10.05.2008
Le meurtre de l'Underwood (partie 14)
Résumé des épisodes précédents : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème où ils rencontrent Sherlock Holmes, puis en 1957 où ils se retrouvent en compagnie de James Hadley Chase et d’Agatha Christie. Ils sont à la recherche d’un certain William Goddam, ancêtre de la victime, qui a par ailleurs écrit un roman policier intitulé « L’égorgeur fantôme ». Quand James Hadley Chase annonce que William Goddam est employé par la Société NUTRIVIA, tout comme le sera son descendant en 2213, les deux robots sont prêts à partir cette fois pour l’année 1958, où ils apprennent que William Goddam a plagié un manuscrit de James Hadley Chase pour écrire son roman. Et lorsqu’ils le rencontrent, il s’aperçoivent qu’il est le parfait sosie du médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie de John Goddam. Or, de retour au XXIIIème siècle, ils apprennent que justement au cours de l’autopsie, on a prélevé une partie du cerveau de la victime. Mais l’irrationnel prenant en plus le pas sur la science, nos deux héros sont conviés à partir pour la planète Gashïa afin d’y rencontrer un Mage et solliciter ses pouvoir.
R-Jens accompagna R-Job et R-Lex jusqu’à l’astroport. Durant le trajet, R-Job demanda :
— Au fait, pourquoi John Goddam ne possédait-il pas une identité totalement européenne ?
R-Jens soupira :
— Ah, parce que les ancêtres des Britaniens ont été pendant longtemps réticents à s’impliquer entièrement dans l’UE. Ainsi, ils n’ont adopté l’€uro comme monnaie qu’en 2095, et comme langue qu'en 2103. Jusqu’ à ces deux dates, ils avaient conservé respectivement leur Livre Sterling et leur vieux patois.
Les trois robots arrivèrent bientôt sur l’aire de départ d’Orly-Ouest, où attendait sur leur rampe de lancement, un bon nombres de fusées et d’avionefs.
R-Jens salua ses deux collaborateurs, et bientôt ceux-ci embarquèrent à bord de l’appareil en partance pour Gashaïa.
La cabine était presque remplie. Il y avait surtout des robots, mais également des humains, qui eux avaient été obligés de s’équiper d’un scaphandre spatial.
L’avionef ne tarda pas à décoller, et tout le monde partit pour un voyage de 8 h. L’utilisation de carburants de plus en plus sophistiqués et de méridiens d’accélération, avaient réduit à cette durée raisonnable, ce qui était encore il y a peu un périple de cinq années.
Quand ils arrivèrent à l’astroport de Xxillès, la capitale planétaire de Gashaïa, R-Lex était plutôt satisfait. Il aimait tout particulièrement venir sur cette planète. Celle-ci avait pas mal de points communs avec la Terre, notamment au niveau de l’atmosphère. Les Gashaïens étaient également semblables aux Terriens, si ce n’est qu’ils étaient unisexe et portaient tous de longues robes et des barbes en rapport.
Sagitarius, le Mage, était un Terrien né en 1953, qui avait été enlevé par des Gashaïens en 1975, alors qu’il n’avait que 22 ans. C’était lors d’une expédition qui avait pour but de ramener un Terrien afin d’étudier cette espèce. Les Gashaïens qui avaient eu connaissance qu’elle était relativement semblable à la leur, étaient curieux d’y voir de plus près. En tout cas, Sagitarius adopta tout de suite la planète Gashaïa et ne voulut plus repartir sur la Terre. Les Gashaïens acceptèrent de le garder, d’autant qu’ils découvrirent très vite qu’ils était doté de pouvoirs surnaturels toujours utiles. Il acquis par la suite une renommée qui devint stratosphériquement connue, et dans le vaste univers, on le surnomma le Mage.
Arrivé au poste de police de l’astroport, les deux robots-enquêteurs se signalèrent, et furent conduits très vite par deux collègues gashaïens à la demeure du Mage.
Ce dernier les accueillit avec plaisir. Il était bien sûr censé être âgé de 260 ans, seulement, l’atmosphère gashaïenne avait pour effet principal de ralentir énormément le vieillissement d’un Terrien ; ce qui fait que Sagitarius n’avait, biologiquement parlant, qu’environ 75 ans.
— Alors, comment allez-vous, chers amis ? demanda-t-il, tandis qu’ils se tenait devant l’entrée de sa hutte, confectionnée avec une glaise très compacte que l’on trouvait en moult endroits de la surface de la planète.
— Très bien, fit R-Job. Nous ne vous cacherons pas, cher Sagitarius, que nous avons besoin de votre aide.
Cette déclaration fit rire le Mage qui serra une chaleureuse poignée de main à R-Job, puis à R-Lex.
Il les fit entrer à l’intérieur de sa hutte, les convia à s’asseoir sur d’épais tapis, et après s’être placé pour sa part en position du lotus, il fit :
— Qu’est-ce qui vous arrive encore ?
— Oh, pas grand-chose, fit R-Job, nous avons simplement besoin que vous recherchiez d’éventuels esprits dans une machine à écrire.
Sagitarius passa la main dans ses cheveux et dans sa barbe qu’il avait très longs.
— Des esprits dans une machine à écrire ! fit-il.
— Oui, mais avant je vais vous donner un petit résumé de l’affaire, proposa R-Job.
Le Mage acquiesça, et R-Job se lança.
— Une UNDERWOOD, fit d’un air songeur Sagitarius lorsque le robot eut terminé son récit. Tiens, mon père en possédait une dans les années 50. Voilà qui ne me rajeunit pas. Et à propos de cela, je pense qu’il faut que je me rende sur la Terre ?
— Oui, bien sûr, fit R-Lex.
— Alors, justement, fit Sagitarius, il ne faut plus que j’abuse de ces expéditions terrestres, car à force on va finir par ne plus m’accepter ici, mais surtout, je risque de prendre plus vite de l’âge.
— Oh, ça ne sera pas long, fit R-Lex.
— J’espère, j’espère, fit le Mage.
Sans perdre de temps, les deux robots repartirent pour l’astroport en l’emmenant, et après qu’il eut fait tamponner sa carte de séjour par les autorités habilités, tous les trois embarquèrent dans l’avionef, en direction de la Terre.
Huit heures plus tard, ils arrivèrent à Orly-Ouest, et dix minutes après, ils étaient au siège du Central Sécuritaire.
R-Jens accueillit le Mage en le remerciant de bien vouloir apporter son concours.
Puis, à bord d’un véhicule à propulsion hydrogénique tout le monde partit pour le domicile de feu John Goddam.
Une fois dans la pièce où celui-ci avait été assassiné, Sagitarius regarda tout d’abord attentivement autour de lui, puis il tendit les doigts, afin d’extraire des parois de plexiglas, le mobilier par induction digitale.
Bientôt apparut une bibliothèque, puis un buffet, et enfin une table sur laquelle était posée l’UNDERWOOD.
Alors le Mage s’approcha de la machine à écrire, puis plaça ses mains bien à plat dessus. Très vite, une sorte de crépitement se fit entendre, puis apparut de la fumée qui sortait de l’intérieur de l’UNDERWOOD. Cette fumée était très blanche et épaisse, et monta jusqu’au plafond.
Le Mage se recula quand la fumée devint soudain de plus en plus sombre, puis très noire. Alors, on devina une forme humaine qui se posa sur le sol. Et dans les quelques secondes qui suivirent, apparut un homme tout de noir vêtu, qui se précipita sur le Mage en brandissant un couteau.
( la suite samedi prochain)
R-Jens accompagna R-Job et R-Lex jusqu’à l’astroport. Durant le trajet, R-Job demanda :
— Au fait, pourquoi John Goddam ne possédait-il pas une identité totalement européenne ?
R-Jens soupira :
— Ah, parce que les ancêtres des Britaniens ont été pendant longtemps réticents à s’impliquer entièrement dans l’UE. Ainsi, ils n’ont adopté l’€uro comme monnaie qu’en 2095, et comme langue qu'en 2103. Jusqu’ à ces deux dates, ils avaient conservé respectivement leur Livre Sterling et leur vieux patois.
Les trois robots arrivèrent bientôt sur l’aire de départ d’Orly-Ouest, où attendait sur leur rampe de lancement, un bon nombres de fusées et d’avionefs.
R-Jens salua ses deux collaborateurs, et bientôt ceux-ci embarquèrent à bord de l’appareil en partance pour Gashaïa.
La cabine était presque remplie. Il y avait surtout des robots, mais également des humains, qui eux avaient été obligés de s’équiper d’un scaphandre spatial.
L’avionef ne tarda pas à décoller, et tout le monde partit pour un voyage de 8 h. L’utilisation de carburants de plus en plus sophistiqués et de méridiens d’accélération, avaient réduit à cette durée raisonnable, ce qui était encore il y a peu un périple de cinq années.
Quand ils arrivèrent à l’astroport de Xxillès, la capitale planétaire de Gashaïa, R-Lex était plutôt satisfait. Il aimait tout particulièrement venir sur cette planète. Celle-ci avait pas mal de points communs avec la Terre, notamment au niveau de l’atmosphère. Les Gashaïens étaient également semblables aux Terriens, si ce n’est qu’ils étaient unisexe et portaient tous de longues robes et des barbes en rapport.
Sagitarius, le Mage, était un Terrien né en 1953, qui avait été enlevé par des Gashaïens en 1975, alors qu’il n’avait que 22 ans. C’était lors d’une expédition qui avait pour but de ramener un Terrien afin d’étudier cette espèce. Les Gashaïens qui avaient eu connaissance qu’elle était relativement semblable à la leur, étaient curieux d’y voir de plus près. En tout cas, Sagitarius adopta tout de suite la planète Gashaïa et ne voulut plus repartir sur la Terre. Les Gashaïens acceptèrent de le garder, d’autant qu’ils découvrirent très vite qu’ils était doté de pouvoirs surnaturels toujours utiles. Il acquis par la suite une renommée qui devint stratosphériquement connue, et dans le vaste univers, on le surnomma le Mage.
Arrivé au poste de police de l’astroport, les deux robots-enquêteurs se signalèrent, et furent conduits très vite par deux collègues gashaïens à la demeure du Mage.
Ce dernier les accueillit avec plaisir. Il était bien sûr censé être âgé de 260 ans, seulement, l’atmosphère gashaïenne avait pour effet principal de ralentir énormément le vieillissement d’un Terrien ; ce qui fait que Sagitarius n’avait, biologiquement parlant, qu’environ 75 ans.
— Alors, comment allez-vous, chers amis ? demanda-t-il, tandis qu’ils se tenait devant l’entrée de sa hutte, confectionnée avec une glaise très compacte que l’on trouvait en moult endroits de la surface de la planète.
— Très bien, fit R-Job. Nous ne vous cacherons pas, cher Sagitarius, que nous avons besoin de votre aide.
Cette déclaration fit rire le Mage qui serra une chaleureuse poignée de main à R-Job, puis à R-Lex.
Il les fit entrer à l’intérieur de sa hutte, les convia à s’asseoir sur d’épais tapis, et après s’être placé pour sa part en position du lotus, il fit :
— Qu’est-ce qui vous arrive encore ?
— Oh, pas grand-chose, fit R-Job, nous avons simplement besoin que vous recherchiez d’éventuels esprits dans une machine à écrire.
Sagitarius passa la main dans ses cheveux et dans sa barbe qu’il avait très longs.
— Des esprits dans une machine à écrire ! fit-il.
— Oui, mais avant je vais vous donner un petit résumé de l’affaire, proposa R-Job.
Le Mage acquiesça, et R-Job se lança.
— Une UNDERWOOD, fit d’un air songeur Sagitarius lorsque le robot eut terminé son récit. Tiens, mon père en possédait une dans les années 50. Voilà qui ne me rajeunit pas. Et à propos de cela, je pense qu’il faut que je me rende sur la Terre ?
— Oui, bien sûr, fit R-Lex.
— Alors, justement, fit Sagitarius, il ne faut plus que j’abuse de ces expéditions terrestres, car à force on va finir par ne plus m’accepter ici, mais surtout, je risque de prendre plus vite de l’âge.
— Oh, ça ne sera pas long, fit R-Lex.
— J’espère, j’espère, fit le Mage.
Sans perdre de temps, les deux robots repartirent pour l’astroport en l’emmenant, et après qu’il eut fait tamponner sa carte de séjour par les autorités habilités, tous les trois embarquèrent dans l’avionef, en direction de la Terre.
Huit heures plus tard, ils arrivèrent à Orly-Ouest, et dix minutes après, ils étaient au siège du Central Sécuritaire.
R-Jens accueillit le Mage en le remerciant de bien vouloir apporter son concours.
Puis, à bord d’un véhicule à propulsion hydrogénique tout le monde partit pour le domicile de feu John Goddam.
Une fois dans la pièce où celui-ci avait été assassiné, Sagitarius regarda tout d’abord attentivement autour de lui, puis il tendit les doigts, afin d’extraire des parois de plexiglas, le mobilier par induction digitale.
Bientôt apparut une bibliothèque, puis un buffet, et enfin une table sur laquelle était posée l’UNDERWOOD.
Alors le Mage s’approcha de la machine à écrire, puis plaça ses mains bien à plat dessus. Très vite, une sorte de crépitement se fit entendre, puis apparut de la fumée qui sortait de l’intérieur de l’UNDERWOOD. Cette fumée était très blanche et épaisse, et monta jusqu’au plafond.
Le Mage se recula quand la fumée devint soudain de plus en plus sombre, puis très noire. Alors, on devina une forme humaine qui se posa sur le sol. Et dans les quelques secondes qui suivirent, apparut un homme tout de noir vêtu, qui se précipita sur le Mage en brandissant un couteau.
( la suite samedi prochain)
06:56 Publié dans Feuilletons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.05.2008
Précarité
5 h - Petit matin froid. Suzy, une blonde menue, arrive avec sa vielle R5 et se gare devant la New Union Bank. À cette heure-là, il n’y a aucun problème pour dénicher une place. Ça ne sera pas la même chose d’ici deux heures.
Elle trouve devant l’entrée Franck, un grand costaud aux cheveux rasés, vêtu d’un blazer et parfaitement cravaté. C’est le vigile. Suzy et lui ont sympathisé depuis longtemps.
— Ça va ? lui demande-t-il, pas trop dur de se lever ce matin ?
Suzy soupire :
— Si, comme d’habitude.
Puis ils montent tous deux jusqu’au premier étage et s’octroient un petit café.
— Ah, les affaires vont mal, déclare Franck. Ma boîte a perdu un marché. Et je n’ai plus le poste de l’après-midi. Alors ils m’ont proposé de faire passer mes horaires de 30 h à 20 h. La galère. Vigile et tout ce qui y ressemble, ce sont vraiment des sales boulots. Toujours la précarité. Il y a de l’embauche, mais on ne gagne rien, ou presque.
— Pareil pour moi, fait Suzy. J’ai perdu un chantier, et j’ai deux mois de loyers en retard.
— Ah oui, la galère, la précarité, répète Franck.
Puis il finit son café, et souhaite une bonne journée à Suzy.
Celle-ci ne tarde pas non plus à vider son gobelet, et part pour deux heures de ménage dans les bureaux.
Ensuite, elle se rend dans une société d’assurances pour également vider les corbeilles à papiers et passer l’aspirateur sur les moquettes, ce qui l’amène dans le milieu de la matinée : le moment de partir chez une petite vieille qui l’emploie pour son ménage, et la paye quand elle a touché sa pension. Galère, précarité, comme dit Franck ; Suzy connaît bien.
Elle rentre chez elle en début d’après-midi : un petit studio dans un immeuble bourgeois. C’est la seule locataire de l’endroit qui ne compte que des propriétaires, et les siens sont une septuagénaire et son fils, un quadragénaire gras et chauve, affublé d’une bouche limaceuse et de yeux brillants.
S’il n’y avait eu que la septuagénaire, elle n’aurait pas obtenu le logement ; mais son fils est intervenu et a plaidé sa cause. Suzy le regrette bien aujourd’hui.
À peine est-elle entrée dans son studio, que l’on sonne à la porte. Suzy se doute que c’est justement le fils. Non seulement elle a perdu un chantier et une bonne part de rémunération, mais en plus elle a dû assurer la réparation de sa vieille R5. Ce qui fait qu’elle n’a pas payé le loyer du mois et celui du précédent.
Elle a envie de ne pas aller ouvrir. Mais à quoi bon, il ne lâchera pas ; jusqu’à ce qu’elle se décide.
Alors elle se résigne. Et une fois la porte ouverte, elle trouve sur le palier un individu rond, des pieds à la tête, avec des yeux brillants et une bouche humide.
Il affiche aussitôt un sourire jaune pour dire :
— Mademoiselle, je vous rappelle que vous n’avez pas payé le loyer de ce mois-ci…
— Ni celui du mois dernier ! le coupe Suzy. Je sais. Mais comme je vous l’ai déjà dit, j’ai eu des frais imprévus. Je vous règle le tout le mois prochain.
L’autre ne se départit pas de son sourire jaune.
— Mais mademoiselle, ça vous fera trois loyers à régler, vous savez bien que ça ne vous sera pas possible.
— Mais si ça me sera possible ! assure Suzy.
— Mais non, insiste l’autre. En tout cas, vous savez comment arranger cette affaire...
Suzy doit faire des efforts pour contenir toute la colère qui bout en elle.
— Ne comptez pas sur moi pour coucher avec vous ! lâche-t-elle avec hargne.
L’autre prend un air de petit garçon contrit pour dire :
— Mais vous savez bien que ce n’est pas ce que je vous demande.
Alors Suzy lui claque la porte au nez. Elle n’a plus rien à perdre de toute façon.
Elle ne sait pas trop en fait ce qu’il lui demande. Il a été très confus sur la question quand il a abordé le sujet il y a trois jours. Sans doute que c’est un pervers qui lui demanderait encore bien pire que de coucher avec lui.
Suzy va s’asseoir sur son lit, dans la chambre minuscule de son studio qui ne vaut certainement pas le loyer qu’on lui en demande. Elle a envie d’éclater en sanglots. À 23 ans, elle se retrouve dans la galère, après avoir été contrainte de se débrouiller toute seule. Elle désespère de s’en sortir ; de réussir à quitter ses petits boulots précaires, de ne plus être la proie d’un pervers qui vient lui réclamer des mois de loyers qu’elle ne peut pas payer.
En fin d’après-midi, elle part effectuer ses deux heures quotidiennes de garde d’enfant, payées « au noir », chez un couple pour qui il n’y a pas de petites économies. L’enfant qu’elle garde est exécrable, sa mère infecte, mais pour Suzy, ça fait un peu plus d’argent pour survivre.
Après cette épreuve, elle passe une soirée plutôt tranquille chez elle à bouquiner, et se couche vers 10 h.
À 4 h 30, le réveil sonne. Elle n’a pas trop de temps devant elle ; alors elle se prépare rapidement. Et alors qu’elle s’apprête à partir, elle aperçoit sur le parquet une feuille blanche que l’on a glissée sous la porte. Elle s’accroupit pour la prendre, et se relève en lisant ce qui a été marqué dessus d’une écriture appliquée, qui rappelle celle d’un écolier consciencieux :
Elle trouve devant l’entrée Franck, un grand costaud aux cheveux rasés, vêtu d’un blazer et parfaitement cravaté. C’est le vigile. Suzy et lui ont sympathisé depuis longtemps.
— Ça va ? lui demande-t-il, pas trop dur de se lever ce matin ?
Suzy soupire :
— Si, comme d’habitude.
Puis ils montent tous deux jusqu’au premier étage et s’octroient un petit café.
— Ah, les affaires vont mal, déclare Franck. Ma boîte a perdu un marché. Et je n’ai plus le poste de l’après-midi. Alors ils m’ont proposé de faire passer mes horaires de 30 h à 20 h. La galère. Vigile et tout ce qui y ressemble, ce sont vraiment des sales boulots. Toujours la précarité. Il y a de l’embauche, mais on ne gagne rien, ou presque.
— Pareil pour moi, fait Suzy. J’ai perdu un chantier, et j’ai deux mois de loyers en retard.
— Ah oui, la galère, la précarité, répète Franck.
Puis il finit son café, et souhaite une bonne journée à Suzy.
Celle-ci ne tarde pas non plus à vider son gobelet, et part pour deux heures de ménage dans les bureaux.
Ensuite, elle se rend dans une société d’assurances pour également vider les corbeilles à papiers et passer l’aspirateur sur les moquettes, ce qui l’amène dans le milieu de la matinée : le moment de partir chez une petite vieille qui l’emploie pour son ménage, et la paye quand elle a touché sa pension. Galère, précarité, comme dit Franck ; Suzy connaît bien.
Elle rentre chez elle en début d’après-midi : un petit studio dans un immeuble bourgeois. C’est la seule locataire de l’endroit qui ne compte que des propriétaires, et les siens sont une septuagénaire et son fils, un quadragénaire gras et chauve, affublé d’une bouche limaceuse et de yeux brillants.
S’il n’y avait eu que la septuagénaire, elle n’aurait pas obtenu le logement ; mais son fils est intervenu et a plaidé sa cause. Suzy le regrette bien aujourd’hui.
À peine est-elle entrée dans son studio, que l’on sonne à la porte. Suzy se doute que c’est justement le fils. Non seulement elle a perdu un chantier et une bonne part de rémunération, mais en plus elle a dû assurer la réparation de sa vieille R5. Ce qui fait qu’elle n’a pas payé le loyer du mois et celui du précédent.
Elle a envie de ne pas aller ouvrir. Mais à quoi bon, il ne lâchera pas ; jusqu’à ce qu’elle se décide.
Alors elle se résigne. Et une fois la porte ouverte, elle trouve sur le palier un individu rond, des pieds à la tête, avec des yeux brillants et une bouche humide.
Il affiche aussitôt un sourire jaune pour dire :
— Mademoiselle, je vous rappelle que vous n’avez pas payé le loyer de ce mois-ci…
— Ni celui du mois dernier ! le coupe Suzy. Je sais. Mais comme je vous l’ai déjà dit, j’ai eu des frais imprévus. Je vous règle le tout le mois prochain.
L’autre ne se départit pas de son sourire jaune.
— Mais mademoiselle, ça vous fera trois loyers à régler, vous savez bien que ça ne vous sera pas possible.
— Mais si ça me sera possible ! assure Suzy.
— Mais non, insiste l’autre. En tout cas, vous savez comment arranger cette affaire...
Suzy doit faire des efforts pour contenir toute la colère qui bout en elle.
— Ne comptez pas sur moi pour coucher avec vous ! lâche-t-elle avec hargne.
L’autre prend un air de petit garçon contrit pour dire :
— Mais vous savez bien que ce n’est pas ce que je vous demande.
Alors Suzy lui claque la porte au nez. Elle n’a plus rien à perdre de toute façon.
Elle ne sait pas trop en fait ce qu’il lui demande. Il a été très confus sur la question quand il a abordé le sujet il y a trois jours. Sans doute que c’est un pervers qui lui demanderait encore bien pire que de coucher avec lui.
Suzy va s’asseoir sur son lit, dans la chambre minuscule de son studio qui ne vaut certainement pas le loyer qu’on lui en demande. Elle a envie d’éclater en sanglots. À 23 ans, elle se retrouve dans la galère, après avoir été contrainte de se débrouiller toute seule. Elle désespère de s’en sortir ; de réussir à quitter ses petits boulots précaires, de ne plus être la proie d’un pervers qui vient lui réclamer des mois de loyers qu’elle ne peut pas payer.
En fin d’après-midi, elle part effectuer ses deux heures quotidiennes de garde d’enfant, payées « au noir », chez un couple pour qui il n’y a pas de petites économies. L’enfant qu’elle garde est exécrable, sa mère infecte, mais pour Suzy, ça fait un peu plus d’argent pour survivre.
Après cette épreuve, elle passe une soirée plutôt tranquille chez elle à bouquiner, et se couche vers 10 h.
À 4 h 30, le réveil sonne. Elle n’a pas trop de temps devant elle ; alors elle se prépare rapidement. Et alors qu’elle s’apprête à partir, elle aperçoit sur le parquet une feuille blanche que l’on a glissée sous la porte. Elle s’accroupit pour la prendre, et se relève en lisant ce qui a été marqué dessus d’une écriture appliquée, qui rappelle celle d’un écolier consciencieux :
N’oubliez pas les loyers à payer !
La propriétaire
La propriétaire
Suzie chiffonne rageusement la feuille, la réduit en boule, et la jette violemment sur le parquet.
Quand elle retrouve Franck, le vigile, pour le café, celui-ci lui dit :
— Vous avez l’air contrariée ce matin.
Suzy soupire :
— Oui, c’est à cause de mes deux loyers de retard. J’ai de la pression de la part de la propriétaire.
Franck hoche la tête, puis dit :
— Il est de combien votre loyer ?
— Trois cents €uros, c’est de l’arnaque.
— Hum, fait Franck;
Il semble réfléchir, puis finalement lâche :
— Si vous voulez, je peux vous aider.
— Quoi ? fait Suzy.
Franck a l’air gêné par la réaction de la jeune femme, mais ajoute quand même :
— Ben, oui, si ça peut vous permettre d’avoir la paix. J’ai un peu de fric de côté, je peux vous passer six cents €uros. Dans la galère, faut s’entraider.
Suzy secoue nerveusement la tête.
— Non, je ne peux pas accepter. Cet argent, vous devez en avoir besoin !
Franck finit son café et hausse les épaules.
— Comme vous voulez, dit-il, c’était de bon cœur.
Puis il salue Suzy en lui souhaitant une bonne journée.
Celle-ci s’acquitte de son travail à la banque, puis à la compagnie d’assurances, et quand elle arrive chez la petite vieille retraitée, c’est pour apprendre une mauvaise nouvelle.
C’est sa fille qui la reçoit et l’informe que sa mère a été hospitalisée et qu’elle ne devrait pas être de retour avant un bon moment. Ce qui pour Suzy se traduit par : encore un peu moins d’argent à gagner. Il ne lui reste donc plus qu’à rentrer chez elle.
Sa propriétaire et son fils habitent l’étage en dessous du sien. En passant devant leur porte, elle ressent de l’angoisse et un grand désespoir.
En fin d’après-midi, elle trouve quand même l’énergie nécessaire pour aller assurer sa garde d’enfant « au noir », et après deux heures passées à supporter le gosse infernal, et les jérémiades de la mère quand elle réintègre son domicile, elle sort, et croit rêver en se faisant aborder par un grand gaillard en jean et en blouson que l’on pourrait prendre pour Franck.
Mais quand l’individu commence à parler, elle se rend vite compte qu’elle est en fait dans la réalité, et qu’il s’agit bien de Franck qu’elle avait eu du mal à reconnaître sans son blazer et sa cravate.
— Mais, qu’est-ce que vous faites ici ? demande-t-elle étonnée.
Le vigile a l’air embarrassé, emprunté même, mais finalement se lâche :
— Écoutez, ce matin j’ai bien compris que c’était vraiment la galère pour vous et que vous ne vouliez pas accepter mon argent par principe. Mais je ne fais que vous le prêter, vous me le rendrez dès que vous le pourrez.
Tout se bouscule alors dans la tête de Suzy : la petite vieille partie à l’hôpital, le fils de la propriétaire qui va venir sans cesse la harceler…
— Bon, d’accord, j’accepte, finit-elle par dire. Mai je vous rends l’argent dès que possible !
— C’est bien entendu, dit Franck.
Il sort une enveloppe kraft de la poche de son blouson et la tend à Suzy.
— Vous êtes certain que cet argent ne va pas vous manquer ? s’enquit-elle quand même en prenant l’enveloppe.
— Oui, ça va aller, assure Franck.
Suzy lui sourit, puis lui demande brusquement :
— Mais au fait, comment saviez-vous que vous alliez me trouver à cet endroit ?
Le vigile a de nouveau l’air embarrassé quand il répond :
— Vous m’avez parlé de votre job de garde d’enfant une fois qu’on prenait le café.
Cette réponse amuse Suzy, et lui révèle qu’une véritable relation d’amitié et de confiance s’est tissée entre elle et Franck au fil des jours et des quelques mots qu’ils échangent à la machine à café. Du coup, elle n’éprouve plus de scrupules à lui avoir emprunté de l’argent.
Franck lui souhaite alors une bonne soirée, et elle prend la direction de son logement.
Elle se sent regonflée à bloc quand elle sonne à la porte de la propriétaire, et s’amuse par avance de la tête de son fils quand il va réaliser qu’il n’aura plus pour un moment le moyen de l’ennuyer.
C’est justement lui qui ouvre la porte.
— Mademoiselle, que puis-je pour vous ? demande-t-il, les yeux plus brillants que jamais.
Suzy lui tend aussitôt l’enveloppe kraft qu’elle tient dans sa main.
— Tenez, voici les deux mois de loyers : 600 €uros, vous pouvez compter si vous le voulez, et me remettre ensuite les quittances.
Le fils de la propriétaire a tout d’abord un mouvement de recul, une certaine crispation apparaît sur son visage, mais très vite il se détend pour dire :
— Mais voyons, mademoiselle, si je vous prends cet argent, vous n’aurez plus rien pour vivre. Vous ne pourrez plus vous nourrir, ou mettre de l’essence dans votre voiture qui vous est indispensable pour vous rendre tôt à votre travail.
— Si je vous donne cet argent, c’est qu’il m’en reste assez, assure Suzy.
— Mais non, insiste l’autre, vous vous retrouverez complètement démunie. Écoutez, il est temps que vous compreniez où se trouve votre intérêt. Ma mère est d’une santé très fragile, lorsqu’elle va décéder je vais faire un très gros héritage ; vous n’aurez plus aucun problème d’avenir si vous êtes gentille avec moi.
— Quoi ! s’exclame Suzy, qu’est-ce que vous êtes en train de me dire ? Mais si j’allais raconter tout cela à votre mère ? Vous pensez qu’elle vous féliciterait ?
Tout d’abord, Suzy voit le fils de la propriétaire rougir, et afficher un air de gros cancre pris en faute, ce qui lui laisse penser qu’elle a fait mouche. Mais très vite il se ressaisit pour dire :
— Vous n’imaginez quand même pas que ma mère vous croirait ?
Et alors, Suzy est frappée par l’impressionnante expression de haine qui passe dans ses yeux tandis qu’il referme doucement la porte.
Il ne reste plus à Suzy qu’à monter chez elle avec l’enveloppe dans la main. Elle pense tout d’abord la mettre dans la boîte à lettres de la propriétaire, mais comme c’est justement son fils qui s’occupe du courrier, elle risquerait fort de la récupérer dans sa propre boîte. Alors elle se dit que le mieux est encore de la rendre demain matin à Franck.
Elle a du mal à dormir durant la nuit, tant elle est persuadée qu’elle va continuer à se faire harceler. C’est donc avec de grands cernes sous les yeux et pas du tout en forme qu’elle arrive à la banque à 5 h. Cela n’échappe pas à Franck qui lui dit aussitôt :
— Eh bien, ça ne va pas mieux ?
Suzy lui tend aussitôt l’enveloppe.
— Mais ! s’exclame Franck, je vous ai dit que…
Suzy soupire :
— Je sais bien ce que vous allez me dire, Franck, mais il ne s’agit pas du tout de cela. Le fils de la propriétaire n’a pas voulu prendre l’enveloppe. En fait, c’est lui qui s’occupe de tout, et ce qu’il veut, c’est obtenir de moi que… enfin, vous m’avez compris…
Franck hoche doucement la tête, puis dit :
— À mon avis, il faudrait donner une bonne leçon à ce type.
Suzy sursaute.
— C’est-à-dire ?
— Oh, rien de bien méchant, lui flanquer la frousse, tout simplement. Comment il s’y prend pour vous ennuyer ?
— Oh, des fois il sonne à la porte.
— Et est-ce qu’il essaie d’entrer chez vous ?
— Oh, il ne l’a pas encore fait, mais ça ne saurait tarder.
— Bon, eh bien, voilà comment on va procéder. On se retrouve devant chez vous et on rentre ensemble. Ensuite je me cache dans une pièce, et quand le type sonne, vous ouvrez et vous le faites entrer. Après, il va certainement essayer de vous ennuyer ; alors c’est là que j’interviendrai et que je lui flanquerai la frousse en lui disant de ne plus importuner ma copine. Ça vous va ?
Suzy se sent gênée, et hésite. Mais il faut bien que le harcèlement cesse.
— Bon, c’est d’accord, dit-elle. Mais il faudra quand même faire attention.
— Bien sûr, dit Franck, vous verrez, ça ne sera jamais qu’une bonne plaisanterie qu’on va lui jouer. Seulement, après, vous aurez la paix.
— Ça marche, dit Suzy. Vous n’aurez qu’à m’attendre à 10 h devant chez moi.
— D’accord.
Franck s’en va après avoir noté l’adresse de Suzy ; celle-ci accomplit ses heures de ménage à la banque, puis à la compagnie d’assurances, et retrouve le vigile à 10 h précises devant son immeuble. Elle le fait entrer, et tous deux montent l’escalier jusqu’au logement de la jeune femme.
Tout d’abord le vigile s’assoit dans un petit fauteuil dans la pièce qui sert de séjour, et c’est alors que Suzy a l’idée de mettre de la musique pour attirer l’attention du fils de la propriétaire.
Elle pose un CD sur la platine d’une micro chaîne placée sur un meuble, et moins de cinq minutes plus tard, on sonne à la porte.
Aussitôt Franck va se cacher dans la chambre, et Suzy coupe le son de la chaîne, puis se hâte d’ouvrir la porte.
Contre toute attente, elle voit surgir une vieille femme au chignon couleur de neige, levant sa canne sur elle. Elle commence à reculer, et se retrouve ainsi au milieu de la pièce, avec la vieille la menaçant toujours de sa canne et commençant à s’écrier :
— Espèce de traînée, tu as fait des propositions malhonnêtes à mon fils ! Il m’a tout raconté ! Tu as essayé de l’embobiner pour m’assassiner !
Tout d’abord tétanisée de surprise, Suzy se reprend et réplique :
— Mais ça ne va pas ! C’est lui qui m’a fait des propositions malhonnêtes ! Votre fils est un pervers, un immonde vicieux !
— Tais-toi donc traînée, putain ! s’exclame la vieille femme.
Recevant un premier coup de canne, Suzy crie :
— Mais arrêtez, vous êtes folle !
Un second coup plus violent que le premier la fait encore crier, et c’est alors que Franck sort de sa cachette.
Tout se passe ensuite très vite. Il saisit le poignet de la vieille enragée qui lâche sa canne en hurlant, puis sort précipitamment de la pièce. On entend alors un grand bruit accompagné d’un hurlement plus fort que le premier, puis un long gémissement, et enfin, c’est le grand silence.
Suzy et Franck sortent à leur tour de la pièce, puis s’approchent de l’escalier, et instinctivement se blottissent l’un contre l’autre, en découvrant sur le palier du dessous, la vielle femme étendue, inerte, après avoir de toute évidence fait une chute mortelle.
Le temps semble soudain suspendu. Mais très vite, il reprend son cours, et apparaissent alors sur le palier, un homme grand et maigre vêtu d’une robe de chambre de soie, puis une femme d’un certain âge en tailleur, et en dernier, le fils de la propriétaire dans un costume de prix, les yeux extrêmement brillants qui se met à crier :
— Ils ont assassiné maman ! Elle venait chercher les loyers qu’on lui devait. Mais elle a été poussée dans l’escalier par cette femme et son complice. Il faut appeler la police !
Toujours blottis l’un contre l’autre, Suzy et Franck regardent l’individu qui les accusent, pointant son index vers eux. Mais ils semblent indifférents, résignés. Persuadés qu’ils n’auront décidément droit qu’à la précarité : précarité du travail, de la vie, de l’existence, du destin, ils restent imperturbables, détachés ; même quand une sirène commence à retentir dans la rue, puis à monter jusqu’au palier où ils se tiennent, comme soudés l’un à l’autre, face à l’incommensurable adversité.
Patrick S. VAST - 1er mai 2008
11:38 Publié dans Mes nouvelles en ligne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.05.2008
Le meurtre de l'Underwood (partie 13)
Résumé des épisodes précédents : un meurtre commis à l’encontre d’un certain John Goddam, amène R-Job et R-Lex, deux robots-enquêteurs du XXIIIème siècle, à se rendre au XIXème où ils rencontrent Sherlock Holmes, puis en 1957 où ils se retrouvent en compagnie de James Hadley Chase et d’Agatha Christie. Ils sont à la recherche d’un certain William Goddam, ancêtre de la victime, qui a par ailleurs écrit un roman policier intitulé « L’égorgeur fantôme ». Quand James Hadley Chase annonce que William Goddam est employé par la Société NUTRIVIA, tout comme le sera son descendant en 2213, les deux robots sont prêts à partir cette fois pour l’année 1958, où ils apprennent que William Goddam a plagié un manuscrit de James Hadley Chase pour écrire son roman. Et lorsqu’ils le rencontrent, il s’aperçoivent qu’il est le parfait sosie du médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie de John Goddam. Or, de retour au XXIIIème siècle, ils apprennent que justement au cours de l’autopsie, on a prélevé une partie du cerveau de la victime.
Les deux robots n’en revenaient pas ; voilà encore un élément qui s’ajoutait à liste déjà longe des surprises.
— Étonnant, estima R-Job en sortant de sa combinaison l’exemplaire de « L’égorgeur fantôme » que lui avait remis James Hadley Chase.
— Je suppose qu’il s’agit de l’ouvrage qui nous intéresse ? fit R-Jens.
— Tout à fait, fit R-Job en le tendant au chef de brigade. Mais que peut-on en déduire de ce qui est arrivé au cadavre de la victime ?
R-Stokovof prit la parole :
— Tout d’abord, lorsque R-Jens m’a demandé de faire une contre autopsie, j’ai pensé que ça serait un travail de routine. Le médecin légiste ayant pratiqué la première a beau être manifestement robotphobe, je ne pensais pas découvrir quoi que ce soit d’intéressant. Mais force a été de constater qu’il a profité de sa mission pour s’accaparer d’une partie non négligeable du cerveau de feu John Goddam, à des fins certainement peu honnêtes.
— En effet, fit R-Lex, et sait-on où se trouve actuellement le médecin légiste ?
— Justement non, répondit R-Jens, depuis ce matin on n’arrive pas à le contacter.
— Hum, et au fait, comment s’appelle-t-il ?
R-Jens réfléchit un court instant puis dit :
— Eh bien, il est doté d’une identité formellement européenne, comme les autorités continentales ont incité les citoyens des États-Unis d’Europe à le faire il y a déjà plus d’un siècle. Il s’appelle Fernand Karl Gonzales.
— Donc, sa famille pouvait peut-être porter un tout autre patronyme il y a plus d’un siècle ! Goddam, par exemple ?
R-Jens sursauta.
— Mais pourquoi justement Goddam ?
— Eh bien, fit R-Lex, parce que Fernand Karl Gonzales, médecin légiste de son état, est le parfait sosie de William Goddam, ancêtre de John Goddam, dont nous recherchons le meurtrier. Mais il serait plus aisé que l’on s’adonne à une séance de synthèse réunioneuronale, pour faire le point sur notre mission au XXème siècle. Ce serait plus rapide.
— En effet, estima R-Jens, allons donc dans un sas de sociotransmission à cet effet.
Les quatre robots se mirent en route, et tandis qu’ils passaient près d’une borne phosphorescente, R- Stokovof dit :
— R-Job et R-Lex, s’il vous plaît, veuillez approcher vos main de cette borne pour un petit examen de captation génétique diffus. Les données seront aussitôt envoyées pour analyse au Cap, dans l’État de Zoulounie.
Les deux robots-enquêteurs s’exécutèrent, puis R-Stokovof demanda à R-Jens de soumettre également le roman « L’égorgeur fantôme » à l’appareil.
— Parallèlement à l’obtention d’une synthèse verbale des faits, il est important d’en obtenir une molécurotactile complète, déclara-t-il.
Les deux robots n’en revenaient pas ; voilà encore un élément qui s’ajoutait à liste déjà longe des surprises.
— Étonnant, estima R-Job en sortant de sa combinaison l’exemplaire de « L’égorgeur fantôme » que lui avait remis James Hadley Chase.
— Je suppose qu’il s’agit de l’ouvrage qui nous intéresse ? fit R-Jens.
— Tout à fait, fit R-Job en le tendant au chef de brigade. Mais que peut-on en déduire de ce qui est arrivé au cadavre de la victime ?
R-Stokovof prit la parole :
— Tout d’abord, lorsque R-Jens m’a demandé de faire une contre autopsie, j’ai pensé que ça serait un travail de routine. Le médecin légiste ayant pratiqué la première a beau être manifestement robotphobe, je ne pensais pas découvrir quoi que ce soit d’intéressant. Mais force a été de constater qu’il a profité de sa mission pour s’accaparer d’une partie non négligeable du cerveau de feu John Goddam, à des fins certainement peu honnêtes.
— En effet, fit R-Lex, et sait-on où se trouve actuellement le médecin légiste ?
— Justement non, répondit R-Jens, depuis ce matin on n’arrive pas à le contacter.
— Hum, et au fait, comment s’appelle-t-il ?
R-Jens réfléchit un court instant puis dit :
— Eh bien, il est doté d’une identité formellement européenne, comme les autorités continentales ont incité les citoyens des États-Unis d’Europe à le faire il y a déjà plus d’un siècle. Il s’appelle Fernand Karl Gonzales.
— Donc, sa famille pouvait peut-être porter un tout autre patronyme il y a plus d’un siècle ! Goddam, par exemple ?
R-Jens sursauta.
— Mais pourquoi justement Goddam ?
— Eh bien, fit R-Lex, parce que Fernand Karl Gonzales, médecin légiste de son état, est le parfait sosie de William Goddam, ancêtre de John Goddam, dont nous recherchons le meurtrier. Mais il serait plus aisé que l’on s’adonne à une séance de synthèse réunioneuronale, pour faire le point sur notre mission au XXème siècle. Ce serait plus rapide.
— En effet, estima R-Jens, allons donc dans un sas de sociotransmission à cet effet.
Les quatre robots se mirent en route, et tandis qu’ils passaient près d’une borne phosphorescente, R- Stokovof dit :
— R-Job et R-Lex, s’il vous plaît, veuillez approcher vos main de cette borne pour un petit examen de captation génétique diffus. Les données seront aussitôt envoyées pour analyse au Cap, dans l’État de Zoulounie.
Les deux robots-enquêteurs s’exécutèrent, puis R-Stokovof demanda à R-Jens de soumettre également le roman « L’égorgeur fantôme » à l’appareil.
— Parallèlement à l’obtention d’une synthèse verbale des faits, il est important d’en obtenir une molécurotactile complète, déclara-t-il.
— Très bonne initiative, en effet, estima R-Jens.
Puis les quatre robots se retrouvèrent bientôt dans un sas, où en moins de trente seconde, par diffusion neuronale, R-Jens et R-Stokovof furent au courant de ce qu’avaient pu recueillir R-Job et R-Lex en 1957 et 1958.
R-Jens soupira alors, puis pianota sur le relais inter-secteurs qu’il portait au poignet, et déclara :
— Bon, voilà, les Sections d’Intervention Limitrophe, sont parties à la recherche de Fernand Karl Gonzales à la frontière Cosaquienne, puisque cet État a rétabli des frontières au plus grand mépris de l’acte fondateur de l’Union Européenne, et de son Gouverneur Général.
— Donc, vous ne doutez pas que Fernand Karl Gonzales a joué un rôle primordial dans le meurtre de John Goddam ? fit R-Lex.
— Je veux surtout qu’on le retrouve et qu’on puisse l’entendre, fit R-Jens. Bon, maintenant, autre point qu’a découvert R-Stokovof… mais je vais le laisser l’exposer.
L’intéressé hocha la tête, et dit :
— Oui, toujours lors de la contre autopsie, j’ai remarqué qu’une piqûre avait été effectuée au niveau de la nuque de la victime.
— Vous avez la certitude que cette piqûre a bien été produite après sa mort ? demanda R-Job.
— Absolument, fit R-Stokovof, ma sonde infra sensitive est très efficace dans ce domaine.
— Et dans quel but aurait-on pratiqué cette piqûre ? fit R-Lex.
— Toujours d’après ma sonde infra sensitive, fit R-Stokovof, afin d’y introduire un inducteur auto-réactif
— Hum, hum, fit R-Job. Et de quel genre est cet inducteur ?
R-Stokovof passa nonchalamment la main dans ses cheveux coupés en brosse, puis dit :
— Bien, à vrai dire, très probablement d’un genre propre à déclencher une réaction d’un ordre que je suis bien obligé d’estimer comme relevant du domaine de l’irrationnel.
— Bigre ! fit R-Lex, voilà qui n’est pas clair du tout.
— Sans doute, reconnut R-Stokovof, mais vous savez, lorsque des scientifiques se heurtent au domaine de l’occulte, ce n’est simple pour personne, et à commencer pour eux.
R-Jens intervint alors :
— Oui, R-Stokovof et R-Wong ont uni leurs efforts, et après analyse de la nuque de la victime, et de sa machine à écrire, il est apparu que des éléments que l’on pourrait qualifier d’ectoplasmiques sont intervenus dans l’affaire qui nous intéresse.
— Nous nous trouvons bien face à une affaire de fantôme ! s’exclama R-Lex. Souvenez-vous que j’en avais émis l’hypothèse dès le début.
— R-Lex, nous n’en sommes pas encore vraiment là, fit R-Jens d’un ton. courroucé. Mais il est vrai que nous allons devoir recourir aux services de notre ami Sagitarius, le Mage.
— Ah, un petit voyage sur la planète Gashaïa en perspective, voilà qui est des plus plaisants, fit R-Lex, manifestement ravi.
— Nous devons vraiment partir là-bas ? fit R-Job.
R-Jens acquiesça de la tête.
— Oui, il faut absolument savoir si un ou plusieurs esprits n’ont pas pris possession de l’UNDERWOOD.
— Et quand partons-nous ? fit R-Lex.
R-Jens afficha un petit sourire pour répondre :
— Eh bien, messieurs R-Job et R-Lex, un avionef part d’Orly-Ouest pour Gashaïa dans moins de cinq minutes. Vous avez juste le temps de sauter dans un turboway pour vous rendre à l’astroport.
( la suite samedi prochain)
Puis les quatre robots se retrouvèrent bientôt dans un sas, où en moins de trente seconde, par diffusion neuronale, R-Jens et R-Stokovof furent au courant de ce qu’avaient pu recueillir R-Job et R-Lex en 1957 et 1958.
R-Jens soupira alors, puis pianota sur le relais inter-secteurs qu’il portait au poignet, et déclara :
— Bon, voilà, les Sections d’Intervention Limitrophe, sont parties à la recherche de Fernand Karl Gonzales à la frontière Cosaquienne, puisque cet État a rétabli des frontières au plus grand mépris de l’acte fondateur de l’Union Européenne, et de son Gouverneur Général.
— Donc, vous ne doutez pas que Fernand Karl Gonzales a joué un rôle primordial dans le meurtre de John Goddam ? fit R-Lex.
— Je veux surtout qu’on le retrouve et qu’on puisse l’entendre, fit R-Jens. Bon, maintenant, autre point qu’a découvert R-Stokovof… mais je vais le laisser l’exposer.
L’intéressé hocha la tête, et dit :
— Oui, toujours lors de la contre autopsie, j’ai remarqué qu’une piqûre avait été effectuée au niveau de la nuque de la victime.
— Vous avez la certitude que cette piqûre a bien été produite après sa mort ? demanda R-Job.
— Absolument, fit R-Stokovof, ma sonde infra sensitive est très efficace dans ce domaine.
— Et dans quel but aurait-on pratiqué cette piqûre ? fit R-Lex.
— Toujours d’après ma sonde infra sensitive, fit R-Stokovof, afin d’y introduire un inducteur auto-réactif
— Hum, hum, fit R-Job. Et de quel genre est cet inducteur ?
R-Stokovof passa nonchalamment la main dans ses cheveux coupés en brosse, puis dit :
— Bien, à vrai dire, très probablement d’un genre propre à déclencher une réaction d’un ordre que je suis bien obligé d’estimer comme relevant du domaine de l’irrationnel.
— Bigre ! fit R-Lex, voilà qui n’est pas clair du tout.
— Sans doute, reconnut R-Stokovof, mais vous savez, lorsque des scientifiques se heurtent au domaine de l’occulte, ce n’est simple pour personne, et à commencer pour eux.
R-Jens intervint alors :
— Oui, R-Stokovof et R-Wong ont uni leurs efforts, et après analyse de la nuque de la victime, et de sa machine à écrire, il est apparu que des éléments que l’on pourrait qualifier d’ectoplasmiques sont intervenus dans l’affaire qui nous intéresse.
— Nous nous trouvons bien face à une affaire de fantôme ! s’exclama R-Lex. Souvenez-vous que j’en avais émis l’hypothèse dès le début.
— R-Lex, nous n’en sommes pas encore vraiment là, fit R-Jens d’un ton. courroucé. Mais il est vrai que nous allons devoir recourir aux services de notre ami Sagitarius, le Mage.
— Ah, un petit voyage sur la planète Gashaïa en perspective, voilà qui est des plus plaisants, fit R-Lex, manifestement ravi.
— Nous devons vraiment partir là-bas ? fit R-Job.
R-Jens acquiesça de la tête.
— Oui, il faut absolument savoir si un ou plusieurs esprits n’ont pas pris possession de l’UNDERWOOD.
— Et quand partons-nous ? fit R-Lex.
R-Jens afficha un petit sourire pour répondre :
— Eh bien, messieurs R-Job et R-Lex, un avionef part d’Orly-Ouest pour Gashaïa dans moins de cinq minutes. Vous avez juste le temps de sauter dans un turboway pour vous rendre à l’astroport.
( la suite samedi prochain)
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