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06/11/2011

Deux pour le prix d'une

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En 2006, j'avais répondu à un appel à textes sur le thème du hasard. Ma nouvelle n'a pas été retenue, mais cette participation m'a permis d'écrire "La jeune femme du compartiment", une histoire qui se passe durant la seconde Guerre mondiale, que vous pouvez retrouver ci-dessous : 

compart.pdf

 

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Un an plus atrd, j'ai eu l'idée de transposer l'histoire à notre époque et de passer du train à vapeur au TGV. Exercice intéressant qui donne deux textes avec beaucoup de similitudes tout en étant différents. 

TGV.pdf

05/11/2011

Les bistrots du port

 

 

Les bistrots du port

Sont les refuges des âmes en attente, baignant dans la nostalgie d’un temps d’avant

Ce sont les senteurs de tabac de miel et d’ale moussante

Des filles perdues cherchant la chaleur des boiseries trop encaustiquées

Fuyant le crachin de l’hiver et l’empressement de futurs naufragés

Les bistrots du port

Sont les souvenirs des fantômes aux cirés couverts d’embruns et de plus soif

Perdus dans un Valhalla sans guerriers, mais rempli de corps brisés par les lames de fond

Les bistrots du port, ce sont des nuits au carrefour des matins de brouillard

Quand on se souvient de ceux qui sont partis à l’aube

Pour des marées d’exception

La fortune aux confins de Terre-Neuve

Les retours espérés avec la cale pleine

Les bistrots du port sont les sarcophages terrestres

De ceux qui ont cédé aux langueurs du chant des abysses

Et que de vieux compagnons évoquent

En levant leur bock

En tirant sur le tuyau de leur pipe

 

Et en clignant des yeux en signe d’adieu et de regrets.

 

 

 

 

04/11/2011

Le Spationaute (version 2011)

 

 

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Comme annoncé, je mets en ligne la nouvelle "Le Spationaute". Ce texte date de 2005 et je l'ai un peu relooké pour tenir compte de mon évolution depuis la publication de mes romans, tout en gardant la teneur originelle.

SPATIO.pdf

Bonne lecture.

 

31/10/2011

À l'occasion de la fête de la citrouille

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À l'occasion de la fête de la citrouille, voici "Citrouille martienne", un petit texte de SF écrit il y a quelque temps.

 

Lorsque le 8 avril 2018, le vaisseau Europa se posa sur Mars, les trois membres de l’équipage eurent la très nette impression de se trouver sur un terrain spongieux. Et le capitaine Duval en fut le premier convaincu, après avoir descendu l’échelle métallique qui l’amena au milieu d’un champ de citrouilles. C’étaient en effet plusieurs exemplaires de cette cucurbitacée bien connue des Terriens, que le vaisseau avait écrasés à l’arrivée.

 

Mais les surprises ne faisaient que commencer. Tout d’abord, il s’avéra que l’atmosphère de la planète était parfaitement respirable, permettant ainsi de se passer de casque spatial ; ensuite, lorsque le major Dwight et le lieutenant-colonel Von Kraput eurent rejoint le capitaine Duval, tous trois virent arriver, marchant le long d’une allée qui fendait le champ, ce qui apparut très vite comme étant un Terrien, mais d’une couleur tirant sur le bleu, et muni d’une trompe en guise de nez.

 

— Saperlipopette ! s’exclama le capitaine, alors que l’étrange créature n’était plus qu’à quelques mètres.

 

— Saperlipopette ! s’exclama à son tour cette dernière. Mais c’est qu’c’est ben du français que j’viens d’entendre là !

 

— Mais vous comprenez et vous parlez même le français ! s’écria presque le capitaine.

 

 

 

Faut croire, dit la créature.

 

— Mais… mais, poursuivit le capitaine, vous êtes un Martien ?

 

Cette question fit bien rire la créature.

 

— Un Martien ? Mais y a plus de Martiens ! Maintenant, cette planète est habitée par des Terrartiens !

 

— Des Terrartiens !

 

— Oui, c’est un mélange de Martiens et de Terriens.

 

Le capitaine se tourna vers ses deux compagnons qui avaient très bien compris ce qui se disait, et étaient de se fait aussi sidérés que lui.

 

— Mais à quand remonte ce mélange ? reprit le capitaine.

 

La créature se gratta négligemment la trompe avant de répondre :

 

— Oh, à bien longtemps, à c’qui paraît.

 

Puis regardant alentour, le capitaine demanda :

 

— Et ces citrouilles, il y en a partout ?

 

— Partout, fit la créature.

 

— Alors ce sont ces citrouilles qui donnent sa couleur si caractéristique à la planète Mars !

 

— Sans doute.

 

— Mais tous les prélèvements qui ont été faits jusqu’ici sur le sol martien ne révélaient aucun fragment de citrouille !

 

La créature réfléchit un court instant, et dit :

 

— C’est vrai qui y a de ben drôles d’appareils qui sont venus gratter notre sol à c’qui paraît ; mais à chaque fois, c’était juste à côté des citrouilles. Pas étonnant qu’y n’ont pas ramené de morceaux. Allez, j’vais vous emmener à la prochaine ville, vous verrez le maire qui pourra peut-être vous en dire plus.

 

Après avoir quelque peu hésité, Duval, Dwight et Von Kraput suivirent le Terrartien, et arrivèrent à une ville érigée au milieu des citrouilles et constituée de bulles de verre. Ils y croisèrent moult Terrartiens et Terrartiennes de tout âge, et furent reçus par le maire.

 

Il ne put guère donner beaucoup d’informations aux Terriens, si ce n’est que d’après des sources très anciennes, à l’origine, la planète était peuplée de petites créatures bleues, aux membres graciles, dotées de trompes, mais aussi d’énormes oreilles et de crânes pointus. C’était le croisement avec un Terrien arrivé sur Mars il y a très longtemps, qui avait donné naissance aux Terrartiens, espèce qui n’avait hérité des Martiens que leur couleur bleue et leur trompe.

 

Puis le maire conduisit les trois Terriens dans une bibliothèque, et leur proposa de consulter les livres qui s’y trouvaient. D’après ses dires, les Terrartiens en étaient pour leur part totalement incapables, car la lecture ne leur était jamais apparue comme une connaissance utile.

 

Cette déclaration finit de surprendre les trois astronautes, mais très vite ces derniers se plongèrent dans l’étude des innombrables documents qui étaient gracieusement laissés à leur usage.

 

Et c’est ainsi qu’ils prirent connaissance d’un fait historique qui avait bouleversé le devenir de la planète Mars.

 

 

 

****

 

 

 

 

15 septembre 1493

 

 

 

 

Jehan Marsally était un croquant berrichon vivant dans sa petite maison de pierre, au milieu d’un champ de citrouilles qui faisait toute sa fierté.

 

Le soleil venait de se coucher ce jour-là, et Jehan se régalait d’un cuissot de chevreuil, quand une étrange luminosité se répandit soudain alentour, jusqu’à rendre totalement inutiles les bougies dont se servait le croquant pour éclairer sa demeure.

 

Puis, on frappa soudain à la porte. Confiant, Jehan s’écria :

 

— Entrez donc !

 

La porte s’ouvrit, et apparurent alors trois créatures, petites, de couleur bleue, aux membres graciles, au crâne pointu, et dotées d’immenses oreilles et d’une trompe en guise de nez. Leurs yeux étaient toutefois comparables à ceux des paysans du Berry, et se braquèrent sur Jehan.

 

Très étonné, celui-ci s’écria encore :

 

— Mais d’où que vous venez donc ?!

 

Sans rien répondre, deux des trois créatures s’approchèrent de lui, le saisirent, et l’emmenèrent sans qu’il n’ait eu seulement le loisir de poser son cuissot de chevreuil.

 

Dehors, il faisait clair comme en plein jour, car un engin ressemblant à ce que plusieurs siècles plus tard on appellerait « une cocotte minute », était posé au milieu des citrouilles, et diffusait une puissante lumière.

 

La troisième créature était restée un peu en retrait de ses deux compagnons, et tandis que ces derniers conduisaient Jehan à leur étrange appareil, elle se pencha et cueillit une superbe citrouille. Elle l’approcha alors de sa trompe, puis après avoir hésité un instant, la coinça sous son bras gracile, et courut pour vite rattraper ses compagnons et Jehan, qui entraient à l’intérieur de la « cocotte minute ».

 

14/07/2011

Le triomphe de Louis XVI (4 ans après)

Voici un petit texte uchronique je j'avais écrit et mis en ligne le 14 juillet 2007.

 


Le 14 juillet 1789, Paris fut gagnée par une grande effervescence dès le début de la matinée. Et pour cause, alors que les rues commençaient à se remplir de quelques matinaux, on vit le roi Louis XVI passer en courant du côté la Bastille, flanqué de deux soldats qui avaient bien du mal à suivre le monarque. Cette pratique du jogging, comme on qualifiait ce genre d’exercice outre-Manche, en surprit agréablement plus d’un. Et les propos qui se colportaient depuis quelques jours à travers toute la cité, commencèrent à trouver ainsi un début de véracité. En effet, les murs de la ville s’étaient couverts d’affiches vantant les mérites du roi Louis, monarque dynamique, entreprenant et charismatique, qui ne pouvait que contribuer à la grandeur de la France, et à l’épanouissement des Français et des Françaises. Et comme le peuple comptait un nombre non négligeable d’analphabètes, des gardes avaient arpenté tout Paris pour rapporter les mêmes propos. Et leurs annonces à la gloire de la maison de Bourbon, se terminait à chaque fois par une exhortation à se rendre le 14 juillet dans l’après-midi à la place Louis XVI, connue de nos jours en tant que place de la Nation, pour y voir et y entendre le roi en personne.

C’est ainsi qu’une foule importante ce trouva réunie à l’heure dite à l’endroit indiqué, devant une estrade cernée de drapeaux blancs, symboles de la royauté.

Très vite, se succédèrent sur l’estrade des philosophes et autres penseurs, qui couvrirent de louanges le roi Louis, et terminèrent leur prestation en le faisant acclamer par la foule qui obéissait sans la moindre réserve, comme enivrée par les propos à la gloire de la monarchie de droit divin. Puis ce fut au tour de poètes, de musiciens et de chanteurs, de venir déclamer ou chanter une multitude de vers dédiés à l’intelligence, à la vivacité et au pragmatisme du descendant des Capétiens.

Autant dire qu’après toutes ces odes à Louis XVI, lorsque celui-ci parut, accompagné de la reine Marie-Antoinette, du dauphin et de sa fille aînée, offrant une image très people — comme on dit également outre-Manche —, de la famille royale, la foule était en délire.

Et elle ne le fut que plus après que le roi se fut lancé dans un discours où il rendit hommage au peuple de France si vaillant, à tous ces hommes et ces femmes qui se levaient tôt, et étaient prêts à s’adonner toujours plus au labeur, pour amasser toujours plus d’écus. Et il en conclut qu’il fallait en finir avec l’héritage de la cour de Louis XIV, avec la facilité et le stupre, pour engendrer une France d’entrepreneurs.

À la fin de ce discours que le roi prononça avec une ferveur communicative, la foule applaudit à tout rompre, tandis que la reine très glamour, sortait d’un panier qu’elle tenait sous le bras, des brioches qu’elle lança au peuple en liesse.

Ce fut véritablement le triomphe de Louis XVI ce jour-là, alors qu’il avait bien failli en être tout autrement.

En effet, dans les semaines qui avaient précédé ce jour exceptionnel, des rumeurs alarmantes s’étaient propagées dans Paris, annonçant que le 14 juillet, le peuple allait prendre la Bastille, et qu’il s’en suivrait un chaos dont la monarchie ne se relèverait pas. Alors, des conseillers avisés apprirent très vite au roi comment s’y prendre pour mettre le bon peuple « dans sa poche ». 

Le monarque écouta attentivement les conseils, accepta d’agir comme on le lui demandait, et même d’exécuter un jogging dans les rues de la capitale du royaume, alors que l’effort avait toujours eu tendance à le rebuter, surtout lorsqu’il devait être en plus très soutenu.

****

Et le soir même, tandis que le monarque se trouvait dans l’un des nombreux salons que compte le château de Versailles, en train de s’adonner à la serrurerie, afin de se remettre de cette dure journée à la fois émouvante et éprouvante, la reine vint le rejoindre.

— Alors, mon bon Louis, fit-elle, n’êtes vous pas heureux d’avoir sauvé le royaume et gagné l’amour du peuple ?

Le roi délaissa la serrure sur laquelle il était penché avec passion, et se tourna vers la reine avec un tournevis à la main.

— Bien sûr, ma très chère reine, fit-il. Seulement, il y a quand même quelque chose qui me chagrine grandement.

— Mais, quoi donc, Louis ? fit Marie-Antoinette, très troublée.

Louis XVI prit un air maussade, et répondit :

— Devoir honorer ce que j’ai promis de faire, pour toujours apparaître comme un monarque dynamique, et ainsi continuer à charmer le bon peuple.

— Mais quoi donc exactement ? insista la reine.

Alors, Louis XVI se laissa tomber dans un fauteuil tout en velours et dorures.

— Devoir chaque matin faire un jogging, lâcha-t-il enfin d’un ton morne.



 

24/06/2011

Emma Song

Emma attendait sur sa chaise près du carrefour. On lui avait dit que c’était justement à un carrefour que Robert Johnson avait rencontré le Malin qui lui avait donné son talent. « Ton âme contre une bonne dose de blues que tu enverras partout où tu passeras ». Emma voulait vérifier ; mais surtout elle souhaitait se jouer du Malin. Elle ne l’aimait pas trop, elle le noyait dans tous ses chants de ferveur qu’elle libérait le dimanche à la messe. Non, Robert Johnson avait raconté des histoires. On ne rencontre pas le diable au carrefour. Au carrefour on passe ou l’on reste. Emma attendait sur sa chaise.

Joe s’était perdu dans un de ces coins de Paris qui rappelaient que la guerre n’était pas finie depuis si longtemps. Il errait dans la brume du jour, celle de son cerveau où le mal-être s’était installé à ses dépends. Il n’avait nulle part où aller, était perdu dans le petit matin fugace. Héros de mauvais polar déjanté, personnage de chanson de blues, il marchait de façon syncopée, comme une note bleue triturée. Il partit dans un long délire, mi-réel, mi-onirique. Il emprunta un métro sans un chat dedans, puis arriva à la gare Saint-Lazare où il se laissa tomber sur la banquette défoncée d’une troisième classe d’un train branlant qui partit sans siffler gare. Sur les quais du port du Havre, Joe se fit accoster par des marins ivres, des Américains qui parièrent de l’emmener de l’autre côté de l’Atlantique. Joe dut admettre qu’il avait perdu quand il se retrouva à New-York. Mais il battit au poker les marins qui n’arrivaient décidément pas à décoller des vapeurs de Bourbon, et ramassa un bon petit magot lui permettant d’acheter une Cadillac. Il roula longtemps avec sa voiture chromée sous le soleil et dans la poussière, jusqu’en Caroline du Sud où le moteur lâcha. Alors, il partit à pied parmi les champs de coton, et finit par arriver à un carrefour près duquel une Mama black attendait sur sa chaise.

En voyant Joe, Emma se leva et courut jusqu’à sa maison de planches qu’elle partageait avec Bill, son mari. Celui-ci avait sa guitare dans les mains, et jouait justement « Crossroads blues » de Robert Johnson. Emma lui demanda d’arrêter tout de suite, qu’il avait appelé le Malin, qu’elle l’avait vu au carrefour. Bill partit à rire, tandis qu’Emma trépignait de peur. Et elle se retint de ne pas hurler quand Joe apparut à la porte de la maison. Mais il afficha tout de suite un bon sourire, et dit tout simplement qu’il avait faim et soif, et qu’il accepterait volontiers une bonne bière fraîche et un hot-dog cuit à point.

Patrick S. VAST