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17/06/2008

Les mains d'Hendrix

Charly était malheureux ; il aurait voulu être un guitariste mondialement reconnu, mais son groupe The Hellraisers, (les bringueurs), ne jouait que dans des petites salles pour des cachetons minables.
Alors Charly ne cessait de penser que s’il avait la virtuosité de Jimi Hendrix, les choses changeraient forcément. Il pourrait même faire une carrière solo, et n’aurait plus besoin des Hellraisers.
Or, un jour qu’il se promenait dans une rue de Cincinnati, il fut abordé par un grand bonhomme en costume trois pièces et coiffé d’un melon.
Le type se planta devant lui et dit :
— Oh, mon gars, t’as vraiment pas l’air dans ton assiette !
— Pas vraiment, reconnut Charly.
— Et pourquoi ça ? s’enquit l’autre.
— Bah, parce que je voudrais pouvoir jouer de la guitare comme Hendrix, répondit presque machinalement Charly.
Les yeux de l’inconnu s’écarquillèrent, et il s’exclama :
— Pouvoir jouer de la guitare comme Hendrix ! Mais c’est tout à fait possible ça, mon gars !
Charly crut que l’autre se fichait ouvertement de sa figure ; mais ce dernier poursuivit :
— Je vais te conduire chez un type qui va te greffer les mains de Jimi Hendrix.
« Ça y est, j’ai rencontré un fou ! » pensa Charly.
Mais il suivit pourtant l’inconnu dans un dédale de rues, jusqu’à ce que tous deux arrivent à ce qui était manifestement une clinique.
— Voici la clinique du docteur Williams, annonça l’autre, le meilleur spécialiste de la greffe des mains.
Tout se passa alors très vite pour Charly. Il rencontra un homme grand et osseux au visage inquiétant, subit plusieurs examens médicaux, et après une nuit de sommeil, fut emmené à un bloc opératoire complètement à jeun.
Quand il se réveilla, il avait les deux mains bandées, et fut nourri à la cuiller par une infirmière pendant quinze jours. Au bout de ce laps de temps, le Dr Williams en personne vint lui enlever les bandes qui entouraient ses mains, et déclara :
— Voilà, mon vieux, avec ces mains-là, vous allez pouvoir jouer comme Jimi Hendrix, puisque ce sont les siennes.
Charly fut alors autorisé à sortir de la clinique, et quand il demanda combien il devait pour le tout, la secrétaire de la réception lui répondit que c’était gratuit. Charly qui ne voulait pas avoir de mauvaises surprises par la suite insista un peu, et on lui dit alors que dans cette affaire, c’était donnant-donnant. Lui, Charly, allait devenir le meilleur guitariste du monde, et en échange, le Dr Williams allait être le chirurgien le plus célèbre de la planète. Charly ne chercha pas à en savoir davantage et rentra chez lui.
Il prit aussitôt sa Fender Stratocaster, et à son grand désappointement ne parvint pas à en tirer le moindre solo cohérent. Alors, il se rappela soudain qu’Hendrix était gaucher, et s’empressa aussitôt d’inverser les cordes de sa guitare. Mais il n’obtint pas plus de résultat. Il avait même l’impression de n’avoir jamais su jouer de sa vie.
Il laissa sa Fender de côté, et resta assis sur son lit, l’air très abattu. Mais il eut d’un coup le regard attiré par le colt ayant appartenu à son grand-père, qui était posé sur une table en face de lui. Une envie lui traversa l’esprit. Non pas de se suicider, mais de remplir le barillet de l’arme et de sortir dans la rue avec.
Dix minutes plus tard, il remontait une longue avenue, et alors qu’il allait croiser une sorte de bureaucrate portant une mallette, il sortit le colt de sa poche et l’abattit froidement. Il continua son chemin comme si de rien n’était, et récidiva cent mètres plus loin, en envoyant cette fois ad patrem une brave mère de famille et son rejeton.
Bientôt tout le quartier fut en émoi, car Charly tuait tout ce qu’il trouvait sur son passage. Et il venait juste de tirer sa dernière balle, quand un policier le mit en joue.
Imperturbable, Charly pointa son arme sur lui, mais le policier tira aussitôt.
Charly s’écroula mortellement blessé, voyant ainsi s’envoler sa carrière de guitar hero.
L’affaire fit grand bruit, et le Dr Williams en fut tout retourné. Mais il comprit ce qui s’était passé quand il apprit que le jour de l’opération de Charly, était de service une nouvelle recrue que l’on avait remerciée le soir même pour manque d’attention dans son travail.
Le Dr Williams descendit dans la chambre froide où étaient entreposées les mains à greffer. Il passa en revue tous les bocaux. Sur chacun d’eux étaient collée une étiquette, et au fur et à mesure, il lut tout haut ce que l’on y avait inscrit : Rodin, Michel-Ange, Léonard de Vinci… Il arriva bientôt au bocal portant la mention « Jimi Hendrix ». Le bocal n’était pas vide, contrairement à celui juste à côté.
Alors, ce fut d’une voix étranglée que le Dr Williams prononça cette fois le nom de l’intéressé : Hannibal Lecter.

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