moustache leva la séance.
***
"Qu'il redevienne un déménageur", avait déclaré l'homme à la fine moustache dont il n'est pas possible de divulguer l'identité. Et ce fut ce qu'Émile Rivet redevint. Le petit-fils de son employeur de 1943 qui avait repris l'entreprise familiale, cherchait justement à ce moment-là du personnel. À la demande du maire de Belvédunes, il l'embaucha, et Émile commença le travail deux jours seulement après que se fut tenue la mystérieuse réunion à Paris.
Nous étions donc à la mi-juillet, et les journaux locaux qui n'avaient pas eu vent de cette étrange affaire, n'en parlèrent absolument pas, se concentrant sur les diverses tournées d'été de cars-podium, transbahutant de plage en plage des starlettes d'émissions télévisuelles institutionnalisées, et sur les préparatifs de la fête des fleurs du mois d'août, l'un des temps forts de la saison estivale à Belvédunes.
De ce fait, on est amené à prendre en considération une nouvelle de science-fiction écrite par un certain John Wesling de Folkestone, et publiée trois mois après ces faits mystérieux dans une revue diffusée dans une petite partie du Comté du Kent.
Il s'agit a priori d'une œuvre de fiction dans le plus pur style des histoires d'anticipation des années 50/60, portant un titre absolument kitsch : Des extraterrestres dans la dune. Comme on l'a déjà dit, "l'affaire Émile Rivet" n'a pas été divulguée par la presse, et encore moins la presse britannique ; ce qui fait que John Wesling n'a pas pu en avoir connaissance, pas plus d'ailleurs que quelqu’un d'autre. Par contre, on sait que l'intéressé a l'habitude de voyager l'été avec uniquement sa bicyclette, et qu'il s'est justement rendu dans le nord-ouest de la France en juillet 2003.
À partir de tout cela, il est fort tentant de trouver dans la nouvelle, Des extraterrestres dans la dune, une explication, ou tout au moins une partie non négligeable d'explication à "l'affaire Émile Rivet".
Voici la traduction de cette nouvelle, en plus écrite à la première personne, qui commence ainsi :
(dernier épisode samedi prochain)
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14.02.2009
Le spationaute (6ème épisode)
Épisodes précédents, rubrique "Feuilletons", colonne de gauche
Émile se redressa brusquement, puis presque automatiquement se mit en position assise sur le banc.
Il faisait jour, le soleil commençait à chauffer, et en face de lui il y avait deux individus coiffés d'une casquette noire, qui le regardaient durement.
En un éclair, tout lui revint en mémoire, du moins ce qui s'était passé la veille, et également le 8 juillet 1943.
— Police ! s'exclama alors l'un des deux individus à casquette, un grand mince au visage anguleux. Vous avez vos papiers ?
— Heu... non, je ne les ai pas, avoua Émile qui se les étaient fait confisquer soixante ans plus tôt par les soldats allemands venus l'arrêter.
—Vous ne les avez pas ? fit le policier, c'est très embêtant ça. Et vous habitez où ?
— 3, rue des platanes, répliqua aussitôt Émile.
Le deuxième policier, un petit rondouillard qui comme son collègue était vêtu d'un pantalon noir et d'une chemisette bleu pâle, intervint :
— Alors comme ça, vous habitez cette ville, et vous venez passer la nuit sur un banc ! Car je vous signale qu'il n'est que 6 h du matin. Apparemment, vous avez bien dormi sur ce banc ?
— Heu... oui, fit Émile qui ne pouvait rien dire de plus.
Il n'était bien sûr pas question qu'il raconte son incroyable aventure ; du moins pas maintenant. Il verrait par la suite, selon la tournure que prendraient les événements.
Les deux policiers se regardèrent, puis, comme s'il leur suffisait de communiquer par la pensée, ils hochèrent en même temps la tête, et ce fut celui au visage anguleux qui annonça :
— Bon, on va vérifier cela, vous allez nous suivre.
— D'accord, fit Émile, très coopérant.
Il se leva du banc, et suivit les deux policiers jusqu'à une voiture blanche qui était garée juste à côté.
Il prit place à l'arrière, et la voiture démarra. Émile n'eut pas besoin de les guider, ils connaissaient forcément la ville. Par contre, ce fut lui qui ne reconnut pas son quartier, ni même la rue des platanes, ces derniers ayant par ailleurs disparu. La voiture de police s'arrêta devant une maison qu'il reconnut toutefois comme étant bien celle où il avait vécu 44 ans de sa vie. Il en fut de même pour celles de ses voisins de gauche et de droite. Mais, pour ce qui était de celle de son voisin d'en face qu'il avait soupçonné en... 1943, d'être celui qui l'avait dénoncé, elle n'existait plus. À la place, il y avait un petit immeuble de trois étages. Mais ce genre d’habitation semblait avoir cours dans cette rue, et avait remplacé plusieurs des maisons d'autrefois. En sortant de la voiture de police, Émile put s'apercevoir qu'il y en avait par ailleurs quatre qui occupaient l'ancien pré où avait atterri le parachutiste anglais soixante ans plus tôt, constituant ainsi une petite résidence.
Ce ne fut donc pas sans un pincement au coeur qu'Émile poussa la barrière de sa maison, et marcha sur les dalle qui traversaient le devant agrémenté de graviers rouges, et menait jusqu'à la porte dont la sonnette n'avait pas changé malgré toutes les années écoulées.
Il appuya sur cette sonnette sous l'œil intrigué des deux policiers, sans même penser à la suite des événements qui risquaient fort d'être rocambolesques. Pour l'instant, il était trop ému par ce retour chez lui, pour seulement réfléchir au fait qu'il ne pouvait plus être accueilli qu'en parfait étranger.
Ce fut en effet le cas quand la porte s'ouvrit, et qu'apparut en robe de chambre, une femme brune et bien en chair d'une cinquantaine d'années, qui ne devait pas être réveillée depuis longtemps.
Elle regarda Émile d'un air étonné, et demanda :
— C'est pourquoi, monsieur ?
Le policier au visage anguleux intervint aussitôt.
— Ce monsieur nous a déclaré qu'il habitait ici, dit-il à la femme qui écarquilla les yeux.
— Comment ? s'étonna-t-elle. Mais je ne le connais pas. Par contre, je peux vous certifier que mon mari et moi-même avons acheté cette maison il y a trente ans.
— À qui ? s'enquit aussitôt Émile.
— Eh bien, à un certain monsieur Sajot.
— Sajot ! s'exclama Émile, mais c'était, enfin c'est le nom de mes cousins qui habitaient vers Paris. Forcément, après ma disparition, la maison a dû leur revenir.
Le policier au visage anguleux mit alors sa main sur l'épaule d'Émile.
— Bon, ça va comme ça, fit-il. Vous allez venir avec nous au poste !
Émile tenta de s'expliquer :
— Mais, mais, je suis monsieur Rivet, Émile Rivet ! s'écria-t-il.
— Rivet ? fit la femme, ah, ça me dit vaguement quelque chose ce nom... mais quoi, exactement ?
— Ne vous cassez pas la tête avec ça, madame, fit le policier au visage anguleux, monsieur va nous suivre au poste.
Désespéré, Émile s'apprêtait à obtempérer docilement, quand il entendit crier :
— Monsieur Rivet, mais c'est pas possible, c'est monsieur Rivet !
Tout le monde sursauta, et Émile vit dans la cour de la maison de droite, séparée de la sienne par un simple grillage, un vieillard d'au moins 80 ans qui se tapait le front d'incrédulité.
— Vous connaissez ce monsieur ? demanda le policier au visage anguleux.
— Mais oui, fit le vieillard. C'est monsieur Rivet. Mais... mais, monsieur Rivet, tout le monde a cru que les Allemands vous avaient fusillé en 1943. Il y a même votre nom sur le monument aux morts : "Émile Rivet, mort pour la France, fusillé par les Allemands le 8 juillet 1943". Ça a fait tout juste soixante ans hier. Mais comment êtes-vous vivant ? Et en plus avec la même tête qu'en 1943 ! Je vous ai tout de suite reconnu. Vous paraissez toujours avoir 44 ans, alors que vous en avez...
— 104, fit Émile, non sans émotion. Et au fait, si je peux me permettre, monsieur, vous êtes...
— Gilbert Vilbert, le fils de Joseph Vilbert avec qui vous étiez très ami. J'avais 22 ans en 1943. J'ai hérité de la maison de mes parents après la mort de ma mère il y a 15 ans ; mon père, lui, est mort en 1977.
— Ah oui, fit Émile en regardant le vieillard de 82 ans, voûté, perclus de rhumatisme qui lui parlait, et en essayant de se remémorer le jeune homme de 22 ans qu'il avait très bien connu en... 1943.
Les deux policiers paraissaient totalement déphasés, compte tenu des événements. Mais le grand au visage anguleux reprit assez vite en main la situation en déclarant au vieillard :
— Bon, monsieur, je crois que vous allez devoir nous accompagner également au poste.
Puis, revenant à la femme brune qui paraissait égarée, il dit :
— Vous aussi, madame, vous allez venir avec nous, pour... une simple vérification.
— Mais attendez donc que je me prépare, fit la femme brune.
Le policier secoua la tête.
— Non, madame, vu la gravité de la situation, vous pouvez venir en robe de chambre.
Comme la femme tentait de protester, le petit gros vint au secours de son collègue en déclarant :
— Oui, madame, la situation est plus que grave, elle est extrêmement grave ; alors, il vous faut venir immédiatement, si besoin en robe de chambre.
***
L'interrogatoire d'Émile, de son voisin et de la propriétaire de ce qui avait été sa maison, dura toute la matinée. Pour cela, se relayèrent tour à tour, un commissaire, deux lieutenants de police, et trois agents.
Et dès l'après-midi, il y eut une réunion dans le bureau du commissaire qui était entouré des deux lieutenants ayant participé à l'interrogatoire, avec le maire de Belvédunes à propos de l'incroyable affaire qui concernait sa commune.
— Eh bien, il ne manquait plus que cela, soupira le maire, un sexagénaire de forte corpulence, d'habitude très jovial, mais qui pour l'heure était plutôt taciturne. Quand je pense qu'il a son nom sur le monument aux morts ! Comment faire maintenant ?
— Ce n'est peut-être pas là le plus important, hasarda le commissaire, un homme frisant la cinquantaine, aux cheveux gominés et aux sourcils broussailleux. Le fait qu'il nous arrive d'un coup de 1943 après être monté dans une fusée allemande, c'est quand même quelque chose de beaucoup plus embarrassant.
Le maire haussa doucement les épaules.
— Que voulez-vous que je vous dise ? fit-il comme anéanti par mille malheurs. Il y a bien des archives à la mairie faisant état de travaux mystérieux qui auraient été entrepris par les Allemands dans ce qui était à l'époque l'usine des Dunes. Il y a bien également le témoignage de quelques personnes qui auraient justement vu le 8 juillet 1943 aux alentours de 10 h du matin, un drôle d'engin s'élever vers le ciel du côté de "Terminus". Mais à ce propos, on avait toujours pensé qu'il s'agissait de l'expérimentation d'une V1 ou même d'une V2, ces terribles engins qui ont causé bien des dégâts en Angleterre dès l'année suivante.
Le commissaire s'agaça.
— Bon, concrètement, fit-il d'une voix excédée, que comptez-vous faire ?
Le maire haussa de nouveau ses épaules.
— Je pense, souffla-t-il, qu'il faut s'en remettre à la voie hiérarchique. Prévenir le sous-préfet, qui préviendra le préfet, qui préviendra...
— Qui préviendra le ministre, coupa le commissaire, qui préviendra le Premier ministre, et ainsi de suite...
— Que voulez-vous faire d'autre ? dit le maire en haussant pour la troisième fois ses épaules.
Le commissaire acquiesça, ainsi que ses deux lieutenant .
***
Émile passa cette nuit-là au commissariat. Il avait pu prendre un repas en découvrant que la cuisine des années 2000 était en tout point semblable à celle des années 40, le rationnement en moins. À ce propos, on lui apprit que la Seconde Guerre mondiale s'était terminée en 1945, qu'il y avait eu un débarquement en Normandie et non pas dans le Nord-Pas-de-Calais en juin 1944, et que suite à cela, Belvédunes avait été libérée le 3 octobre de la même année.
On avait logé Émile le mieux qu'on l'avait pu, et au petit matin, on lui dit que l'on allait le conduire à Paris. Une automobile arriva en effet dans le milieu de la matinée, avec à son bord, deux individus qui ne lui adressèrent pratiquement pas la parole de tout le voyage. Une fois à Paris, on le conduisit d'abord dans un grand bâtiment où plusieurs personnes l'interrogèrent pendant une bonne heure, et ensuite à un hôpital où, comme en 1943, on pratiqua sur lui un tas d'examens.
Trois jours plus tard, dans un lieu secret de la capitale, se déroula une réunion qui fit se rassembler un général d'armée de terre, un général d'aviation, un amiral, un agent des services secrets, et un mystérieux individu, petit, au crâne dégarni, et à la fine moustache rousse.
Tous ces personnages étaient réunis autour d'une table rectangulaire dans une pièce austère, assez sombre, car d'épais rideaux avaient été tirés devant chaque fenêtre.
(la suite samedi prochain)
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07.02.2009
Le spationaute (5ème épisode)
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1987 ! Nous étions en 1987 ! Ce qu'Émile s'était efforcé depuis son réveil de ne pas croire, s'imposait à lui maintenant. Il avait fait un saut dans le temps, de 44 ans dans le futur. Et peut-être plus, car d'après son état, le petit panneau avait dû être fixé sur le blockhaus depuis plusieurs années.
Ainsi, cette satanée fusée ne l'avait pas réduit en bouillie comme il s'y attendait, mais l'avait fait voyager dans le temps. Mais où pouvait-elle bien se trouver ?
Émile reprit sa marche sur la plage, et vit bientôt des estivants qui, contrairement à ceux qu'il avait laissés derrière lui, n'étaient pas nus ; enfin pas tout à fait. Les hommes portaient des slips de bain de très petite taille qui cachaient à peine leurs parties intimes, et les femmes juste des petites culottes et des soutiens-gorge qui dévoilaient quand même considérablement leur corps. Par rapport aux années 40, les tenues de plage étaient bien singulières. Il était vrai que pour Émile, cela valait toujours mieux que de s'exhiber sans aucune retenue comme c'était apparemment autorisé sur la portion de plage qu'il venait de quitter. Jamais dans les années 40 on aurait pu imaginer que cela aurait été un jour possible à Belvédunes.
En voyant tous ces gens qui s'ébattaient sur la plage avec une manifeste joie de vivre, il en conclut que les Allemands avaient certainement été chassés de France, du moins de Belvédunes. En tout cas, on ne voyait aucun soldat à l'horizon.
Émile continua d'avancer, et constata bientôt que d'importants travaux avaient été entrepris depuis le mois de juillet 1943. En effet, à l'époque, l'avenue qui longeait la plage était au même niveau que celle-ci. Ce n'était plus le cas désormais. On l'avait rehaussée, afin de construire une digue de béton qui pouvait retenir le sable lors des grandes tempêtes hivernales, et éviter que les rues jouxtant la plage soient envahies. Émile aperçut bien vite des immeubles en front de mer qui avaient, à son grand regret, remplacé les chalets de bois qui faisaient tant le charme de Belvédunes. Il emprunta un escalier pour quitter la plage, et arriva sur un large et long trottoir où un tas de gens déambulaient tranquillement dans des tenues décontractées. Oui, la guerre était sans aucun doute terminée.
Émile commença à marcher sur ce trottoir qui conduisait jusqu'à l'hôpital de la Plage qui, à sa grande satisfaction, n'avait pas été détruit ou remplacé, et se dressait au loin dans son habit de briques rouges. Il y avait pas mal de voitures qui circulaient sur la route entre le large trottoir et celui d'en face qui bordait les bâtiments ayant remplacé les chalets de bois, et dont les rez-de-chaussée étaient occupés par des boutiques de toutes sortes. Émile ne reconnaissait aucune de ces voitures ; et pour cause, elles appartenaient à une autre époque que la sienne. Beaucoup de gens étaient assis sur un petit muret que l'on avait construit au sommet de la digue, et qui courait tout le long du large trottoir. Mais il y avait aussi des bancs en bois au dossier incliné qui étaient orientés vers la plage, et Émile décida de s'y asseoir pour souffler un coup, mais aussi se remettre de ses émotions.
Il y était installé depuis environ cinq minutes, quand un individu sans âge précis, mal rasé, vêtu d'un pantalon et d'une chemise très élimés, et chaussé de savates en bout de course, vint s'asseoir à côté de lui.
— Eh ben, t'as un sacré beau costard, mon pote ! dit-il d'un ton enjoué.
Surpris, Émile lui adressa un sourire coincé, et l'autre reprit :
— C'est que quand on a les moyens de s'payer un chouette costard comme ça, on a forcément 1 ou 2 euros à m'filer, pas vrai ?
— 1 ou 2, quoi ? demanda Émile.
— 1 ou 2 euros, répéta l'autre.
Émile prit alors un air franchement perdu.
— Mais... mais qu'est-ce que c'est que ça, un euro ? bredouilla-t-il.
L'autre prit un air agressif.
— Tu te fous de moi ou quoi ? fit-il d'un ton hargneux. Un euro, c'est du fric bien sûr. L'euro, c'est ce qui a remplacé les francs depuis le 1er janvier 2002 ; tu sais ça, quand même ?
Dans la tête d'Émile, ça semblait gamberger.
— Depuis le 1er janvier 2002, répéta-t-il. Mais alors, on est le combien aujourd'hui ?
— Oh, mon gars, tu veux jouer avec mes nerfs, dit l'autre. Aujourd'hui, on est le 8 juillet 2003.
8 juillet 2003 ! Émile n'en revenait pas : 60 ans s'étaient écoulés depuis tout à l'heure, et non pas 44 comme il l'avait d'abord cru ; 60 ans depuis qu'il était monté dans la fusée et qu'il avait décollé de la Terre !
Il regarda celui qui lui demandait 1 ou 2 euros, puis, contre toute attente, il dit :
— Et les Allemands, ils ont quitté Belvédunes quand ? Au fait, ils sont bien partis au moins ? Je ne vois plus aucun soldat, ils sont donc bien partis...
L'autre prit un air affolé, se leva du banc, puis sans se gêner, s'adressant à un jeune couple en chemisette et short avec une poussette d'enfant qui arrivait vers lui, leur dit en montrant bien Émile du doigt :
— Faites gaffe en passant près de ce banc, le type qui y est assis est complètement cinglé !
Puis il partit d'un bon pas.
Au lieu de s'effrayer, le couple adressa au contraire à Émile un large sourire, le considérant certainement comme quelqu'un qui avait eu recours à une bien bonne ruse pour se débarrasser d'un casse-pieds.
Émile répondit à leur sourire, puis se mit à penser à sa situation qui était pour le moins inquiétante.
Il resta pour l'instant à contempler de son banc la mer qui montait, se rapprochant du sable sec de la plage comme soixante ans plus tôt, quand il avait pris le chemin de la fusée. Puis, il finit par se lever, et marcha jusqu'à l'hôpital. Celui-ci n'avait plus l'air en très bon état ; en tout cas, ses briques rouges n'avaient plus l'éclat qu'elles possédaient jadis. Émile décida alors d'aller faire un tour dans le centre-ville, de redécouvrir la cité où il était né. Il était quand même intrigué par tous les gens qu'il croisait. Ils n'avaient plus rien à voir avec les estivants des années 20, 30 ou même 40. Leur allure, leurs vêtements, tout était différent. Et puis, il y avait toutes les voitures étranges qui circulaient un peu partout en faisant beaucoup de bruit.
Les gens ne prêtaient pas spécialement attention à Émile, ne trouvant a priori rien de particulier à son allure générale. Mais il comprit très vite pourquoi quand il vit un couple qui s'affairait autour d'une énorme moto aux chromes rutilants. Comme pour les voitures, Émile ne connaissait pas la marque de cet engin impressionnant. Par contre, les deux motards portaient une tenue et un casque très proches de son équipement. À tel point que lorsqu'il passa près d'eux, ils lui firent un signe de la main, le considérant comme l'un des leurs. Voilà pourquoi personne ne s'étonnait de son apparence ; il ressemblait ni plus ni moins à un motard des années 2000.
Il gagna bientôt la rue Carnot, l'artère principale et commerçante de Belvédunes. À cet endroit, les voitures ne circulaient plus, et une foule de gens avançaient non seulement sur les trottoirs, mais aussi en plein milieu de la route. Émile trouva une explication à ce phénomène grâce à un panneau qui indiquait : "rue piétonne". Bien que cela n'existât pas en 1943, Émile n'eut pas de mal à comprendre de quoi il s'agissait exactement, en constatant que les piétons étaient vraiment maîtres des lieux.
Les boutiques qui agrémentaient la rue étaient assez différentes de celles du passé. Dans les années 20, 30 ou 40, il s'agissait surtout de magasins de luxe. Alors que maintenant on trouvait un peu de tout, même des magasins d'alimentation, et notamment des charcuteries qui répandaient des odeurs prenantes dans toute la rue. C'était principalement le cas de l'une d'entre elles qui avait mis en exposition sur le trottoir un étrange appareil, dans lequel des poulets littéralement empalés par des tiges de métal, semblaient se laisser dorer en tournant tout doucement. Ce genre d'appareil n'existait bien sûr pas du temps d'Émile qui trouva néanmoins cette invention fort judicieuse.
Il avança encore un peu plus dans la rue, et dans un recoin il découvrit un autre étrange appareil : une sorte de cabine munie d'un rideau sur laquelle était écrit PHOTOMATON. Toutes sortes de photos étaient exposées derrière une vitre à l'extérieur du photomaton. Étant donné celles-ci et le nom de l'étrange appareil, Émile en déduisit qu'il devait s'agir tout simplement d'une machine à se faire photographier.
Il y avait une glace près du rideau qui était tiré. Émile ne put s'empêcher de se regarder dedans, et blêmit. Le visage que lui renvoyait la glace, était en tout point semblable à celui qu'il avait vu le matin même dans celle de sa chambre d'hôpital, juste avant d'en sortir. C'était le même visage que celui de 1943. Or nous étions le 8 juillet 2003 ; Emile qui était né le 15 mars 1899, avait donc 104 ans. Pourtant, ce faciès de boxeur qu'il voyait dans la glace, était bien celui d'un homme de 44 ans ; c'était son visage du 8 juillet 1943. Émile avait fait un saut de 60 ans dans le futur sans gagner plus de rides qu'il n'en avait en 1943, sans que ses cheveux ne présentent la moindre trace de gris, ou même que son crâne ne se soit dégarni. Mais il en vint très vite à se dire que cela n'était finalement pas étonnant. Il était un voyageur du temps qui avait fait une incursion en 2003. Il était censé pouvoir repartir en 1943, sa véritable époque, celle de ses 44 ans. Mais de quelle manière pouvait-il entreprendre le voyage à l'envers ? Et de toute façon, ne valait-il pas mieux se retrouver à errer dans le futur, plutôt que de regagner une époque de guerre épouvantable ?
À la pensée de tout cela, Émile en eut le tournis, et crut qu'il allait avoir un malaise, d'autant qu'il marchait maintenant parmi une foule bruyante d'estivants. Mais il parvint à se reprendre, et arriva au bout de la rue Carnot. Il prit alors à droite ce qui était jadis la rue de la gare de chemin de fer, et arriva bientôt devant un bâtiment qui avait gardé malgré toutes les années passées exactement l'aspect de celle-ci, mais était devenu un casino. C'était du moins ce que l'enseigne qui s'étalait sur la façade de briques très XIXème siècle, annonçait.
Émile se demanda ce qu'était devenu le casino qu'il avait connu et qui se trouvait quelques rues plus loin. Mais il n'alla pas vérifier, et décida plutôt de repartir vers la plage. Il emprunta une rue qui le ramena au large trottoir, et à un panneau qui indiquait : Esplanade Guillaume Dutrel. En dessous il était mentionné deux dates : 1880 - 1959 ; puis encore en dessous était précisé : Maire de Belvédères - 1934 - 1953.
Émile se souvenait très bien de lui. Il en déduisit grâce à ce panneau que ce large trottoir portait le nom d'esplanade : encore un terme inconnu de lui.
Il reprit place sur un banc, et se mit à regarder les estivants passer. Il ne savait ce qu'il allait devenir. Il n'osait pas se rendre à son ancienne demeure. Existait-elle encore ? Et dans ce cas, qui pouvait bien y habiter ? Peut-être était-elle restée à l'abandon et était tombée en ruine comme l'ancienne usine ?
Émile se sentit soudain gagné par la faim. Il n'avait pas mangé depuis tôt ce matin... enfin le matin du 8 juillet 1943. Il resta à attendre ne sachant pas trop quoi. Il attendait en quelque sorte que le temps passe, ce temps qui s'était emballé pour le faire arriver en quelques minutes, peut-être quelques secondes en... 2003.
Il attendit ; et la journée passa, jusqu'à ce que l'obscurité arrive, jusqu'à ce que la soirée commence.
La journée avait été belle, chaude, comme l'avait été celle du 8 juillet 1943. Émile s'était distrait en regardant passer les gens, craignant à chaque fois qu'il voyait des motards, qu'ils viennent lui parler. Il y eut toutefois deux choses qui retinrent particulièrement son attention. La première fut que beaucoup de gens portaient cet espèce de pantalon de travail américain en toile bleue que l'on appelait blue-jean. Dans les années 40, ce type de vêtement était très peu usité à Belvédunes, alors que maintenant, tout le monde, femmes, hommes et enfants, semblaient l'avoir adopter pour simplement se promener. Ce qui l'étonna en second, et là, il eut vraiment de mal à en revenir, fut le fait suivant : il s'aperçut que beaucoup de personnes marchaient en gesticulant et en parlant seules, sans que quiconque aux alentours ne s'affole. Autrefois, un tel comportement aurait plus qu'inquiété ; alors qu'en 2003, cela paraissait absolument normal. Il était vrai que ces personnes au comportement étrange pour Émile, étaient toutes munies d'un petit appareil qu'elles tenaient tout contre une oreille. Émile en était venu à se dire que c'était peut-être là la clé de l'énigme que posaient pour lui ces individus très bizarres.
Il y eut beaucoup de monde qui défila sur l'esplanade alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Puis, soudain, ce fut le désert ; Émile se retrouva seul sur son banc, complètement affamé, après avoir passé sa première journée de "vagabond du temps".
Heureusement pour lui, la fatigue fut bientôt plus forte que la faim. Alors, il se coucha sur le banc, comme tout vagabond, et s'endormit profondément sous un ciel admirablement étoilé, avec en fond sonore le bruissement de la mer.
***
Il fut cette fois réveillé sans ménagement par quelqu'un qui lui secouait l'épaule.
— Allez, debout ! fit une voix aux intonations rudes.
(la suite samedi prochain)
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31.01.2009
Le spationaute (4ème épisode)
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Émile se sentit soudain secoué de façon incroyable, tandis qu'il était complètement assourdi par un horrible vacarme, et que des gerbes de feu dansaient devant la vitre.
Mais il ne put suivre longtemps ce spectacle à la fois irréel et effrayant, car bientôt, alors qu'il sentait la fusée se soulever doucement, son corps se raidit brusquement. Puis, il eut l'impression qu'il rétrécissait, et fut aussitôt la proie de terribles convulsions. Il ferma les yeux à s'en faire exploser les paupières, serra les dents à se les broyer, et à l'ultime seconde où sa cervelle allait être expulsée de sa boite crânienne, il perdit connaissance, cessant ainsi de souffrir effroyablement.
***
Quand il revint à lui, quelques minutes, ou même peut-être simplement quelques secondes plus tard, il se trouvait allongé à l'air libre, et ne ressentait plus le moindre malaise ; comme si ce qui s'était passé précédemment n'avait jamais existé. En ouvrant les yeux, il découvrit aussitôt le ciel toujours bleu, aussi bleu qu'il pouvait l'être quelques instants plus tôt. Le soleil cognait toujours fort, et l'air était parfumé d'iode et de sel.
Il se tourna sur le côté, et découvrit deux paires de pieds nus et bronzés posés sur le sable fin et doré qui caressait maintenant sa joue. En soulevant légèrement les yeux, ce furent cette fois deux paires de jambes qui lui apparurent, également nues et bronzées. Toutefois, l'une des paires était poilue, et l'autre au contraire, parfaitement lisse. Alors, il souleva cette fois légèrement sa tête, et crut avaler sa salive de travers quand il vit un sexe d'homme, puis, tout à côté, ce qui était assurément celui d'une femme. Étant un célibataire endurci, il était moins familiarisé avec le sexe opposé, et cette vision le troubla. Il se redressa d'un coup, et s'appuya sur un coude. Assurément, il se trouvait en présence d'un couple entièrement nu.
Ainsi, selon lui, à cet instant, il était bien mort, et avait gagné le paradis. Ce qu'on lui avait toujours raconté à ce propos était donc bien vrai. Le paradis, c'était cela : tout le monde vivant nu au milieu de la nature. Mais non, il n'y était pas ; cela était censé être le paradis terrestre, celui d'où l'Homme aurait été chassé il y a bien longtemps. Le paradis après la mort, ce devait être autre chose. Mais quoi ? Émile ne savait plus rien, ne comprenait plus rien. Où était-il exactement ? Il était pourtant bien mort tout à l'heure, enfin il y a tout juste un instant, au décollage de la fusée. Sa tête avait explosé, et il n'avait pu survivre à cela. Aucun être humain n'était capable de survivre à cela.
Émile se mit debout sans la moindre difficulté, et vit alors que sur la plage il y avait plein de monde entièrement nu : des hommes, des femmes, des enfants même. Tout le monde nu ; le fixant, certains en murmurant.
Émile inclina la tête, pour cette fois se regarder, et à son grand étonnement, il s'aperçut qu'il n'était plus vêtu de la combinaison de cuir noir que le grand maigre lui avait fait enfiler tout à l'heure. À la place, il portait une autre combinaison d'une matière apparemment très fine, et d'une couleur grisâtre et scintillante. Il en était de même des bottes qu'il avait aux pieds, ainsi que de ses gants. L'intérêt premier de cette nouvelle tenue, était qu'elle ne le faisait pas transpirer, en dépit du chaud soleil qui permettait à tout les gens qui l'entouraient de ne pas porter la moindre pièce de vêtement.
Émile enleva l'un de ses gants, et avec ses doigts nus effleura l'une des manches de sa combinaison. Puis, il saisit fermement entre le pouce et l'index un morceau de l'étrange matière qui la composait. Celle-ci avait la singularité de paraître très solide, et de donner l'impression que l'on touchait un pétale de coquelicot, ou encore une aile de papillon.
Émile passa alors sa main en plusieurs endroits de sa combinaison ainsi que sur ses bottes, sous l'œil intrigué des individus nus.
Il se retourna, et à sa grande stupéfaction, découvrit l'usine qui tout à l'heure était en parfait état, complètement en ruine. Toutes les vitres étaient cassées, les murs présentaient d'énormes lézardes, et le toit était effondré. Mais c'était encore pire pour ce qui était des blockhaus qui entouraient l'usine. Ces derniers n'étaient plus que des vestiges. Des blocs entiers de béton s'étaient détachés de chacune de ces véritables forteresses. Elles étaient en ruine, comme l'usine. Mais comme pour cette dernière, on n'avait pas l'impression que cela provenait de combats. Il ne semblait pas que l'usine comme les blockaus eussent été bombardés ou même mitraillés ; on pouvait plutôt penser qu'ils avaient subi les assauts des éléments, l'usure... du temps. Or, pour Émile, cela ne pouvait être pourtant le cas, puisqu'il savait bien que tout était en parfait état il y avait au plus une petite demi-heure, quand il était sorti de l'usine avec les soldats et l'homme au monocle.
À propos de celui-ci, il se demandait où il pouvait bien être. Il eut tout d'abord envie de se rendre à l'endroit d'où la fusée était partie tout à l'heure... Mais à cette pensée, il fut pris d'angoisse. Il était bien monté dedans, et il se souvenait parfaitement du décollage... Alors, comment pouvait-il se retrouver sur la plage, hors de la fusée, et dans une nouvelle tenue spatiale ?
En baissant la tête, il aperçut un casque posé sur le sable. Il s'accroupit pour le prendre, et put parfaitement distinguer l'empreinte que son corps avait laissé sur le sable. En prenant le casque, bien que celui-ci lui parût d'une solidité à toute épreuve, il eut encore l'impression de toucher un pétale de coquelicot ou une aile de papillon. En tout cas, ce n'était plus le casque de tout à l'heure. Celui-ci était plus petit, avait une forme plus arrondi. La seule similitude avec l'autre, était qu'il était muni également d'une visière présentant un orifice pour l'alimentation en oxygène.
Émile partit finalement vers le sud de la plage, pour rejoindre le centre-ville, tandis que les individus nus qui ne lui avaient pas adressé le moindre mot, devisaient maintenant ensemble de façon animée.
Émile vit bientôt des blockhaus qui étaient situés sur la plage. Ce n'était pas le cas tout à l'heure ; tous ayant été construits dans les dunes. On eût pu croire que de nombreuses années s'étaient écoulées, et qu'avec l'érosion, les dunes avaient reculé, abandonnant en quelque sorte les blockhaus. Mais là encore, Émile savait que c'était impossible, bien qu'il dût reconnaître que les dunes lui paraissaient moins hautes que tout à l'heure ; comme si, elles aussi, avaient subi les effets du temps.
Il dépassa bientôt l'un des blockhaus situés sur la plage. Celui-ci paraissait un peu moins détérioré que tous les autres. Ce fut ce qui le fit se retourner dessus. Il vit alors qu'une petite pancarte avait été scellée sur le béton. C'était forcément l'état de relative conservation du blockhaus qui l'avait fait choisir pour y placer cette pancarte qui intriguait Émile.
Il s'en approcha pour pouvoir lire ce qui était écrit dessus ; et ce fut alors que tout ce qui l'avait étonné depuis qu'il s'était réveillé, lui apparut presque dérisoire, quand il lut d'une voix étranglée :
Commune de Belvédunes
Plage Naturiste
Arrêté municipal du 14 avril 1987
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24.01.2009
Le spationaute (3ème épisode)
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— Je n'ai pas vraiment le choix, soupira Émile.
L'homme au monocle qui gardait son pistolet pointé sur Émile, lui tapota amicalement le bras pour dire :
— Bravo, monsieur Rivet, je me doutais bien que vous étiez l'homme de la situation. Sachez que nous avons éliminé cinquante personnes avant vous, pour insuffisance physique, et... psychologique. Je vous informe de cela pour que vous soyez définitivement assuré que vous avez sauvé votre vie, mais qu'en plus, vous ne risquez absolument rien en embarquant dans notre fusée. Votre organisme peut parfaitement supporter cette expérience.
Émile ravala sa salive, tandis que l'homme au monocle le priait de bien vouloir reprendre l'escalier.
Il obéit, et descendit les marche de fer. Une fois en bas, l'homme au monocle ouvrit une porte, et invita Émile à le suivre. Il avait rangé son pistolet, jugeant apparemment cet accessoire complètement inutile désormais.
Il n'avait pas tord, car Émile était définitivement, irrémédiablement résigné.
Il sursauta toutefois quand il se retrouva dans une immense pièce éclairée par une myriade de petites ampoules fixées au plafond, où s'affairaient un tas d'individus vêtus de blanc. La plupart étaient assis derrière des écrans incrustés dans un immense tableau constellé de boutons et de voyants qui clignotaient. D'autre allaient et venaient dans la pièce où l'on pouvait entendre un léger bourdonnement assourdi, avec des fiches à la main.
À l'entrée d'Émile et de l'homme au monocle, ces derniers s'étaient figés d'un coup, et les individus derrière les écrans s'étaient retournés vers eux. Chacun se mit alors à regarder attentivement Émile, et l'homme au monocle prit la parole en français.
— Messieurs, annonça-t-il, je vous présente monsieur Émile Rivet qui va partir à bord de notre fusée.
Le son de sa voix était amoindri comme le bourdonnement continu, car les murs de la pièce étaient apparemment tapissés d'une matière isolante.
L'homme au monocle continua :
— Oui, monsieur Rivet va effectuer le premier vol orbital de toute l'histoire de l'Humanité. Plus tard, on se souviendra que c'est le 8 juillet 1943, qu'un homme a voyagé pour la première fois dans l'espace.
Tout le monde regardait Émile en hochant la tête, en silence, avec un sourire à la fois bienveillant et admiratif. L'intéressé en arriva même à oublier qu'il allait certainement exploser avec leur satanée fusée, et se surprit à répondre à leur sourire.
— Bon, trancha l'homme au monocle qui n'était pas le dernier à hocher la tête et à sourire, monsieur Rivet va maintenant se préparer.
Il s'adressa alors en allemand à un individu chauve, grand et maigre, avec une blouse blanche qui lui arrivait aux pieds.
Puis il s'adressa de nouveau à Émile comme pour bien lui signifier qu'il ne voulait surtout rien lui cacher.
— Vous allez revêtir votre tenue spatiale maintenant, monsieur Rivet. Cette tenue est absolument nécessaire pour effectuer votre vol autour de la terre. Pour cela, vous allez suivre ce monsieur.
Émile obéit une fois encore, et suivit le grand maigre qui l'amena dans une autre pièce.
Le grand maigre ouvrit une armoire métallique, et en sortit une combinaison de cuir noir. Il la tendit à Émile, sans rien dire ; mais celui-ci comprit aisément qu'il lui fallait l'enfiler. Pour cela, il ôta les chaussures de toile qu'il portait aux pieds, et passa la combinaison de cuir. Elle était parfaitement à sa taille, mais dès qu'il en fut vêtu, il recommença à transpirer, car le cuir ce n'était pas vraiment l'idéal compte tenu de la chaleur qu'il faisait dans la pièce.
Le grand maigre prit alors dans l'armoire une paire de bottes également en cuir. Il les donna à Émile qui les chaussa ; puis ensuite ce fut au tour d'une paire de gants bien évidemment en cuir, et enfin, le grand maigre tendit à Émile un énorme casque un peu comparable à celui des soldats allemands, et de couleur noire comme le reste de la tenue. Ce casque était muni d'une visière apparemment en verre, qui était pour l'instant relevée. Émile bouillait de chaleur, aussi s'abstint-il de coiffer le casque pour l'instant. Il le garda sous le bras, en pensant qu'il devait parfaitement ressembler à un motard ainsi, mais un motard du futur, qui allait en plus emprunter une bien drôle de moto.
Le grand maigre lui fit signe de le suivre, et Émile revint ainsi dans la première pièce.
— Parfait ! s'exclama aussitôt l'homme au monocle en le voyant. Vous voici donc paré de votre tenue de spationaute, monsieur Rivet.
Émile s'aperçut qu'il y avait maintenant dans la pièce des soldats portant leur fusil à l'épaule. Peut-être l'homme au monocle craignait-il qu'il se rebelle soudain ? Mais il n'en avait guère l'intention.
— Bon, fit l'homme au monocle, nous allons vous conduire jusqu'à la fusée.
Il se dirigea vers une porte suivi d'Émile et de deux soldats, l'ouvrit, et tout le monde se retrouva dehors, devant l'usine où le soleil régnait en maître
Il y avait une voiture munie de chenilles qui attendait Émile. Deux soldats prirent place à l'avant, et Émile et l'homme au monocle à l'arrière. La voiture à chenilles démarra aussitôt, et commença à rouler sur la plage. La marée était montante ; la mer se rapprochait tout doucement, mais il y avait encore du temps avant qu'elle n'arrive à la limite du sable sec. La voiture prit bientôt à droite une route qui avait été tracée à travers les dunes, et qui bien sûr, menait à la fusée.
Celle-ci, qui se dressait au milieu des dunes, paraissait immense à Émile, au fur et à mesure que la voiture s'en approchait. Bientôt le véhicule s'arrêta, à quelques mètres seulement de l'engin spatial.
La fusée qui était probablement en acier, faisait au moins une trentaine de mètres de haut, et facilement trois de diamètre ; sauf à son extrémité supérieure qui se terminait en pointe, et où avait été fixée ce qui semblait être une antenne. La fusée était posée sur une plateforme de béton de forme rectangulaire d'au moins 30 m2 de surface, qui avait été construite dans une cuvette que l'on avait creusée en déblayant des pans de dunes. Elle tenait sa stabilité de ses quatre pieds imposants qui partaient de sa base, et étaient constitués de pièces de métal très larges et de bonne épaisseur en forme de triangle. Juste à côté de la fusée, à peu près de même hauteur, semblable à une grue dont on aurait oublié de monter la dernière partie, se dressait une tour métallique. La fusée ne reposait pas en fait contre elle. Elle en était éloignée d'un petit mètre : la longueur de de la passerelle que l'on pouvait apercevoir à une vingtaine de mètres de hauteur, qui reliait la tour à ce qui devait être l'habitacle de la fusée dont la porte était ouverte. À l'intérieur de la tour, était fixée une échelle qui montait jusqu'à la passerelle. C'était bien là, à coup sûr, le chemin qu'Émile allait emprunter.
Il entendit un léger sifflement qu'il localisa comme venant du dessous de la fusée, d'où une légère fumée blanchâtre s'échappait.
— Bon, monsieur Rivet, vous allez pouvoir descendre, dit l'homme au monocle.
Dans les dunes, il y avait plusieurs blockhaus fermés par une vitre, derrière lesquels des hommes coiffés d'un casque d'écoute attendaient. Un peu plus haut, sur la crête d'une dune de bonne hauteur, il y avait des soldats, la mitraillette au poing, et également, trois énormes mitrailleuses pointées vers le ciel.
Émile se demandait si tous ces hommes allaient rester sur place à attendre que son cercueil volant n'explose.
Mais il n'eut pas le temps de méditer très longtemps là-dessus, car l'homme au monocle le pressa de descendre. Il s'exécuta, s'approcha de la tour métallique, et sans même qu'on lui en ait donné l'ordre, commença à grimper l'échelle, suivi par l'homme au monocle.
Il monta toutefois doucement, prenant le temps de savourer ses ultimes instants de vie. Il mit ainsi presque un quart d'heure pour grimper l'échelle qui était assez instable. Mais Émile n'était pas sujet au vertige, et n'en ressentit pas le moindre malaise. Une fois arrivé sur la passerelle, il vit qu'un câble reliait la tour au nez de la fusée. L'homme au monocle qui se tenait juste derrière lui, lui demanda alors de s'installer à l'intérieur. Avant de s'exécuter, Émile aperçut au loin un défilé de navires qui croisaient au large, formant une véritable barrière protectrice.
Il dut se contorsionner pour parvenir à prendre place dans l'habitacle de la fusée qui était beaucoup plus petit qu'il n'y paraissait de l'extérieur, du fait que les parois étaient recouvertes de cuir épais. Il était plus qu'à l'étroit, mais parvint quand même à s'installer sur un siège également en cuir, dont le dossier était un peu incliné vers l'arrière. Devant lui, il y avait une vitre légèrement fumée, qui lui permettait de voir les dunes à perte de vue.
L'homme au monocle qui s'était accroupi sur la passerelle pour pouvoir être au même niveau qu'Émile, lui demanda de mettre le casque qu'il tenait toujours à la main, sur sa tête. Avant de lui dire de baisser la visière, il lui expliqua que celle-ci était constitué, tout comme la vitre de la fusée, d'une nouvelle matière qui était appelée à un brillant avenir, et non pas de simple verre. Puis l'homme au monocle se saisit d'un tuyau qu'il fixa dans l'orifice dont était percée la visière. Il expliqua à Émile que cela allait servir à l'approvisionner en oxygène une fois qu'il serait dans la stratosphère. Émile l'entendit très difficilement à cause du casque qui amoindrissait le son de sa voix, mais aussi du sifflement venant de l'extérieur, qui paraissait gagner en intensité. De toute façon, il trouvait dérisoire que l'on veuille l'approvisionner en oxygène une fois qu'il serait dans l'espace, compte tenu qu'il ne croyait pas du tout qu'il y arriverait, que la fusée exploserait en mille morceaux au moment du décollage.
L'homme au monocle boucla une ceinture autour de la taille d'Émile, lui adressa petit signe de la main ; puis il se redressa, et le spationaute vit la porte de la fusée se refermer. Il faisait maintenant un peu sombre à l'intérieur à cause notamment de la vitre fumée, mais on devinait le soleil toujours lumineux et chaud.
"Vraiment une belle journée pour mourir", se dit Émile qui se demanda alors qui avait bien pu le dénoncer à propos de l'aviateur qu'il avait recueilli.
Il en avait une petite idée ; ses rapports avec son voisin d'en face, un homme aigri qui en avait toujours voulu à la terre entière n'étaient pas des meilleurs ; mais enfin, il n'était vraiment sûr de rien.
Il s'écoula un petit quart d'heure ; sans doute le temps nécessaire pour que l'homme au monocle puisse redescendre tranquillement et aller se mettre à l'abri, puis le sifflement gagna encore en intensité, tandis que devant la vitre de la fusée, s'éleva une épaisse fumée. Dans sa combinaison de cuir, Émile commençait à se liquéfier. Bientôt, malgré son casque, il eut les oreilles remplies d'un bruit de réacteur, et la fumée devint noire, plongeant presque l'habitacle de la fusée dans l'obscurité. L'engin se mit soudain à vibrer, et Émile entendit une espèce de voix radiophonique qui s'exprimait en allemand.
Puis un compte à rebour commença :
"Zhen, neun, acht, seben, sechs, fünf, vier, drei, zwei, eins..."
Le temps sembla d'un coup s'arrêter, puis la voix radiophonique cria :
"Feuer !"
(la suite samedi prochain)
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17.01.2009
Le spationaute (2ème épisode)
Premier épisode dans la rubrique "Feuilletons", colonne de gauche
La bâche du camion était relevée, si bien qu'Émile put se rendre compte qu'il allait mourir par une superbe journée d'été, mais aussi que le camion roulait le long de l'avenue qui longeait la plage. Bientôt, toujours d'après le paysage qui défilait derrière le véhicule, il comprit que celui-ci prenait la direction d'un lieu appelé "Terminus", situé à l'extrémité nord de la station. C'était là-bas que se trouvait, construit dans les dunes, face à la mer, un bâtiment en béton, qui avait été conçu à l'origine pour accueillir d'anciens "poilus" de 14/18 ayant subi les méfaits du gaz moutarde. Mais lorsque l'ouvrage fut achevé en 1922, compte tenu de son aspect gris, rébarbatif, en opposition totale avec l'hôpital de la Plage qui lui avait été construit avec des briquettes rouges, on choisit plutôt d'en faire une usine de pièces mécaniques. Comme le bâtiment était largement à l'écart, à un endroit où les estivants ne se rendaient jamais, cela n'avait en rien nui à la renommée de Belvédunes Les Allemands l'avait bien sûr réquisitionné, et l’on disait dans la ville qu'il s'y .préparait de drôles de choses. Mais ce n'était que des rumeurs difficilement vérifiables, car comme pour l'hôpital de la Plage, tout le personnel avait été congédié et remplacé par des Allemands, et il était interdit d'approcher à moins de trois kilomètres de l'endroit par la plage. Un poste de contrôle avait par ailleurs été installé au début de la route qui permettait d'y accéder depuis la ville.
Le camion finit par s’arrêter derrière l'usine qui émergeait de hautes dunes de sable fin, piquées de-ci de-là de touffes d'oyats, et les soldats ordonnèrent par gestes à Émile de descendre. Entourant l'usine, il y avait plusieurs casemates de béton dont les fondations se perdaient dans les profondeurs du sable, que l'on appelait des blockhaus d'après les dires de certains. Toujours d'après ces dires, Hitler avait fait construire ces blockhaus sur tout le littoral de la Manche et de la mer du Nord, afin de parer une attaque des Britanniques. Émile ne put s'empêcher de penser à toutes les rumeurs qui allaient bon train à propos de cet endroit, et ressentit une certaine angoisse. Mais il se ressaisit très vite. Après tout, que risquait-il de pire que d'être fusillé ?
Deux soldats l'encadraient toujours, et le conduisirent jusqu'à une porte en fer qui s'ouvrit d'un coup pour laisser apparaître le civil qui l'avait interrogé une semaine plus tôt. Celui-ci était encore en chemise et pantalon, mais portait maintenant un monocle qui relevait sa paupière droite.
— Bonjour, monsieur Rivet ! s'exclama-t-il. Et soyez le bienvenu. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer quelque chose de formidable.
Il parla aux deux soldats qui laissèrent Émile partir seul à la suite de l'homme au monocle qui le fit entrer à l'intérieur de l'usine. Ils se retrouvèrent dans une pièce étroite et faiblement éclairée ; suffisamment toutefois pour discerner un escalier en fer.
— Allez, monsieur Rivet, dit l'homme au monocle, montez donc cet escalier.
En même temps qu'il disait cela, il sortit d'un étui qu'il portait à la ceinture, un pistolet de bonne taille.
— Juste une petite précaution, précisa-t-il.
Émile savait de toute façon que ça n'aurait servi à rien d'essayer de se rebeller : le bâtiment devait être truffé de soldats en armes.
Il monta donc l'escalier, en sentant le souffle de l'homme au monocle dans son cou. Au fur et à mesure qu'il montait, il y voyait de plus en plus clair ; et pour cause, il arriva bientôt à l'air libre, sur le toit de ce qui avait été jusqu'en mai 1940, l'usine des Dunes.
— Admirez donc le panorama ! s'exclama l'homme au monocle.
Il était vrai que du toit de l'usine qui était en fait une dalle en béton faisant parfaitement office de terrasse, la vue était superbe.
On pouvait admirer la mer qui était retirée, bleu, calme, à peine ridée de vagues. On voyait également sur la gauche, quelques flobarts posés sur le sable ; ces bateaux à fonds plats constituaient en quelque sorte les vestiges de l'époque où Belvédunes vivait avant tout de la pêche. Un peu plus loin, apparaissait l'hôpital de la Plage qu'Émile avait eu l'occasion de bien connaître de l'intérieur, et non pas seulement par ses murs de brique rouge. Et bien sûr, on pouvait admirer la plage de sable fin, lumineuse sous le soleil et un ciel d'azur.
Mais il sembla qu'Émile ne regardait pas du bon côté, du moins au goût de l'homme au monocle.
— Mais regardez plutôt à droite, dit-il.
Émile s'exécuta, et découvrit, se trouvant à environ un kilomètre de distance, émergeant des dunes, ce qui semblait être une immense bombe, posée à la verticale, et donnant l'impression d'être appuyée contre une espèce de tour métallique à peu près aussi haute que le mystérieux engin.
Émile fixa l'homme au monocle d'un air interrogateur.
— Vous savez ce que c'est, monsieur Rivet ? demanda celui-ci.
Émile fit non de la tête.
— Vous n'en avez pas la moindre idée ? insista l'autre.
— Je ne sais pas, une bombe, peut-être ? hasarda Émile.
L'autre éclata de rire, puis, se resaississant, dit :
— Oui, après tout, ça pourrait en être une. Mais en fait, il s'agit d'une fusée. Vous avez déjà entendu parler des fusées, monsieur Rivet ?
— Heu... oui, fit Émile qui avait dû lire quelque chose un jour sur le sujet.
— Oui, une fusée ! s'enthousiasma alors l'homme au monocle. Une fusée qui va partir dans l'espace ; et qui va même tourner autour de la terre, puis revenir ; et cela dans moins d'une heure.
Émile ne cacha pas sa surprise, et l'autre continua :
— Sachez, monsieur Rivet, que le IIIème Reich a atteint un développement technologique très important. Si bien que d'ici environs cinq ans, le drapeau à swastika sera planté sur la lune ; planté par des officiers du Führer ! Seulement, chaque chose en son temps, et pour l'instant, il faut se contenter d'envoyer un homme dans l'espace et de le faire revenir.
Émile commença à transpirer abondamment, et pas seulement à cause du soleil qui cognait dur sur le toit de l'usine.
Cela amusa l'homme au monocle qui déclara avec un petit sourire :
— Je vois que vous avez compris, monsieur Rivet, que vous allez avoir l'honneur d'être le premier homme à voyager dans l'espace ; le premier spationaute de l'Histoire, qui va partir dans une fusée allemande. Mais rassurez-vous, vous êtes tout à fait capable de supporter une centaine de minutes dans l'espace, monsieur Rivet ; nous avons fait tous les examens nécessaires pour nous en assurer. Vous n'avez rien à craindre, vous reviendrez sain et sauf. Et vous serez fêté en héros. C'est pour cela que j'étais chagriné l'autre jour d'apprendre que vous n'aviez pas d'épouse, et pratiquement plus de famille... pratiquement plus personne pour se réjouir de votre exploit.
Émile souriait jaune, et de la sueur dégoulinait sur son visage.
— Avouez, monsieur Rivet, continua l'autre, que ce que je vous propose est quand même plus glorieux que de finir bêtement fusillé. Car bien entendu, si vous refusiez de faire ce voyage, c'est à cela que vous auriez droit : le peloton d'exécution pour intelligence avec l'ennemi ! Alors, vous acceptez ma proposition ?
(la suite samedi prochain)
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